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Économie - Grille Des Salaires/Liban

Vote du budget : les élus exploitent les revendications des fonctionnaires et se fâchent à cause de l'Iran

Lors de la pause, Elias Bou Saab a quitté la séance pour rencontrer des militaires retraités et leur a indiqué que dix députés avaient signé un projet de loi concernant les allocations scolaires des militaires retraités.

Vote du budget : les élus exploitent les revendications des fonctionnaires et se fâchent à cause de l'Iran

Le Parlement libanais est réuni depuis mardi pour trois jours afin d'étudier le projet de budget pour 2026. Photo Ani

Le Parlement a attendu les derniers jours de janvier pour se pencher sur l’examen du projet de budget de l’État pour l’année en cours, avec pour mission de le voter avant la fin du mois et d’éviter que le gouvernement ne fasse promulguer, pour la seconde année consécutive.

Les députés disposent de trois jours pour trancher sur le texte, partiellement retravaillé par la commission des Finances, dans une ambiance électrisée par les propos tenus la veille par le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, affirmant que le parti ne resterait pas neutre si Washington venait à bombarder Téhéran.

Les élus ont ainsi redoublé d’efforts dès la première séance de la journée pour montrer leur sensibilité aux revendications des milliers de fonctionnaires, actifs ou retraités, issus du secteur public, venus réclamer un ajustement de leurs rémunérations et avantages, qui n’ont toujours pas été révisés pour compenser la dévaluation subie par la livre libanaise depuis le début de la crise en 2019.

Le président de la commission des Finances, Ibrahim Kanaan, a ouvert le débat en réclamant notamment « une nouvelle grille des salaires pour le secteur public ». « Ce qui a détruit l’économie n’est pas l’ancienne grille des salaires, mais le recrutement anarchique dans la fonction publique, le gaspillage au niveau du pouvoir exécutif, ainsi que l’absence de décisions judiciaires dans les dossiers examinés et transmis par la Commission des Finances », a-t-il déclaré en présentant le rapport de la commission sur le projet de budget.

« Traités équitablement »

Les effectifs de la fonction publique au Liban, d’environ 300 000 emplois, en comptant les forces armées selon les estimations qui circulent, sont pléthoriques par rapport à la taille du pays. Même avant la crise, les traitements et salaires pesaient plus du tiers du budget de l'Etat, derrière le service de la dette. La dernière grille des salaires a été adoptée en 2016, actant des hausses d’environ 15 % en moyenne dans la fonction publique, ce qui avait accentué la pression sur le système financier libanais, fondamentalement déséquilibré et très dépendant des importations et de l’endettement public en dollars via les eurobonds. Ibrahim Kanaan a également reproché au gouvernement que « la plupart des ministères, administrations et institutions ont présenté des demandes d’augmentation de leurs crédits », alors même que les salaires n’avaient pas encore été ajustés, accusant l’exécutif de s’être « précipité » à envoyer le projet de budget au Parlement.

Le vice-président du Parlement, l’ex-CPL Elias Bou Saab, a pour sa part souligné que « 80 % des dépenses du budget sont consacrées aux salaires et traitements, et seulement 20 % aux autres dépenses », avant de reconnaître que le niveau des rémunérations était actuellement « injuste ». Les militaires retraités ne demandent rien d’autre que le rétablissement de leurs pensions à la moitié de ce qu’elles étaient avant la crise de 2019 », a-t-il ajouté. A la pause, Elias Bou Saab, a quitté la séance pour rencontrer des militaires retraités et leur a indiqué que dix députés avaient signé un projet de loi concernant les allocations scolaires des militaires retraités, leur assurant que cette loi répond à l’une de leurs revendications.

