La Petite Fille qui ne savait pas dessiner d’Anne Goscinny, illustrations d’Emmanuel Guibert, Gallimard Jeunesse, 2025, 80 p.
L’autobiographie, si présente en littérature générale, l’est beaucoup moins en livres jeunesse. Bien sûr, La Petite Fille qui ne savait pas dessiner est un livre pour tous ; mais il n’exclut pas la jeunesse. Lire un récit autobiographique est une expérience assez rare pour les enfants pour qu’on prenne le temps de savourer celle-ci.
Cette petite fille qui ne sait pas dessiner, c’est Anne Goscinny, romancière pour les grands (Le Bruit des clefs ou, plus récemment, Mille façons d’aimer) et pour les plus jeunes (la série Lutèce). Si l’on rappelle également qu’elle est la fille du scénariste René Goscinny, c’est qu’il est très présent dans ce nouveau livre.
Or voilà qu’Anne, enfant, ne sait pas dessiner, et pourtant on lui demande souvent de le faire. Ce n’est pas parce que son papa évolue dans le monde de la bande dessinée. C’est tout simplement parce qu’elle est une enfant, et qu’on attend d’un enfant qu’il dessine. Or, pour elle, c’est au mieux un moment de doute, au pire une véritable angoisse : elle sait qu’elle n’y arrivera pas.
Sur le souvenir de cette difficulté, Anne Goscinny construit un récit en chapitres distincts, où chaque souvenir de dessin possède sa saveur émotionnelle. On découvre ses éclats d’ingéniosité pour contourner l’obstacle et, au bout du compte, pour faire des dessins qui deviennent importants, plus importants que s’ils avaient coulé de source. Et c’est une belle leçon.
L’auteure sait faire monter l’émotion crescendo au fil des chapitres. Les pages finales, alors qu’on découvre Anne dessinant quelques jours après la mort de son père, touchent au plus intime.
Anne Goscinny mêle à la fois un véritable savoir-faire de narratrice et une sincérité sans filtre. Si l’on comprend que sa série Lutèce est imprégnée de sa jeunesse, elle reste résolument de la fiction. Avec La Petite Fille qui ne savait pas dessiner, elle nous invite au contraire à nous asseoir autour du feu et nous raconte son enfance, sans fard, avec poésie et bienveillance.
Le livre est illustré par Emmanuel Guibert, avec la qualité qu’on lui connaît, et surtout avec une grande justesse de retenue. De petits dessins qui accompagnent sans s’imposer, pleins de blanc, au trait vibrant, proches de ce qu’il fait par exemple dans la bande dessinée Le Photographe ; peut-être utilise-t-il ici aussi sa technique singulière de lignes tracées à l’eau dans lesquelles il injecte une goutte d’encre.
Un résultat difficile à décrire, mais que nous vous invitons à regarder.