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Nos lecteurs ont la parole

Le système bancaire libanais, pilier du système politique

Les approches du désastre bancaire suivant des catégories exclusivement juridiques, financières et économiques, certes nécessaires et fondamentales, occultent toute la perspective structurelle du système bancaire dans le système politique libanais, de la confiance dans la pérennité de ce système et de son avenir dans le contexte national, arabe et international. Le communiqué de l’Association des banques, le 15/12/2025, devrait être pris en considération dans une perspective bien plus large que la récupération des dépôts.

L’enjeu, c’est la confiance dans le système politique libanais, ses fondements, sa stabilité, sa pérennité. Le système bancaire libanais revêt la même importance qu’en Suisse, pilier de la stabilité et de la confiance nationale, régionale et internationale. Tous les débats sur le secret bancaire émanaient d’une vision politique et nationale bien plus large que financière et économique.

La confiance, complètement ébranlée au Liban, incite, en ce qui concerne les banques, à une analyse comparative de deux périodes charnières, celle de la situation des banques dans les années des guerres multinationales en 1975-1990 et celle d’aujourd’hui. Il s’agit surtout de la sauvegarde des droits des déposants et de la confiance de tous les Libanais, du monde arabe et du monde entier dans les banques au Liban pour les vingt prochaines années.

1) Le patrimoine de résistance du système bancaire libanais : durant les années de guerres, sanglantes et tumultueuses, en 1975-1990, le système bancaire libanais a prospéré, avec des succursales partout. Il a démantelé par son expansion toutes les démarcations, exemple concret de la survie du pacte national libanais à l’encontre des idéologies de partition, de fragmentation et de dénigrement des valeurs fondatrices du Liban.

Clement Henry Moore, dans une étude aujourd’hui fort actuelle, décrit cela en détail, de la manière la plus concrète, avec un titre fort pertinent (Clement Henry Moore, Le système bancaire libanais : les substituts financiers d’un ordre politique, Paris, Maghreb-Machrek, n° 99, janvier-mars 1983, pp. 30-46).

Il faut rappeler cependant que la Banque du Liban était autrefois dirigée par des hommes d’État, dont Michel el-Khoury, Élias Sarkis et Edmond Naïm. Depuis un accord du Caire revisité du 6/2/2006, l’État libanais n’est plus un État, supplanté par un État parallèle, armé et financé par un pouvoir régional. Un ministre voudrait aussi apprendre à des Américains et des Britanniques comment gérer un pays sans budget dans une déclaration à la CNN le 23/1/2019 : « Nous avons à apprendre à Washington et à Londres comment gérer un pays sans budget, car le Liban s’est accoutumé à tout contexte complexe et on ne peut dire que la situation économique au Liban est mauvaise ! »

On a prêté de l’argent à un État qui ne dispose pas de tous ses attributs régaliens, dont le monopole de la force organisée, et client non crédible. Alors que le compromis (taswiya) se déploie avec des concessions mutuelles et dans un cadre de légalité, les compromissions (musâwamât) sont engagées pour des intérêts privés et en violation des normes de gouvernance.

2) Le capital de confiance. La leçon de tout un capital bancaire libanais de confiance est la suivante : la moindre violation des garanties en faveur des déposants, tous les déposants, fera perdre au système bancaire libanais un acquis séculaire de confiance, comme en témoignent la résistance et aussi la résilience du système bancaire au Liban durant les années 1975-1990. Risque de perte complète de confiance de la part de tous les Libanais, de tous les déposants arabes et du monde entier ! Le capital de confiance sera alors complètement détruit pour au moins les vingt prochaines années. Aucun Libanais, aucun Arabe peu confiant dans la stabilité du régime politique de son pays, aucun émigré et aucun déposant étranger n’aura désormais recours à une banque au Liban que pour des formalités conjoncturelles. Les banques décapitalisées, en termes financiers, ont besoin de sauvegarder pour demain leur capital ébranlé de confiance et la confiance dans le système politique et constitutionnel libanais.

***

Le système bancaire libanais, il lui appartient de demeurer « le substitut » de confiance qui ne sera pas seulement bancaire, mais national.

Des projets proposés ne sont que rationnels, au sens le plus péjoratif, mais le problème est ailleurs : le capital de confiance dans le système bancaire et le Liban de demain.

Antoine MESSARRA

Membre du Conseil constitutionnel, 2009-2019

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Les approches du désastre bancaire suivant des catégories exclusivement juridiques, financières et économiques, certes nécessaires et fondamentales, occultent toute la perspective structurelle du système bancaire dans le système politique libanais, de la confiance dans la pérennité de ce système et de son avenir dans le contexte national, arabe et international. Le communiqué de l’Association des banques, le 15/12/2025, devrait être pris en considération dans une perspective bien plus large que la récupération des dépôts. L’enjeu, c’est la confiance dans le système politique libanais, ses fondements, sa stabilité, sa pérennité. Le système bancaire libanais revêt la même importance qu’en Suisse, pilier de la stabilité et de la confiance nationale, régionale et internationale. Tous les débats sur le...
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