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Politique - Interview

Aoun au Hezbollah : « Le temps est venu d’être raisonnables »

Le risque de guerre au Liban s’est considérablement réduit, a répété le chef de l'État dans un entretien centré sur sa première année de mandat.

Aoun au Hezbollah : « Le temps est venu d’être raisonnables »

Le président Joseph Aoun lors de son entretien en direct de Baabda le 11 janvier 2026. Photo diffusée par le palais présidentiel

Pour marquer le bilan de la première année de son mandat, le président de la République, Joseph Aoun, a accordé dimanche soir une longue interview à Télé-Liban (officielle), au cours de laquelle il a adopté un ton un cran plus ferme à l’égard du Hezbollah. « La situation qui avait ouvert la voie à l’existence des armes au Liban a disparu », a-t-il lancé face au journaliste Walid Abboud, estimant que « la présence de cet armement est devenue un fardeau pour (la base du Hezbollah) et pour le Liban dans son ensemble ». « Le temps est venu d’être raisonnables ; vous avez des ministres et des députés », a-t-il dit.

L’État a empêché « l’effondrement » du pays et permis d’atteindre une certaine « stabilité en un an de mandat », s’est aussi félicité Joseph Aoun, avant d'assurer que le risque de guerre au Liban s’était considérablement réduit en raison des efforts faits par le pays pour remplir les engagements pris au moment du cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah.

« Le spectre de la guerre s’est éloigné. La possibilité d’une frappe de grande envergure et d’une invasion terrestre s’est beaucoup éloignée », a-t-il précisé. « J’ai dit que le spectre de la guerre a été éloigné, mais il n’a pas disparu », a cependant prévenu le chef de l’État, affirmant ne pas savoir ce qui passe par la tête du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Et de poursuivre : « La preuve que le spectre de la guerre s’est éloigné, c’est ce que nous avons constaté pendant la période des fêtes le flot humain qui est venu au Liban et le fait que tout s’est déroulé dans le calme », a-t-il encore souligné. « En tant qu’autorité politique, et à travers les contacts que nous menons, nous suivons la situation pour éloigner la guerre définitivement », a-t-il assuré. « Toutes les guerres finissent par des négociations politiques », a-t-il insisté.

Concernant dans cette perspective la nomination début décembre de l'ex-ambassadeur Simon Karam en tant que représentant civil au sein du Mécanisme, M. Aoun a démenti que ce diplomate avait été choisi « par les Américains. » « Un jour avant l'arrivée du pape au Liban (le 30 novembre 2025, ndlr), j’ai reçu un message des Américains indiquant qu’Israël avait accepté de participer à une réunion du « mécanisme » avec un diplomate civil. Pendant tout le séjour papal, j'ai réfléchi à qui y participerait, puis j’ai tenu une réunion avec Nabih Berry et Nawaf Salam, je les ai mis au courant de la situation et je leur ai fait part de ma décision de nommer l’ambassadeur Simon Karam. Leur position a été favorable et ils ont confirmé leur soutien à cette décision », a-t-il ajouté. La décision de le nommer « a été prise au Liban, par les autorités politiques », a poursuivi le chef de l’État, précisant qu'une visite précédente de M. Karam à Baabda, trois semaines avant sa nomination, était « personnelle », leurs deux familles étant très proches.

Une décision libanaise

Revenant sur son discours prononcé au moment de prêter serment au Parlement, Joseph Aoun a estimé que celui-ci « était le fruit de son expérience militaire ». « Il a été conçu pour accomplir l’impossible, et nous ne pouvons pas nier ce qui a été réalisé au cours de l’année écoulée », a-t-il abondé. « Je ferai l’impossible pour concrétiser ce qui a été énoncé dans le discours d’investiture. Nous avons concilié le consensus national et la paix civile, et le président est un arbitre, non une partie », a-t-il encore déclaré.

Reconnaissant qu’il n’a pas pu remplir tous les engagements pris par l’exécutif depuis son élection il y a un peu plus d’un an, il a cependant assuré que le dossier du désarmement avait progressé, que « la capacité de l’accélérer ou de la ralentir dépendait des capacités données à l’armée libanaise » et que les aides qu’elle « pouvait recevoir l’aideraient à remplir sa mission ». « Nous continuons de mettre en œuvre la décision » de rétablir le monopole des armes dans le pays, a-t-il assuré à ceux qui, dans la région, craignent que le pays rate la fenêtre d’opportunité qui lui a été offerte.

