Bad Bunny sur scène recevant le prix du meilleur album de musique urbaine lors de la 68e cérémonie des Grammy Awards le 1er février 2026 à Los Angeles, en Californie. Photo Frazer Harrison/Getty Images/AFP
Bad Bunny, figure de proue du reggaeton et de la trap latine, est devenu dimanche le premier chanteur récompensé par le Grammy de l'album de l'année pour un disque en espagnol, au cours d'une cérémonie où lui et de nombreux autres artistes ont pris la parole contre la politique migratoire répressive du président américain Donald Trump.
Le Portoricain de 31 ans a récolté trois trophées au total, dont le plus prestigieux pour Debi Tirar Mas Fotos, qui fait une grande place à des rythmes traditionnels et évoque la colonisation de l'île des Caraïbes, sous juridiction américaine depuis 1898.
Le rappeur américain Kendrick Lamar, 38 ans, a lui empoché cinq prix, comme l'an dernier, dont l'enregistrement de l'année, récompensant la production de Luther, en duo avec la chanteuse américaine de R&B SZA.
La troisième favorite, Lady Gaga, a dû se contenter de deux distinctions pour son album électropop à l'esthétique gothique chic, Mayhem.
Sur scène à Los Angeles, Bad Bunny n'a pas mâché ses mots à l'encontre de la police américaine de l'immigration (ICE), appelant à la « mettre dehors ». Un slogan (« ICE out ») arboré sur des pin's par les musiciens canadiens Justin Bieber et Joni Mitchell, notamment. « Nous ne sommes pas des sauvages. Nous ne sommes pas des animaux. Nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes humains et nous sommes américains », a continué le chanteur, exhortant à ne pas se laisser « contaminer » par la « haine ».
Rendez-vous au Super Bowl
Dimanche prochain, il a de nouveau rendez-vous avec l'Amérique à la mi-temps du Super Bowl, la très suivie finale du championnat de football américain. Un concert en mondovision très critiqué par les trumpistes, qui lui reprochent de chanter en espagnol et d'avoir pris position en faveur de l'immigration et des droits des personnes LGBT+.
Citoyen américain du fait du statut de Porto Rico, Bad Bunny a par ailleurs décidé que la tournée mondiale qu'il effectue depuis novembre ne passera pas par les États-Unis pour protéger ses spectateurs de potentiels raids d'ICE.
Son triomphe au goût très politique aux Grammys devrait immanquablement relancer l'indignation de la sphère MAGA.
Décorée du prix de la chanson de l'année, qui récompense les auteurs-compositeurs, pour son titre Wildflower, la chanteuse américaine Billie Eilish a elle appelé à « continuer à nous battre, à prendre la parole et à manifester ».
D'autres artistes ont rendu hommage aux immigrés. Ils ont « construit ce pays » a scandé Shaboozey, dont les parents sont originaires du Nigeria et dont la musique mêle hip-hop et country. Née d'un père anglais et d'une mère jamaïcaine et guyanienne, la Britannique Olivia Dean, révélation de l'année à 26 ans, a elle loué leur « courage ».

Politique encore
À la présentation, l'humoriste Trevor Noah a pour sa part ironisé sur le contexte politique aux États-Unis, qualifiant de « nouvel hymne national » le morceau de la rappeuse Doechii, Anxiety (Anxiété). Après la victoire de Billie Eilish au Grammy de la chanson de l'année pour son titre Wildflower, il a évoqué Trump et Epstein.
« Félicitations, Billie Eilish. Waouh! C'est le genre de Grammy que tous les artistes convoitent, presque autant que Trump convoite le Groenland. Ce qui est logique, car depuis la disparition d'Epstein, il lui faut une nouvelle île pour traîner avec Bill Clinton », a dit l'animateur.
Donald Trump l’a menacé de poursuites judiciaires. L'animateur Trevor Noah « a déclaré, À TORT à mon sujet, que Donald Trump et Bill Clinton avaient passé du temps sur l'île d'Epstein. FAUX !!! » a écrit le président sur son réseau Truth Social à peine la cérémonie terminée à Los Angeles. « Je ne peux pas parler pour Bill, mais je ne suis jamais allé sur l'île d'Epstein, ni même quelque part à proximité, et jusqu'à cette fausse et diffamatoire déclaration de ce soir, personne ne m'a jamais accusé d'y avoir été, même pas les médias qui diffusent de fausses affirmations », a précisé le président.
« Noah, ce parfait raté, ferait mieux de se renseigner correctement, et vite. Il semble que je vais envoyer mes avocats poursuivre ce pauvre maître de cérémonie pathétique, sans talent et complètement idiot, et le poursuivre pour beaucoup d'argent », a-t-il menacé. « Prépare-toi Noah, je vais bien m'amuser avec toi ! » a -t-il conclu.
Enfin, auréolé du Grammy de la meilleure musique de film pour le documentaire Music by John Williams, le réalisateur américain Steven Spielberg est entré dimanche dans le club très fermé des « EGOT », les artistes ayant remporté les quatre grandes récompenses américaines (avec les Oscars pour le cinéma, les Emmys pour la télévision et les Tony Awards pour le théâtre). La star montante de la pop Sabrina Carpenter est, elle, en revanche rentrée bredouille. Le tube K-pop Golden, sur la bande originale du film d'animation de Netflix KPop Demon Hunters, a remporté le prix de la meilleure chanson écrite pour un support visuel.
La présence du reggaeton, du rap et de la K-pop au palmarès des Grammys reflète leur adaptation au « climat » de l'industrie musicale plutôt que la volonté d'« impulser un changement », selon Lauron Kehrer, musicologue.
La Recording Academy, qui les décerne, a intégré 3 800 nouveaux membres, avec l'objectif de « refléter la vitalité du paysage musical diversifié d'aujourd'hui », selon son dirigeant Harvey Mason Jr.

