Une cuillère de lait infantile en poudre et un biberon à Quimper, dans l’ouest de la France, le 29 janvier 2026. Photo de Fred TANNEAU/AFP
Le ministère libanais de la Santé et l’Ordre des pharmaciens au Liban ont assuré à L'Orient-Le Jour qu’aucun lot de lait potentiellement à risque n’avait été importé au Liban ni ne circulait sur le marché, alors que plusieurs grands groupes, dont Nestlé, Lactalis et Danone, ont effectué des rappels massifs de leurs produits à la suite d'un risque de contamination au céréulide, une toxine bactérienne produite par certaines souches de Bacillus cereus, que l’on trouve dans les aliments.
« Aucun importateur n’a commandé ni réceptionné de boîtes de lait appartenant aux lots rappelés par les fabricants. Le ministère s’en est assuré en vérifiant tous les numéros de lots qui lui ont été soumis par les représentants des marques concernées », a déclaré à L’Orient-Le Jour le conseiller du ministre de la Santé, Rakan Nasreddine, Reda Moussaoui. Il rappelle que le ministère donne son autorisation préalable à toutes les importations de ce type de produits.
Le président de l’Ordre des pharmaciens au Liban, Abdel Rahman Markabaoui, a affiché la même assurance : « Si une partie des marques concernées par les rappels est bien commercialisée au Liban, aucun des lots rappelés par les fabricants n'avait été importé au Liban et il n'y a pas de risque que des produits contaminés aient été mis en vente au Liban », a-t-il assuré, des propos qu'il avait déjà tenus plus tôt dans la journée à la radio.
Trois sociétés ayant effectué des rappels – Nestlé, Lactalis et Danone – n'ont pour l'instant pas inclus le Liban dans les pays où des lots à risque avaient été expédiés. À noter que la vague de rappel la plus récente a été lancée par précaution et à la suite d'un resserrement de la réglementation européenne décidé ces dernières semaines.
Reda Moussaoui a ajouté qu’il n’y a pas non plus de risque avec le lait infantile fabriqué sous licence au Liban pour le compte de marques étrangères, le fabricant basé au Liban-Nord respectant à la lettre les standards sanitaires internationaux. Une partie du marché libanais est directement alimentée par cette usine. Le conseiller du ministre estime enfin que le risque que des boîtes de lait issues de lots rappelés se retrouvent sur le marché via des réseaux de contrebande est nul, le pays ne connaissant pas de pénurie.
De nouveaux rappels de lait infantile ont été annoncés lundi en France, où le seuil limite toléré est désormais plus strict pour la toxine céréulide à l'origine de précédents rappels, tandis que l'Agence sanitaire européenne vient également de durcir ses recommandations. Les scientifiques de l'EFSA, l'Autorité européenne de sécurité des aliments, ont recommandé lundi de diviser par deux le seuil autorisé dans le lait infantile pour cette toxine, responsable de rappels de boîtes dans plus de 60 pays.
« Les scientifiques de l’EFSA ont proposé une dose limite de référence de 0,014 µg/kg (microgramme par kilogramme) de poids corporel pour le céréulide chez les nourrissons », précise l’agence dans sa décision.
La France avait anticipé cette mesure, et dès vendredi soir, le ministère de l'Agriculture avait annoncé l'abaissement du seuil à « 0,014 µg de céréulide par kilogramme de masse corporelle, soit un niveau de sécurité renforcé par rapport au seuil jusqu'ici appliqué (0,03 µg par kilogramme de masse corporelle) ». Conséquence directe : deux autres marques ont, dès lundi matin, annoncé de nouveaux rappels de lait 1er âge, deux lots pour la marque Popote et trois pour Vitagermine (Babybio). Les deux marques précisent par ailleurs que leurs autres produits ne sont pas concernés.
Enquêtes en cours
« Il faut s'attendre à de nouveaux rappels » avec le nouveau seuil, a précisé lundi la Direction générale de l'alimentation (DGAL), qui supervise les retraits. L'association Foodwatch estime cependant que « ce scandale n'est pas un problème de seuil de détection, comme veulent nous le faire croire les multinationales pour se dédouaner de leurs responsabilités. La céréulide n'a rien à faire dans les laits infantiles ». « Il n'existe pas de standard européen sur la présence, par exemple, de crottes de souris dans le lait infantile. Il n'en demeure pas moins que c'est interdit et que les entreprises doivent s'assurer que leurs produits en sont exempts », a réagi l'association dans un communiqué.
Les autorités françaises ont répondu lundi aux associations qui les accusaient d'avoir agi trop peu et trop tard lors de la crise des rappels de lait infantile. La DGAL a indiqué à des journalistes n'avoir pas demandé de rappel général et avoir privilégié des « retraits ciblés » pour éviter d'éventuelles pénuries.
Deux enquêtes sont en cours en France à la suite du décès suspect de deux nourrissons (à Bordeaux et Angers) ayant consommé du lait infantile potentiellement contaminé. Cinq autres nourrissons ont pour l'heure été hospitalisés en France après avoir consommé des laits infantiles concernés par les rappels, ont rapporté les autorités sanitaires lundi, rappelant qu'aucun lien direct n'était établi à ce stade et que les bébés étaient « tous ressortis aujourd'hui ».


