Lorsque le président de la République, Joseph Aoun, a appelé le Hezbollah à « faire preuve de raison », il semblait, encore une fois, oublier qu’il s’adressait à un parti qui a érigé la déraison en posture politique. Naïm Kassem s’est chargé de le lui rappeler – avec la brutalité et l’outrance qui lui tiennent désormais lieu d’argument. À ceux qui réclament le désarmement, le chef du Hezbollah a opposé une formule lourde de mépris – dont la traduction de l’arabe vers le français en atténue la portée réelle : « Vous n’avez pas les épaules pour cela. » Une phrase qui résume toute une vision : nier la légitimité de l’État, rabaisser ses institutions et consacrer une hiérarchie où la force armée supplante la souveraineté nationale.
Après avoir chargé Mahmoud Comati de répondre aux propos présidentiels (sur la fin du rôle des armes) par des menaces de guerre civile, le parti a manifestement constaté que cela ne fonctionnait plus. Tout le monde le sait, dans la logique du Hezbollah, lorsque les arguments politiques s’épuisent, ne reste que la menace. Accusations de « tutelle américaine », avertissements alarmants : tout est fait pour faire porter à l’État la responsabilité du chaos annoncé.
En optant pour l’escalade contre l’État – son président, son gouvernement, son ministre des Affaires étrangères –, Naïm Kassem a néanmoins exposé au passage l’ampleur de la confusion stratégique qui traverse aujourd’hui le Hezbollah. Derrière ce « regain de confiance » se cache en réalité un calcul aussi fragile que dangereux : le soulagement né de l’hypothèse d’un recul américain sur une frappe contre l’Iran. Le cheikh Kassem semble toutefois oublier – ou feindre d’ignorer – que si le risque d’une action américaine contre Téhéran s’éloigne, fût-ce provisoirement, celui d’une frappe israélienne contre sa formation se rapproche mécaniquement. La déraison qu’il affiche aujourd’hui ne protège ni son camp ni le Liban ; elle offre au contraire à Israël un énième prétexte pour intensifier ses frappes. Oui, « il ne restera plus pierre sur pierre et personne ne sera épargné ». Mais ce ne sera ni le résultat de l’« anomalie appelée ministre des Affaires étrangères » ni celui d’un complot extérieur. Ce sera la conséquence directe de la véritable anomalie : un État dans l’État, qui persiste à confondre illusion et réalité. Mais « pour qui lis-tu tes psaumes, David » ?
Ce coup de menton intervient alors que Beyrouth venait à peine de bénéficier d’un élan diplomatique positif, incarné par l’annonce d’une conférence de soutien à l’armée libanaise, prévue le 5 mars à Paris. Au lieu d’accompagner cet effort, le Hezbollah a encore une fois choisi l’affrontement. Kassem a cette fois nommément visé la communauté internationale représentée par le « Quintette », l’accusant de faire pression sur le Liban plutôt que sur Israël. Une inversion classique des rôles : toute tentative de renforcer l’État devient une trahison, toute exigence de souveraineté un complot étranger. Il intervient aussi à un moment clé, à l’approche de la présentation par l’armée libanaise de son plan concernant le retrait des armes au nord du Litani, après la fin de la première phase au sud du fleuve. Il ne faut pas être très futé pour comprendre que le Hezbollah entend bloquer cette étape avant même qu’elle ne commence. Pour cela, Naïm Kassem va jusqu’à nier l’existence même de phases successives, affirmant que l’accord du 27 novembre 2024 ne comporte qu’une seule étape – déjà, selon lui, intégralement respectée par le Liban.
Là où Joseph Aoun – à tort ou à raison – tente de réconcilier les contradictions libanaises, Naïm Kassem s’emploie méthodiquement à les exacerber. Le président de la République cherche à réinstaller l’État comme espace de médiation entre souveraineté et cohésion nationale ; le secrétaire général du Hezbollah, lui, persiste à ramener le pays vers une logique de surenchère et d’alignement aveugle sur l’Iran. Car le débat ne porte pas uniquement sur la question des armes, mais sur la nature de l’État. Est-ce un État respectueux de sa propre Constitution, de l’accord de Taëf et des résolutions internationales, ou un champ ouvert aux rapports de force permanents ? Joseph Aoun tente de répondre par la première option. Naïm Kassem, lui, persiste à imposer la seconde.
Le premier sait, par expérience, que le monopole de la violence légitime ne se conquiert pas par décret, mais par la confiance et la légitimité. Le second, lui, agit comme s’il suffisait d’élever la voix pour que les aiguilles de la montre tournent dans le sens contraire. Car derrière cette surenchère verbale se cache une réalité plus inconfortable : le Hezbollah est sur la défensive. Régionalement isolé, confronté à un État qui tente timidement de reprendre la parole, il n’a plus que la rhétorique de la peur pour masquer l’érosion de sa position.
Reste une question centrale : Naïm Kassem a-t-il, lui, les épaules pour assumer les menaces qu’il brandit ?


Ramener le Hezbollah à la raison ? Dites-moi quelle "raison" peuvent avoir ces vendus qui après des décenies de lavage de cerveau présentent un ancéphalogramme on ne peut plus plat ?
14 h 53, le 20 janvier 2026