Avant le début de la séance, le bloc de la Rencontre démocratique parlementaire (de Joumblatt) a rappelé « la nécessité d’adopter sa proposition visant à intégrer 50 % du total des aides sociales et des indemnités accordées aux fonctionnaires, employés, agents et contractuels, civils et militaires, dans le salaire de base », après avoir énuméré toute une liste de mesures – très générales, comme l'amélioration de la collecte des impôts ou l'instauration d'un impôt sur les grandes fortunes – visant à augmenter les recettes de l’État sans accroître la pression fiscale sur les contribuables. Le député du Chouf, Bilal Abdallah, a fait écho à cette position dans son discours.

Le député de la contestation, Firas Hamdan, a estimé que l'État « ne peut se soustraire à son rôle de répondre aux revendications des retraités depuis 2019 et que des mesures sérieuses doivent être prises pour protéger les citoyens ». « Les militaires et les employés du secteur public doivent être traités équitablement », a renchéri le député Ali Mokdad, élu du Hezbollah avant la fin de la première seance de la journee.

Plus nuancé, le député Michel Mouawad a salué la lutte menée par le gouvernement contre « l’économie parallèle », mais insisté sur la nécessaire réforme du secteur public. « Pour atteindre un équilibre entre les capacités et les besoins, il faut entamer des réformes, non recourir à des mesures qui creusent les inégalités », a-t-il aussi déclaré.

Autres critiques et une altercation

Parmi les autres critiques formulées par la commission des Finances, Ibrahim Kanaan a rappelé que le budget allait une nouvelle fois être adopté sans que la clôture des comptes de l’année précédente ne soit votée, un problème récurrent depuis les années 2000. Un point également soulevé par le président de la commission de l’Administration et de la Justice, Georges Adwan (Forces libanaises), qui a insisté sur le fait que son bloc parlementaire « ne tolérerait pas » cette nouvelle atteinte à la Constitution.

Présentant son rapport, Ibrahim Kanaan a enfin précisé que la commission des Finances avait « suspendu la ligne budgétaire relative au loyer de l’ESCWA, car les montants sont irréalistes et l’accumulation a dépassé 50 millions de dollars ». C’est le ministère des Affaires étrangères qui loue ce bâtiment à Solidere, la société fondée dans les années 1990 par le gouvernement libanais pour organiser la reconstruction du centre-ville détruit pendant la guerre civile. Ibrahim Kanaan a enjoint le gouvernement à acquérir le bâtiment dans un futur proche afin de limiter les dépenses liées à sa location.

Le fait que le budget ait été construit sans vision, qu’il néglige les habitants victimes des bombardements israéliens ou ne tienne pas compte du dossier brûlant des récents effondrements de bâtiments à Tripoli figure parmi les autres critiques formulées. Le chef du CPL, Gebran Bassil, a vivement critiqué le gouvernement et le budget, estimant que la loi de finances reflète un attentisme lié à la question du désarmement des milices. « Désarmez et vous aurez une économie, sinon il n’y aura pas d’économie », a-t-il lancé, soulignant que le rétablissement du monopole des armes « nécessite une stratégie de défense promise dans la déclaration ministérielle », mais qui n’a pas encore été élaborée. Un argument aligné sur la position du Hezbollah, son ancien allié politique. Sans surprise, M. Bassil a vivement critiqué le bilan du ministre de l’Énergie, Joe Saddi, issu de la quote-part des Forces libanaises au sein du gouvernement, adversaire politique du CPL, et qui a récupéré un ministère géré pendant quinze ans par la formation aouniste.

La séance a enfin été marquée par une altercation entre les députés du Hezbollah et d'autres élus après que Firas Hamdan ait affirmé qu'« utiliser à nouveau les Libanais du Sud comme levier de négociation dans des conflits régionaux n’a jamais été bénéfique lorsque cela a mené à la destruction du pays et du Sud ».

Le président du Parlement, Nabih Berry, a tenté d’interrompre le député, ce qui a poussé le chef des Kataëb, Samy Gemayel à intervenir, déclarant : « Personne n’a le droit d’interrompre quelqu’un d’autre ». Entre-temps, le député du Hezbollah Ali Fayad avait accusé Firas Hamdan d’utiliser l’hémicycle de façon inappropriée, ajoutant que « s’en prendre à un État frère n’est pas acceptable ».

