Voilà déjà des mois que le Hezbollah, ses députés, ses cadres et la galaxie d’hommes de religion, de journalistes et d’internautes qui gravitent dans son orbite ont lancé une campagne soutenue destinée à installer solidement l’idée que c’est l’État libanais qui est responsable : de l’incapacité à faire cesser les attaques israéliennes et obtenir le retrait de l’armée de l’État hébreu des positions qu’elle occupe au Liban-Sud ; du retard survenu dans la reconstruction des régions touchées par la guerre ; et du mépris quasi général dans lequel serait tenu le sort des chiites dans ce pays. Dire que cette campagne est injuste et qu’elle repose sur des contre-vérités est un euphémisme. Cela n’empêche guère le Hezbollah de miser fortement sur ces accusations pour maintenir coûte que coûte son prestige et sa popularité auprès des populations qui lui sont acquises et tenter de faire taire les interrogations, voire les doutes qui commencent à prendre de l’ampleur chez ceux qui, au sein de la communauté, sont moins embrigadés.
« Craignez notre colère », tonnait il y a quelques jours un député du parti pro-iranien, Hassan Fadlallah, semblant s’adresser à la fois aux responsables de l’exécutif et à la masse des Libanais – classés par les milieux du Hezbollah dans la catégorie des engeances vaguement sionistes. Que faire ? Reprocher à ce député son arrogance ? Mais cette milice ne vit que par ce travers que n’a même pas altéré la défaite cuisante subie à la suite de l’aventure insensée du « front de soutien à Gaza » et ses conséquences militaires, politiques, diplomatiques, économiques et humaines désastreuses sur le Liban. Et cela alors même qu’une majorité de Libanais s’égosillait en vain pour dire combien elle ne se sentait pas concernée par ce « front de soutien ». Une arrogance remise encore hier au goût du jour par le chef du parti lui-même, Naïm Kassem, dans un discours délirant où il s’est autorisé à mettre en péril le Liban une fois de plus pour éventuellement aller au secours non pas de Tyr ou de Bint Jbeil, mais de ce qui est clairement plus sacré aux yeux de sa formation : son parrain iranien. Dans cette affaire, peu lui chaut que le sort du régime crépusculaire de Téhéran soit le cadet des soucis non seulement des autres Libanais dans leur ensemble, mais aussi, de plus en plus, d’une grande partie des chiites.
Encore une fois, dénoncer l’arrogance ne suffira pas. Face à un tel fardeau qu’est devenu le Hezbollah, l’État doit prendre le taureau par les cornes et contre-attaquer de manière ferme et efficace. Qu’on ne s’y méprenne pas : la politique d’endiguement adoptée par le président de la République vis-à-vis du Hezb, accompagnée d’une bienveillance à l’égard de la communauté chiite en général, n’est pas en cause ici. Cette stratégie est loin d’être mauvaise tant que l’objectif – le monopole des armes aux mains de l’État et l’intégration définitive des chiites dans le rêve libanais (qui pour l’instant est un cauchemar) – reste constant et clair. En revanche, il faudra réagir de manière plus volontaire, plus affirmée, plus politique surtout, face à la campagne menée par la milice. Ce ne sont pas des poursuites judiciaires contre quelques journalistes accusés de diffamation, surtout lorsque ces poursuites sortent du cadre régulier, qui apporteront la réponse adéquate. Le Liban ne devrait en aucun cas perdre son statut de havre des libertés dans la région pour venir à bout de la propagande d’un parti totalitaire. Ce qu’il faut, c’est une contre-campagne fondée sur des évidences et des constats tout simples et indiscutables, comme le fait d’imputer au Hezbollah la responsabilité de retarder lui-même, par son entêtement clairement insufflé par l’Iran, la reconstruction du Liban-Sud et des autres régions affectées. Il faut que chaque habitant de ces régions ayant perdu sa maison soit placé devant les faits réels susceptibles de lui montrer qui entrave l’arrivée des fonds nécessaires à la reconstruction de sa maison.
Est-ce trop demander que de souhaiter que le ministère de l’Information – une entité dont on n’a que faire normalement dans les pays démocratiques – soit enfin utile et fasse un travail à la suite duquel le contribuable libanais serait en mesure, pour une fois, de se dire que ses impôts ont servi à quelque chose ?


Chou??
03 h 46, le 29 janvier 2026