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Politique - Décryptage

Derrière le soudain soutien chrétien au président, l’ombre de Ben Farhane ?


Brusquement, la plupart des composantes politiques chrétiennes du pays ont décidé de se rapprocher du chef de l’État. Il y a eu ainsi, au cours des derniers jours, une visite à Baabda du chef des Kataëb Samy Gemayel – qui d’ailleurs, depuis l’élection de Joseph Aoun à la présidence de la République, a déclaré ouvertement son appui à ce dernier –, puis un coup de fil prolongé entre le chef de l’État et le chef des Forces libanaises Samir Geagea après une vague de critiques que lui avaient adressées des figures de ce parti, et enfin une visite spectaculaire du chef du CPL Gebran Bassil au palais présidentiel, sachant que cette formation avait été l’une des rares composantes politiques à ne pas voter pour Joseph Aoun.

Ce soudain appui des différentes composantes chrétiennes à un président en exercice ne peut qu’attirer l’attention, surtout que depuis des décennies, celles-ci sont rarement d’accord entre elles. De plus, elles préfèrent généralement attaquer le pouvoir en place, d’abord parce qu’au Liban, l’opposition est souvent plus populaire que le loyalisme, et en plus parce que cela reste le meilleur moyen de se préparer pour la succession à la tête de l’État. On se souvient en effet des multiples tentatives, sous la houlette de Bkerké, pour tenter de rapprocher les différents chefs chrétiens ou au moins les pousser à s’entendre sur un projet commun. Et voilà que, comme par miracle, les composantes chrétiennes (ou du moins les plus importantes d’entre elles) décident de soutenir le chef de l’État à un moment particulièrement délicat de la vie du pays.

Samy Gemayel, Samir Geagea et Gebran Bassil ont, selon leurs propres déclarations, salué les efforts accomplis par le président durant la première année de son mandat pour remettre l’État et ses institutions sur les rails et ont rendu hommage à sa volonté de préserver l’unité nationale dans des conditions difficiles. Ces positions ne sont pas étonnantes venant du chef des Kataëb. Elles le sont un peu plus lorsqu’elles émanent du chef du CPL et du chef des FL. Il faut préciser qu’après les attaques contre le candidat à la présidence Joseph Aoun, Gebran Bassil a modifié son attitude une fois que celui-ci est devenu président, sans pour autant devenir un des proches de la présidence. Quant à Samir Geagea, c’est plutôt le processus contraire. Après avoir donné des instructions à son camp pour voter pour Joseph Aoun, il a multiplié les critiques à son égard, sous prétexte qu’il n’est pas assez ferme dans le dossier des armes du Hezbollah et même sur les questions des réformes.

C’est pourquoi cette soudaine unanimité autour de Joseph Aoun attire l’attention. Selon une source diplomatique arabe, ce phénomène ne devrait pas être dissocié de la volonté saoudienne. Selon elle, aussi bien le prince Yazid ben Farhane, chargé par le ministre saoudien des Affaires étrangères du dossier libanais, que l’ambassadeur Walid Boukhari ont clairement déclaré à leurs interlocuteurs libanais que le royaume soutient le président de la République dans ses efforts actuels pour assurer à la fois le contrôle des armes par l’État et le lancement des réformes administratives et structurelles des institutions. Si, au cours de sa récente visite de près de 3 jours au Liban, Yazid ben Farhane s’est essentiellement entretenu avec des personnalités sunnites pour tenter de réparer les dégâts causés par l’affaire du pseudo-émir Abou Omar, sa rencontre avec le chef du CPL a été particulièrement remarquée... et médiatisée. Elle constitue d’ailleurs, dans le paysage politique libanais, une première. Surtout qu’on avait beaucoup parlé d’une froideur dans les relations du CPL avec Riyad depuis le mandat du président Michel Aoun, soutenu alors par le Hezbollah. Cette réunion et les déclarations qui l’ont suivie ont montré que les relations entre le royaume et le CPL sont bonnes et qu’il y a même entre eux une entente sur beaucoup de points. Or, la visite de Bassil à Baabda a eu lieu après la rencontre avec l’émir saoudien. La source diplomatique arabe estime ainsi qu’il y a un lien clair entre les deux.

