Le pianiste italien Elia Cecino, reconnu pour la maîtrise de sa technique et la précision de son jeu. Photo université Antonine
À l’université Antonine, le mardi 27 janvier 2026, le récital marathon du pianiste de 23 ans Elia Cecino a marqué bien davantage qu’une performance d’envergure : il inaugurait la saison musicale de l’institution. Un lever de rideau exigeant, à l’image d’une programmation qui affiche d’emblée ses ambitions artistiques.
Rigueur et sensibilité sont les qualités dont Elia Cecino – Premier Prix du 22ᵉ Concours international de piano Iturbi à Valence – fait lui-même preuve dans son interprétation de la Toccata BWV 915 de Bach. Sa virtuosité et l’éclat de son jeu peuvent s’y donner davantage libre cours, dans une Toccata qui atteint avec lui une belle plénitude sonore.
La Troisième Sonate est la dernière sonate pour piano de Brahms, et c’est la plus achevée, vraiment l’un des plus beaux chants de la musique de piano du XIXᵉ siècle. C’est une œuvre d’un romantisme accompli où passe toute la beauté des paysages du nord de l’Allemagne.
Elle compte cinq mouvements. Le deuxième mouvement porte en épigraphe les vers de Sternau : « Le soir tombe, la lune se lève, il y a deux cœurs que l’amour réunit et qui se tiennent délicieusement embrassés. » C’est l’un des plus beaux nocturnes écrits pour le piano et l’un des plus beaux chants de tendresse et de rêve.
Un brin trop léger pour Brahms, c’est le seul reproche qu’on puisse faire à Elia, bien que la Sonate op. 5 ait été écrite à l’âge de 18 ans ; elle n’est guère plus « jeune » que des œuvres ultérieures du compositeur, en ce sens qu’elle demande à l’auditeur, autant qu’à l’interprète, une adhésion mûrement soutenue et réfléchie, plutôt que la compréhension enthousiaste et rapide qu’appellent les élans juvéniles d’un Schumann.
Elia Cecino ne manque certes ni de pudeur dans le toucher ni de sens de la construction brahmsienne ; son intention est très juste, et il lui manque seulement, pour rendre entièrement justice à l’intensité sonore et architecturale de la pièce, un « poids » qui est peut-être celui de ses jeunes années.
FFF et PPP
Tant qu’un pianiste n’exploite pas à fond toutes les possibilités de varier les nuances, il reste forcément un peu en deçà des grandes architectures de Brahms. En effet, celles-ci, pour être déployées à la fois dans toute leur longueur et dans toute leur densité, exigent qu’on dispose d’une réserve de FFF (forte, forte, fortissimo, NDLR) et de PPP (piano, piano, pianissimo, NDLR), plus intense que le « maximum ». Elia Cecino n’en est pas encore tout à fait là, mais il a tout ce qu’il faut pour y parvenir très rapidement.
Voici une sonate de Beethoven qu’on joue très rarement, la Douzième Sonate, op. 26, parce qu’elle s’insère dans sa production entre des œuvres bien plus célèbres, comme la Pathétique et la Clair de lune. Cette sonate est abordée avec un élan juvénile et un brio magnifique. L’interprétation est magistrale, avec une marche funèbre à faire pleurer.
À peine a-t-on entendu les premiers accords fulgurants de la Deuxième Sonate de Chopin et identifié l’angoissante interrogation initiale de l’op. 35, puis le thème haletant et douloureux du Doppio movimento, qu’on reconnaît un immense pianiste, un interprète de race. Le souffle est ample, la déclamation vivante et dramatique, le rythme musclé, la sonorité puissante dans le « forte » et parlante dans le « piano », la ligne musicale chargée d’une exceptionnelle intensité. Les tempos mesurés du scherzo et de la marche funèbre permettent de pénétrer plus avant dans le vif de l’œuvre.
Toujours est-il que le Finale est immatériel et mystérieux à souhait, restituant à merveille le climat fantomatique de cette pièce stupéfiante. « Le coup de vent sur la tombe », a dit un commentateur, et Schumann d’ajouter : « ce n’est plus de la musique, mais un certain génie impitoyable nous souffle au visage. »
On aurait préféré rester sur cette impression et sur cette atmosphère, plutôt que le bis qu’Elia a voulu jouer pour détendre l’atmosphère : l’Allegro vivace de la Deuxième Sonate pour piano de Beethoven.



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