Après cet échange, la députée de la contestation, Paula Yacoubian, a insisté en se demandant si le budget actuel était « le budget du Liban ou celui de l’Iran ? ». Elle a ajouté « qu’aucun gouvernement au monde ne peut préparer un budget pour un pays dont les décisions nationales sont prises hors de ses frontières, dont les limites sont hors de son contrôle, dont les partis sont au-dessus de sa Constitution et dont la souveraineté est confisquée par des entités étrangère ». Avant elle, Georges Adwan avait considéré que le Liban se trouvait à un « carrefour » : « soit nous nous engageons dans l’État, soit nous ferons tous face à des problèmes dans le présent et à l’avenir ».

Le Parlement a attendu les derniers jours de janvier pour se pencher sur l’examen du projet de budget de l’État pour l’année en cours, avec pour mission de le voter avant la fin du mois et d’éviter que le gouvernement ne fasse promulguer, pour la seconde année consécutive.Les députés disposent de trois jours pour trancher sur le texte, partiellement retravaillé par la commission des Finances, dans une ambiance électrisée par les propos tenus la veille par le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, affirmant que le parti ne resterait pas neutre si Washington venait à bombarder Téhéran.Les élus ont ainsi redoublé d’efforts dès la première séance de la journée pour montrer leur sensibilité aux revendications des milliers de fonctionnaires, actifs ou retraités, issus du secteur public, venus réclamer...
commentaires (4)

Certains n’ont aucun intérêt à voir notre pays sauvé ni à permettre à un état de droits de triompher. Ils savent quel serait leur sort et connaissent les raisons pour lesquelles ils seront jugés. Ce sont les mêmes qui empêchent tout projet qui va dans le sens du sauvetage de leur pays. Nous les connaissons tous et ils se reconnaissent entre pairs.

Sissi zayyat

17 h 39, le 29 janvier 2026

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Commentaires (4)

  • Certains n’ont aucun intérêt à voir notre pays sauvé ni à permettre à un état de droits de triompher. Ils savent quel serait leur sort et connaissent les raisons pour lesquelles ils seront jugés. Ce sont les mêmes qui empêchent tout projet qui va dans le sens du sauvetage de leur pays. Nous les connaissons tous et ils se reconnaissent entre pairs.

    Sissi zayyat

    17 h 39, le 29 janvier 2026

  • Alors qu’on parle du budget dont certains ne connaissent même pas le sens puisqu’ils ont eu une économie parallèle résultant de trafics de tout genre pour élaborer des scénarios de guerres non justifiées contents de détruire leur pays pour le dominer. Ils viennent faire taire encore une fois les voix de la raison comme s’ils avaient mené notre pays à la prospérité et à la gloire. Comment peuvent ils seulement la ramener sans honte en continuant à vociférer? Aucune honte ni remord pour tout le mal qu’ils ont infligé à notre pays qui est, en principe, le leur aussi.

    Sissi zayyat

    17 h 30, le 29 janvier 2026

  • Un budget consacré essentiellement à payer des fonctionnaires recrutés par un clentélisme honteux. Berry a bâti son emprise et son empire sur cette pratique. La milice a complété le tableau avec ses armes importées. Mais il y a aussi des fonctionnaires honnêtes et capables, et c’est injuste de leur faire payer la réputation de leurs collègues corrompus. Pas facile d’en finir avec des décennies de dictature et de spoliation éhontée. Les malheureux déposants ne diraient pas le contraire. Dommage que la guillotine n’existe plus !

    NG

    07 h 21, le 28 janvier 2026

  • As long as Mr. Nabih Berri keeps on appointing the ministers of finance, Lebanon cannot hope to have a budget that includes meaningful reforms and a stimulus that would lead to economic recovery. We need to get rid of Berri as speaker in the next Parliament and reduce his toxic influence on national politics.

    Mireille Kang

    20 h 27, le 27 janvier 2026

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