Alors qu’on croyait que les relations entre le nouveau pouvoir syrien et le Hezbollah semblaient apaisées, Damas a accusé le parti chiite d’être impliqué dans une cellule d’action terroriste qui aurait mené des attaques dans la région de Mazzé. La nouvelle est d’autant plus surprenante que, depuis quelques mois, plus précisément depuis l’ouverture de la Turquie envers le Hezbollah, les incidents à la frontière libano-syrienne, dans la région de Hermel, avaient cessé et les relations entre Haret Hreik et Damas semblaient s’améliorer. L’histoire paraît d’autant plus étrange que le communiqué du ministère syrien de l’Intérieur précise dans un paragraphe que les armes utilisées dans les attaques à Mazzé appartiennent au Hezbollah, et parle ensuite dans un autre de cellules terroristes en lien avec des parties étrangères.
Que s’est-il donc passé ? Le Hezbollah s’est empressé de publier un communiqué pour démentir toute implication. Il a insisté sur le fait que, depuis le changement de régime en Syrie, il a retiré toutes ses troupes du pays et n’a plus aucune activité, de quelque nature que ce soit, sur ce territoire. Mais en dépit du calme apparent du Hezbollah, il est certain que l’accusation qui lui a été indirectement portée a constitué un choc. Selon ses milieux, le Hezbollah avait en fait reçu des promesses rassurantes de la part des autorités turques, lorsqu’une délégation issue de ses rangs s’était d’abord rendue en Turquie pour des réunions avec les responsables de ce pays, puis pour participer à un congrès sur la cause palestinienne à Istanbul. Selon les informations parvenues alors au Hezbollah, les autorités turques se considèrent en opposition totale avec les Israéliens en Syrie. Or, ces derniers veulent le démantèlement du pays, ou au moins l’affaiblissement du pouvoir central au profit des entités confessionnelles et ethniques. Les Turcs, eux, appuient le pouvoir de Damas et veulent une Syrie unie et puissante. Cela s’est d’ailleurs concrétisé à travers l’accord conclu entre les Forces démocratiques syriennes kurdes et le pouvoir central syrien qui, en dépit des couacs, continue de tenir et de se consolider, mettant un terme aux rêves indépendantistes de certaines entités kurdes. Ce qui peut être considéré comme une victoire pour les autorités turques avec l’appui des Américains.
De même, toujours selon les informations parvenues au Hezbollah, les autorités d’Ankara chercheraient à se rapprocher de l’Iran, en cette période précise, en considérant que cette ouverture peut constituer une carte importante dans de futures négociations au sujet de la Syrie et de son rôle. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la Turquie abritera vendredi une réunion qualifiée de très importante entre les Américains et les Iraniens. En annonçant son repositionnement au sujet de l’Iran et en cherchant à jouer le rôle de médiateur, ou en tout cas en offrant la possibilité aux protagonistes de trouver des terrains d’entente, les autorités turques ont aussi transmis des promesses rassurantes au Hezbollah en laissant entendre que le scénario d’une attaque syrienne contre lui par la frontière est du Liban n’est pas envisagé.
Dans ce contexte, le Hezbollah a immédiatement mobilisé ses contacts pour tenter de comprendre les causes des accusations soudaines du pouvoir syrien. Il a parlé à plusieurs parties régionales, dont la Turquie, pour tenter de comprendre ce qui pouvait inciter Damas à faire ce choix. Selon les réponses parvenues au Hezbollah, le pouvoir syrien ne l’a pas directement accusé d’être derrière les cellules terroristes, se contentant de dire que celles-ci ont utilisé des armes appartenant au Hezbollah. Celles-ci auraient pu avoir été abandonnées par le Hezbollah sur place fin 2024, sachant qu’il s’est retiré rapidement, dans un climat de confusion, juste après le changement de régime. Cette mention du communiqué officiel est d’ailleurs étonnante, car en général les accusations portées au Hezbollah par Damas tournent autour d’un afflux d’armes vers le Liban via la Syrie. Or, cette fois, rien de tel n’a été dit. Au contraire, il est mentionné que soit les armes se trouvaient sur place, soit elles sont venues du Liban.
Dans ce contexte, selon les estimations du Hezbollah, les accusations syriennes viseraient plutôt à satisfaire les Américains et leurs alliés. S’en prendre au Hezbollah ou l’incriminer est toujours une bonne méthode pour entrer dans les bonnes grâces des Américains et de leurs alliés et pour détourner l’attention générale des troubles internes en Syrie. Mais, toujours selon le Hezbollah, ces accusations n’indiqueraient pas un changement dans l’attitude du pouvoir syrien à son égard, et elles ne montrent pas non plus des intentions belliqueuses de la part de ce régime. À ce stade, il semble donc que le Hezbollah cherche à minimiser la portée des nouvelles accusations. Il s’en remet aux assurances turques, et surtout il considère que face aux tensions actuelles dans la région, aucune partie n’a l’intention de s’embarrasser d’un nouveau conflit.


Arlette, si vous me permettez, la théorie du complot est un concept spécifiquement libanais difficilement traduisible en dialecte syrien... Quant à Ahmad al-Chareh, lointain cousin du ministre Farouk al-Chareh، il est tout sauf parano et a manifesté comme président intérimaire un sens de l'Etat reconnu par l'ensemble de la communauté internationale .
22 h 35, le 04 février 2026