Le président a affirmé que cette décision était prise « au Liban, et non à l’étranger », et que c’était aux « partenaires de coopérer avec l’État ». « Ceux-ci font partie de l’État (...) et s’ils coopèrent, l’État leur garantira la protection », a-t-il lancé pour répondre aux critiques émanant du Hezbollah et de ses alliés, qui considèrent que l’armement du parti chiite est le seul moyen de protéger le pays contre les attaques et une éventuelle invasion israélienne. « La situation qui avait ouvert la voie à l’existence de ces armes au Liban (en référence à l’occupation israélienne du Liban-Sud qui a commencé pendant la guerre civile et s’est étendue jusqu’en 2000, NDLR) a disparu », et aujourd’hui l’armée est présente. « La présence de cet armement est devenue un fardeau pour son environnement et pour le Liban dans son ensemble », a poursuivi le chef de l’État.

Il a encore affirmé que ses relations avec MM. Berry et Salam sont « excellentes », démentant l’existence d’une « troïka » au pouvoir, comme l'en ont notamment accusé certains partis politiques, dont les Forces libanaises.

Paix et retrait israélien

Interrogé sur un possible retrait israélien du Liban-Sud, il a assuré que « faire la paix » avec l’État hébreu « n'était pas une condition au retrait » des positions qu’Israël occupe encore au Liban-Sud. « Ma mission et celle de l’armée est de protéger les frontières (...) Nos efforts aujourd’hui s’inscrivent dans le cadre de l’accord de trêve, c’est-à-dire l’accord de sécurité, le retrait, l’arrêt des agressions, la récupération des prisonniers et la résolution du problème des frontières. Cela constitue une étape essentielle vers la paix, mais ce n’est pas une condition, au sens où l’on dirait : « Si tu fais la paix avec moi, alors je me retire », a encore expliqué Joseph Aoun. Israël et son allié américain, rappelle-t-on, ont multiplié au cours des derniers mois les appels à normaliser les relations entre Beyrouth et Tel-Aviv.

Concernant la question des prisonniers libanais en Israël, le chef de l’État a affirmé : « La présidente du Comité international de la Croix-Rouge (Mirjana Spoljaric, NDLR) m’a confirmé que les Israéliens refusent qu’une délégation de la Croix-Rouge rencontre les prisonniers, prenne connaissance de leur situation ou même connaisse leur localisation et leur état de santé ». « Je n’oublie pas nos prisonniers et j’exige toujours leur libération dans toutes mes prises de position, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays », a-t-il insisté.

Les camps palestiniens

Sur la question du désarmement des camps palestiniens, Joseph Aoun a déploré qu'il existe « des camps que nous appelons légitimes, et d’autres qui sont apparus durant la dernière guerre et pour lesquels le président de l’Autorité palestinienne s'est rendu au Liban en 2025, jugeant que cet armement était également devenu un fardeau pour les Palestiniens. « Des combats incessants avaient lieu entre Palestiniens et les camps sont devenus des foyers de drogue et de terrorisme », a-t-il ajouté. « Il y a une coopération avec l’Autorité palestinienne sur ce sujet, et ils répondent positivement. Les forces de sécurité fournissent un effort énorme à cet égard. L’Autorité palestinienne a récemment remis l’un des auteurs de crimes à la branche du renseignement qui mène l’enquête », a-t-il ajouté.

Le report « technique » des législatives

Sur le plan des élections législatives, qui devraient avoir lieu en mai prochain mais sont menacées de report en raison de divergences sur le mode de scrutin de la diaspora, M. Aoun a d'abord affirmé qu'il est « interdit qu'elles soient reportées ou qu'elles n'aient pas lieu » et que Nabih Berry et Nawaf Salam sont « déterminés » à les organiser à la date prévue. Avant de nuancer qu'un report « technique », qui permettrait aux Libanais de l’étranger de venir participer à l’élection des 128 députés (et non six spécifiques pour la diaspora), « n'est pas à proprement parler un report. » « Un, deux mois ou plus ne constituent pas un report », a-t-il lancé, soulignant qu'il refusait toutefois que le scrutin soit organisé « dans un an ou deux » ou que le mandat de la Chambre soit à nouveau prorogé.

Sur d’autres sujets, Joseph Aoun a assuré qu’il n’y avait pas de preuve sur la contrebande de milliards de dollars via l’AIB et que le mécanisme pour mettre en œuvre la reconstruction des zones détruites par Israël allait être à l’étude la semaine prochaine.