La situation est quelque peu différente dans le cas du chef des FL, puisqu’il n’y a eu aucune médiatisation de sa rencontre avec Yazid ben Farhane, au point que la source précitée est convaincue qu’elle n’a pas eu lieu. Mais si elle a eu lieu, sans être médiatisée, cela suscite des interrogations. Pour le camp hostile aux FL, c’est l’indice que les Saoudiens ne sont pas satisfaits de l’attitude de cette formation, notamment des attaques répétées contre Baabda. De plus, les Saoudiens voudraient montrer que Samir Geagea n’est pas, comme le disent ses proches, leur premier allié au Liban. Alors que pour le camp proche des FL, le fait qu’il n’y ait pas eu d’informations sur une telle rencontre ne signifie pas que celle-ci n’a pas eu lieu, mais au contraire, qu’elle est si normale qu’on n’a pas besoin d’en parler. De plus, il est clair que le principal souci de l’émissaire saoudien est de chercher à limiter les dégâts causés par l’affaire Abou Omar en particulier sur la scène sunnite. Quelle que soit la version retenue, il n’en reste pas moins que le coup de fil entre Geagea et Joseph Aoun pour le féliciter à l’occasion de l’écoulement de la première année de son mandat et le souci du chef des FL de souligner les réalisations ont constitué un élément nouveau dans le paysage politique, qui ne peut pas être dissocié du climat général saoudien.

En effet, tous ceux qui ont rencontré récemment l’émissaire saoudien ou même l’ambassadeur Boukhari rapportent que le royaume soutient le chef de l’État et le gouvernement en général dans leurs démarches pour consolider l’État. Tout ce qui a été dit sur un mécontentement saoudien à l’égard de Joseph Aoun au sujet de son attitude dans le dossier des armes du Hezbollah est par conséquent faux.

Brusquement, la plupart des composantes politiques chrétiennes du pays ont décidé de se rapprocher du chef de l’État. Il y a eu ainsi, au cours des derniers jours, une visite à Baabda du chef des Kataëb Samy Gemayel – qui d’ailleurs, depuis l’élection de Joseph Aoun à la présidence de la République, a déclaré ouvertement son appui à ce dernier –, puis un coup de fil prolongé entre le chef de l’État et le chef des Forces libanaises Samir Geagea après une vague de critiques que lui avaient adressées des figures de ce parti, et enfin une visite spectaculaire du chef du CPL Gebran Bassil au palais présidentiel, sachant que cette formation avait été l’une des rares composantes politiques à ne pas voter pour Joseph Aoun.Ce soudain appui des différentes composantes chrétiennes à un président en exercice ne...
commentaires (4)

Qui veut bien, à l’OLJ, nous faire un papier “l’affaire Abou-Omar pour les nuls”. Qu’on comprenne pourquoi elle a fait « des dégâts sur la scène sunnite » et, d’ailleurs, pourquoi est-elle devenue dans la presse une affaire intra-sunnite alors qu’au départ, on parlait de l’implication de plusieurs personnalités politiques et pas que sunnites?

Marionet

08 h 03, le 25 janvier 2026

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Commentaires (4)

  • Qui veut bien, à l’OLJ, nous faire un papier “l’affaire Abou-Omar pour les nuls”. Qu’on comprenne pourquoi elle a fait « des dégâts sur la scène sunnite » et, d’ailleurs, pourquoi est-elle devenue dans la presse une affaire intra-sunnite alors qu’au départ, on parlait de l’implication de plusieurs personnalités politiques et pas que sunnites?

    Marionet

    08 h 03, le 25 janvier 2026

  • On dirait que les abonnés-ées du journal ne saisissent pas les nuances en lisant les articles avant de s’acharner sur leurs auteures et auteurs

    Hitti arlette

    10 h 32, le 24 janvier 2026

  • Toujours le même fil conducteur: encenser le CPL et attaquer les FL… c’est franchement lassant

    Ras le bol

    08 h 13, le 24 janvier 2026

  • On pourrait tourner la question autrement. C’est bien le Président qui a rejoint les souverainistes en montant d’un cran son opposition à la milice et pas le contraire. Les partis chrétiens n’ont jamais été contre Baabda mais réclamaient plus de poigne , et c’est fait. Si l’ombre de ben farhan plane c’est uniquement chez gebran. Il réalise que son appui opportuniste et contre nature, à la moumanaa défunte l’a pratiquement détruit et il est bien content de s’accrocher à la bouée saoudienne. Il était contre Aoun et il est maintenant pour. S’il pouvait simplement nous expliquer pourquoi !

    NG

    06 h 02, le 24 janvier 2026

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