À la veille du départ du chef de l’armée pour les États-Unis, la question de la seconde phase du plan de l’armée sur le monopole des armes est dans tous les esprits. Les interlocuteurs américains du général Rodolphe Haykal devraient forcément aborder cette question avec lui. Sauf que les responsables du Hezbollah ont répété à plusieurs reprises ces derniers temps qu’il n’est pas question d’envisager la remise de ses armes dans les circonstances actuelles. Est-ce à dire que le pays se dirige inévitablement vers une confrontation entre l’armée – qui subit des pressions internationales et locales – et le Hezbollah, qui insiste pour garder ses armes ?
Certains milieux libanais hostiles au Hezbollah vont même jusqu’à alerter sur la menace d’une opération israélienne d’envergure, au cas où l’armée libanaise ne se déciderait pas à agir de façon concrète et décisive contre cette formation. D’ailleurs, les attaques israéliennes ces derniers jours ont essentiellement porté sur la zone au nord du Litani, comme pour donner un avant-goût au Hezbollah de ce qui l’attendrait au cas où il ne se déciderait pas à remettre toutes ses armes.
Toutefois, ces mises en garde ainsi que le tollé politique interne au sujet de ses armes ne poussent pas le Hezbollah à changer sa position. De son point de vue, un accord a été conclu avec Israël sous parrainage américain qui dit clairement que les Israéliens doivent se retirer des positions qu’ils ont occupées pendant la guerre. De même, selon ces milieux, cette exigence figurerait aussi dans le plan présenté par l’armée au gouvernement qui dit clairement que pour passer à la seconde phase, il faut que la zone au sud du Litani soit devenue entièrement sous le contrôle de l’armée aidée par la Force intérimaire des Nations unies (Finul), et cela ne peut être réalisé qu’après le retrait israélien des positions récemment occupées. En face, les Israéliens et les Américains ne veulent rien entendre. De même, des parties libanaises hostiles au Hezbollah réclament le désarmement du Hezbollah, indépendamment de tout retrait israélien des positions occupées. De fait, la polémique bat son plein autour du rôle de l’armée et de la seconde phase du plan.
Selon des sources proches de la troupe, l’armée compte évoquer son manque de moyens auprès de ses interlocuteurs américains et de tous ceux qui lui demandent d’accélérer le processus de contrôle des armes sur l’ensemble du territoire. L’armée a en effet besoin d’armes, d’explosifs, de détecteurs et de nombreux autres moyens techniques pour pouvoir poursuivre sa mission au nord du Litani. C’est pourquoi elle estime qu’au lieu de lui mettre la pression et de dénigrer « la lenteur » de son action, il vaudrait mieux plaider pour lui accorder des moyens plus efficaces et déterminants. C’est pourquoi l’armée mise beaucoup sur la visite du général Rodolphe Haykal aux États-Unis, ainsi que sur la prochaine conférence qui doit se tenir à Paris au début du mois de mars et qui est destinée à la soutenir. Autrement dit, avant d’avoir obtenu ne serait-ce qu’une partie de ses demandes, elle ne peut pas accomplir la mission qui lui est confiée dans les délais prévus, surtout si aucune pression n’est exercée sur les Israéliens.
Dans ce contexte, l’armée est consciente du fait que tant qu’il n’y a pas d’accord clair, les Israéliens continueront à prétendre qu’il existe encore des dépôts d’armes et qu’une reconstruction des installations du Hezbollah se poursuit un peu partout. D’ailleurs, en dépit de la campagne menée par l’armée libanaise pour montrer qu’elle a réellement pris le contrôle de la zone au sud du Litani et malgré la confirmation de la Finul, les Israéliens poursuivent leurs agressions dans cette partie du territoire, ainsi qu’au nord du Litani. Ce qui signifie que rien ne peut les arrêter, quoi que fasse l’armée et le Hezbollah. Ce dernier ne manque d’ailleurs pas d’utiliser les agissements des Israéliens pour justifier le maintien de ses armes dans la zone au nord du Litani, en affirmant que sa coopération au sud ne protège pas cette région.
À ceux à l’intérieur qui lui reprochent d’avoir signé l’accord qui prévoit la remise de ses armes à l’État sur l’ensemble du territoire, le Hezbollah précise que même si cela était vrai, alors qu’il estime avoir signé pour le sud du Litani uniquement, l’accord demande aussi aux Israéliens de se retirer des positions occupées. Au lieu de lui demander de déposer toutes ses armes, il faudrait, selon le parti, demander aux Israéliens d’appliquer la partie de l’accord qui les concerne.
Face à ces positions opposées et au fait que les Américains, qui pourraient pousser à l’application de l’accord des deux côtés, ne font rien, l’impasse est totale. Pour en sortir, il y a deux possibilités. La première consiste dans une confrontation entre l’armée et le Hezbollah pour contraindre ce dernier à déposer ses armes. Mais celle-ci n’est pas envisagée des deux côtés. Les deux parties concernées sont catégoriques pour dire qu’elle n’aura pas lieu car elle serait terrible pour elles. La seconde possibilité consiste à miser sur le temps... en attendant que le tableau régional et international se précise.


"Ce qui signifie que rien ne peut les arrêter, quoi que fasse l’armée et le Hezbollah". Non, pas du tout! Que le Hezbollah remette ses armes à l'armée, et que NK, ersatz de HN, cesse de baragouiner et aille faire ce que les hommes de religion doivent se limiter à faire: prier et raconter leurs histoires à dormir debout dans les lieux de culte...
17 h 48, le 31 janvier 2026