Une relation « d'égalité » avec Damas

Au sujet des relations libano-syriennes, le président a souligné que sa volonté d'une relation « fondée sur l'égalité » entre les deux pays ne se limite pas uniquement aux déclarations et « apparences », rappelant les visites de délégations judiciaires régulières et celle, récente, du ministre de l'Agriculture. « Il existe des contacts et une coordination sécuritaire et militaire, ainsi qu’un échange de visites de délégations pour examiner d’autres dossiers », a-t-il ajouté, soulignant avoir rencontré à deux reprises le président syrien par intérim Ahmad el-Chareh. Selon lui, M. Chareh « sait que l’intérêt de la Syrie est lié à celui du Liban, et inversement. » Il a exprimé l'espoir que certains dossiers bilatéraux, comme le tracé de la frontière et la question des détenus syriens au Liban « pourront être conclus prochainement », affirmant que cette dernière question est étroitement liée au problème de la surpopulation carcérale au Liban. « Une commission composée de juges travaille à l’élaboration d’un dossier pour chaque détenu, y compris les Syriens », a-t-il précisé.

Au niveau enfin de l'économie, des finances et des réformes, Joseph Aoun a insisté sur le fait que le Liban « a besoin » du Fonds monétaire international, tout en reconnaissant qu'il faut parvenir à un accord « satisfaisant pour le FMI, mais compatible avec la réalité » du pays. « Nous voulons le FMI, mais celui-ci doit en contrepartie prendre en considération notre situation intérieure », a-t-il ajouté, soulignant que les contacts se poursuivent pour parvenir à une solution équitable, tout en rejetant par exemple l'exigence du Fonds selon laquelle la dette de l’État envers la Banque centrale doit être annulée. Concernant la loi sur le « trou financier », approuvée il y a deux semaines par le gouvernement, le chef de l’État a reconnu l'importance d'avoir une loi, « même imparfaite. » « Sans loi, le déposant ne saurait pas comment récupérer son argent », a-t-il ajouté, soulignant que le texte pourrait encore faire l'objet d'observations et d'amendements au Parlement et qu'il n'est « pas encore définitif. »

Le chef de l'État a enfin rejeté toute « ambition » politique après la fin de son mandat, soulignant que sa seule ambition dans cinq ans était de « rentrer vivre dans son village » de Aïchiyé, au Liban-Sud.

Pour marquer le bilan de la première année de son mandat, le président de la République, Joseph Aoun, a accordé dimanche soir une longue interview à Télé-Liban (officielle), au cours de laquelle il a adopté un ton un cran plus ferme à l’égard du Hezbollah. « La situation qui avait ouvert la voie à l’existence des armes au Liban a disparu », a-t-il lancé face au journaliste Walid Abboud, estimant que « la présence de cet armement est devenue un fardeau pour (la base du Hezbollah) et pour le Liban dans son ensemble ». « Le temps est venu d’être raisonnables ; vous avez des ministres et des députés », a-t-il dit.L’État a empêché « l’effondrement » du pays et permis d’atteindre une certaine « stabilité en un an de mandat », s’est aussi félicité Joseph Aoun, avant d'assurer que le risque de...
commentaires (11)

Beaucoup de « contrevérités » dans cette interview et les Libanais ne sont pas aussi crédules que le président Aoun ne le pense.

Hitti arlette

15 h 26, le 12 janvier 2026

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Commentaires (11)

  • Beaucoup de « contrevérités » dans cette interview et les Libanais ne sont pas aussi crédules que le président Aoun ne le pense.

    Hitti arlette

    15 h 26, le 12 janvier 2026

  • Ça n’est pas parce que vous prenez une posture et un ton solennel pour vous adressez à nous patriotes que votre discours devient cohérent ou audible. NON ce parti ne doit en aucune façon on être récompenser pour avoir détruit son propre pays, parce que certains l’ont décidé. Les menaces de guerre ne sont là que dissuader les patriotes à agir contre cette volonté. Si une guerre devrait avoir lieu ça ne sera pas de la part de ceux que vous simuler craindre. Écoutez donc ce peuple et ne poussez pas le bouchon trop loin afin de l’éviter.

