Julien Sfeir, pharmacien, musicien, auteur-compositeur et interprète. Photo fournie par Julien Sfeir
En 2024, il faisait le buzz avec son clip Je jette des boîtes dans lequel il exprimait sa colère et son impuissance face au gaspillage de médicaments en France, alors qu’en même temps, à quelques milliers de kilomètres de là, son pays d’origine, le Liban, en manquait cruellement.
Avec Libanais, qui cumule déjà plus de 185 000 vues sur YouTube et de nombreux partages et commentaires enthousiastes sur Instagram, Julien Sfeir propose un nouveau morceau de pop urbaine qui résonne fort parmi la diaspora francophone, tiraillée entre son amour du pays et l’impossibilité d’y rester. Même le célèbre musicien, auteur-compositeur et pianiste André Manoukian a fait des éloges du talent de Sfeir sur les réseaux sociaux.
« Être libanais, c’est penser à l’autre avant soi. C’est vouloir faire plaisir. C’est la famille. C’est ne jamais abandonner », énumère le trentenaire, grands yeux bleus verts et barbe de trois jours, depuis l’arrière-boutique de la pharmacie angevine qu’il a achetée il y a quelques mois, pour se dégager du temps et de l’argent et « créer ainsi sans culpabiliser ».
Pour le natif de Sarthe, être libanais, c’est aussi « l’amour d’une téta dévouée ». La sienne, Juliette, était la figure centrale et lumineuse autour de laquelle gravitait toute sa famille. Née au Liban, passée par le Sénégal, elle est arrivée au Mans (dans la Sarthe) en 1981 et a vécu dans le même appartement presque jusqu’à sa mort, survenue il y a quelques semaines, à l’âge de 101 ans. « Téta, c’était tout. Elle était le point central de la famille. » Sa disparition plane encore dans la voix du jeune homme et dans ses yeux qui s’embuent à son évocation. « Tout ce que je fais, c’est elle. Je cuisine comme elle, je mange comme elle… Tout » , glisse-t-il en montrant même la tartine de labné qu’il portait à sa bouche quelques instants plus tôt. La voix de son aïeule résonne d’ailleurs dans le clip lorsqu'à la fin du morceau, elle lui dit « Ça va, ça va, une fois en haut, une fois en bas », sa manière à elle de dire qu’il y a des hauts et des bas, et que ça ira.
Libanais comme Shakira
Le projet « Libanais « n’était pourtant pas pensé comme un hommage. Il est né de petites capsules tournées avec sa « téta » Juliette, devenues virales il y a deux ans. « Les gens s’y sont reconnus. Alors je me suis dit : va au bout. » Il écrit un morceau complet, puis imagine un clip, réalisé avec Johan Neveu. Coco Makmak, influenceuse libanaise, le contacte après avoir vu la vidéo avec téta. Elle accepte d’y figurer et ramène un compatriote de renom, le chef étoilé Alain Geaam : « Il m’a dit : “Mais cette chanson, c’est exactement ça, le Liban”. »
Qu’il parle de lui ou de sa communauté, Julien le fait avec sincérité, humour et une pointe d’autodérision : « On se demande toujours entre nous : t'es libanais ou t’es français ? Moi, j’ai grandi en Sarthe… mais je suis libanais, clame-t-il inlassablement. Je suis libanais comme Shakira, tu vois ? » raconte celui qui habite désormais Angers, depuis qu’il y a fait ses études de pharmacie. « Quand, je rencontre un Libanais, je le considère comme un membre de ma famille, c’est dingue », dit-il, avouant également s’être tout de suite senti « chez lui » en découvrant le pays, sur le tard.
Pour autant, le musicien, à la fois auteur, compositeur, interprète, qui chante, joue les différents instruments, arrange, n’a pas voulu occulter les aspects plus sombres du pays du Cèdre. « On l’adore autant qu’on le déteste. Je voulais montrer les deux faces. »
« Ce pays peut être le tien »
Lorsque Julien évoque la situation politique, son discours se teinte d’une lucidité douce-amère. « Je ne suis pas spécialiste. Je répète ce que j’entends. » Et ce qu’il entend, c’est l’épuisement, la désillusion, les familles qui partent, les cousins qui refont leur vie ailleurs, les analyses désabusées de compatriotes vivant encore là-bas. « À chaque fois, on me dit : “Ça ne marchera jamais”. Mais j’ai envie d’y croire. » Son rêve est notamment de pouvoir un jour dire à son fils que le Liban a un avenir à lui offrir. « J’aimerais tellement l’y emmener et lui dire : regarde, ce pays peut être le tien. » Le petit Nadim occupe une place centrale dans sa vie…et désormais dans ses courtes vidéos humoristiques partagées sur Instagram, où son innocence espiègle fait mouche.
Car sans l’avoir planifié, Julien a vite constaté que son petit garçon de trois ans fédérait encore plus que sa musique. « J’ai fait deux-trois vidéos avec lui (sans qu’il n’apparaisse à l’écran), et les gens étaient mille fois plus intéressés ! » dit-il en riant. « Le capital sympathie, c’est fou. »
Nadim est aussi au cœur d’une vision plus intime de la transmission : Julien et sa compagne – marocaine musulmane – lui offrent une triple culture : libanaise, marocaine, et française, au quotidien. Le petit garçon a été baptisé, mais a aussi reçu un rite musulman. Pour Julien Sfeir, qui se définit lui-même comme chrétien maronite, cette pluralité n’est pas un compromis : c’est une richesse absolue. Le jeune papa travaille d’ailleurs sur un morceau sur son fils, « très dur à écrire », un autre sur les chats, et leur vie de pacha, et surtout un sur les femmes, en particulier les femmes orientales. Un thème sensible, qu’il veut aborder avec humour, sincérité et nuance.
Lui qui est né dans une famille de « dentistes, ostéo, médecins » ne croit plus au « reste à ta place » qu’on lui a trop répété. Il trace désormais son propre chemin, hybride et sincère, à la fois pharmacien, artiste, père, libanais, français.
Instagram : julien_sfeir_



Bravo comme c’est bien vu!????
19 h 48, le 19 février 2026