    Sissi zayyat

    13 h 16, le 12 janvier 2026

  • Qu’est ce qu’il raconte notre président? Il dit que la raison de l’existence de ce parti armé par un pays étranger a disparu comme s’il avait jamais existé. Ces fanatiques se sont armés pour servir d’autres pays en tuant les citoyens tantôt individuellement tantôt en masse pour assoir leur tyrannies importée d’Iran. Ils nous prend pour des cruches en voulant nous faire croire que ce que les FL disent est faux et n’est pas pour servir notre pays alors qu’elles sont le porte voix de tout les patriotes qui n’en peuvent plus du baratin des politiciens qui n’en ont rien à cirer d’eux.

    Sissi zayyat

    13 h 09, le 12 janvier 2026

  • Pour résumer, l’état libanais refuse de faire des concessions aux pays aidants ni envisager un accord de paix avec un pays voisin, mais veut récompenser ceux qui l’ont détruit et ruiné parce que armés et refusent de déposer leurs armes illicites afin d’obtenir le maximum d’avantages politiques comme s’ils étaient là pour le salut du pays. Balivernes, et on n’a pas besoin de messages de certains partis patriotes pour constater que cet état fait fausse route puisqu’on a des preuves de sa réticence à s’imposer en tant que seule autorité sans l’aval des fossoyeurs. Arrêtez de nous prendre pour des

    Sissi zayyat

    12 h 45, le 12 janvier 2026

  • "Nous voulons le FMI, mais celui-ci doit en contrepartie prendre en considération notre situation intérieure"...en d'autres termes, il faut que le FMI comprenne qu'on est une bande de corrompu et qu'il n'exige pas de reformes, juste des promesses et de l'argent en contre partie...

    Karim Ghantous

    12 h 30, le 12 janvier 2026

  • tres bien que le pres. Aoun ne se soit pas engouffré dans la lexique de la milice iranienne et de leurs medias , comme quoi les Chiites libanais ont BESOIN d'etre tranquilises quant a leur avenir. Le Pres. a simplement affirme que l'ETAT LIBANAIS defend son peuple. POINT.

    L’acidulé

    09 h 43, le 12 janvier 2026

  • Le President, seul, ne peut solutionner le problème. Le pays est gangréné par tant d'années de guerre, de clivages, de clientélisme, de non-droit! il faudra bien plus qu'un mandat pour retrouver un semblant d'état. Comme disait Alain Berset (homme politique suisse): "il faut agir aussi vite que possible mais aussi lentement que necessaire."

    EZ

    09 h 42, le 12 janvier 2026

  • Que le pays rate ou non la "fenêtre d'opportunité qui lui est offerte " ne dépend que de lui. Qu'il se décide à mettre, enfin, en œuvre son discours d'investiture, et tout ira bien.

    Yves Prevost

    07 h 38, le 12 janvier 2026

  • Le temps est venu de se sauver en acceptant le desarmement complet et immediat, car des negociations pour des concessions faites par les autres, apres avoir detruit le pays physiquement, politiquement et economiquement et appauvrit son peuple, toutes communautes comprises, ne devraient logiquement point etre faites.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    06 h 22, le 12 janvier 2026

  • Il y a eu bien sûr des changements positifs durant cette première année. Par ailleurs, le président a bien fait de dire que les armes de la milice sont un fardeau pour tout le monde. Le président est un arbitre et c’est vrai… entre les composantes libanaises, mais lorsqu’une milice se déclare elle-même totalement dépendante d’un Etat étranger et attaque tous les jours l’Etat libanais, l’arbitre doit siffler la faute. On ne peut pas temporiser éternellement avec une milice armée déclarée officiellement illégale. C’est injuste pour les autres Libanais qui subissent sans pouvoir se défendre.

    NG

    05 h 07, le 12 janvier 2026

  • ..L'article dit "Joseph Aoun a assuré qu’il n’y avait pas de preuve sur la contrebande de milliards de dollars via l’AIB...." OUI il n'y a pas de preuves comme il dit.Justement parce que les "valises diplomatiques" ne sont pas fouillées et scannées.Les divers "va et vient" du ministre des AE iranien avec toute la floppée d'accompagnateurs, qui possèdent aussi des passeports diplomatiques.Allez savoir si leurs valises ( combien de valises auraient ils chacun?) ne contiennent pas des dollars?? Comment avoir la preuve (ou non? ). Hormis ramener sa famille au liban parait il, quid des valises?

    LE FRANCOPHONE

    23 h 31, le 11 janvier 2026

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