Rechercher
Rechercher

Culture - Commentaire

Un prêtre, de la techno et un scandale libanais


Un prêtre, de la techno et un scandale libanais

Techno et religion autour de la polémique du concert du Padre Guilherme au Liban. Photo AFP

Connu pour mêler musique religieuse et techno, D.J. Padre Guilherme, figure internationalement reconnue et soutenue par le Vatican, est attendu à Beyrouth pour un concert samedi, après avoir été pris au cœur d’un tollé qui a failli entraîner son interdiction.

Et ce n’est pas une première ! La liste des interdictions suivies de tollés, ou vice versa, largement relayées sur les réseaux sociaux au Liban, s’allonge : chaque année, un comédien est attaqué pour un sketch volontairement découpé et filmé dans un club privé où filmer est pourtant interdit ; aujourd’hui, c’est un prêtre qui en fait les frais. Le crime ? Associer la techno à la religion.

Pourtant, cette association n’a rien d’inédit, surtout au Liban. Rappelons qu’Oussama Rahbani, comme de nombreux membres de sa famille qui ont écrit pour la liturgie, avait présenté sur la scène du Casino du Liban en 2000 sa pièce Wa Qama fil Yawm al-Thaleth (Il est ressuscité le troisième jour), conçue sous la forme d’un « musical », mêlant techno, gospel, jazz et rock. Représentée durant six mois consécutifs, la pièce avait trouvé son public.

D’autant que ce type de rapprochement musical n’est nullement une première à l’international : combien de fois la vie de Jésus a-t-elle été racontée à travers des fresques théâtrales empruntant précisément à ces genres musicaux ? Amoureux du gospel, Oussama Rahbani a également introduit en 1997, dans son album Le Nouvel Ordre, une chanson gospel en arabe, O Lord of Time. Cet album avait d’ailleurs davantage dérangé le pouvoir politique de l’époque, notamment à cause de son titre phare : « Il faut renverser le système. »

Qui dit sacré, qui dit profane ? Dans ce type de polémique, où certains conservateurs veulent interdire le concert allant jusqu’à qualifier le prêtre de « diable caché », et les potentiels spectateurs de « bêtes bibliques apocalyptiques », les indignations révèlent non seulement une confusion des concepts, mais aussi un esprit dichotomique et extrémiste : « Techno ? Donc orgies ! », « Cantique ? Exclusivement à l’église ! », « C’est la fin des temps », « Voici l’heure des épreuves », « Là où il y a un DJ, il y a pratiques sexuelles et psychédéliques ».

Le danger de ce type de discours, qui amalgame tous azimuts genres musicaux et comportements supposés dans les clubs – comme si le harcèlement dépendait uniquement du lieu, ou comme si tous les croyants étaient pieux à l’église –, tient avant tout à une profonde ignorance en matière de musique. Pourquoi cantonner la musique religieuse à Bach ou à Schubert ? C’est aussi une forme d’arrogance que d’imposer sa vérité aux autres en les traitant de blasphémateurs – une logique takfiriste – jusqu’à vouloir interdire un concert sous prétexte de « défendre les valeurs de l’Église », pourtant mille fois bafouées au quotidien au Liban.

Il serait utile d’abord de se renseigner sur les concerts de Padre Guilherme, mais aussi sur la musique religieuse dite « sacrée », qui n’a jamais connu de frontières étanches entre les genres : de l’Antiquité polythéiste aux psaumes, de la musique classique européenne au gospel et au blues américains, en passant par le rock anglais et la techno des années 1980… Même la musique dite « profane » porte en elle des prières éblouissantes pour qui sait écouter. Le Sacre du Printemps en est un exemple majeur.

À force de s’acharner à défendre leurs valeurs, certains passent à côté de l’essentiel, comme l’a justement souligné une internaute : « Mixer religion et musique est interdit au Liban, mais mixer religion et corruption, c’est une tradition. »

Connu pour mêler musique religieuse et techno, D.J. Padre Guilherme, figure internationalement reconnue et soutenue par le Vatican, est attendu à Beyrouth pour un concert samedi, après avoir été pris au cœur d’un tollé qui a failli entraîner son interdiction.Et ce n’est pas une première ! La liste des interdictions suivies de tollés, ou vice versa, largement relayées sur les réseaux sociaux au Liban, s’allonge : chaque année, un comédien est attaqué pour un sketch volontairement découpé et filmé dans un club privé où filmer est pourtant interdit ; aujourd’hui, c’est un prêtre qui en fait les frais. Le crime ? Associer la techno à la religion.Pourtant, cette association n’a rien d’inédit, surtout au Liban. Rappelons qu’Oussama Rahbani, comme de nombreux membres de sa famille qui ont écrit pour la...
commentaires (8)

On n'a rien inventé : Psalm 150:1-6: "Praise the LORD! ... Praise him with trumpet sound;... with lute and harp! ... with tambourine and dance; ... with strings and pipe! ... with sounding cymbals! Let everything that has breath praise the LORD!"

Wlek Sanferlou

15 h 45, le 10 janvier 2026

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • On n'a rien inventé : Psalm 150:1-6: "Praise the LORD! ... Praise him with trumpet sound;... with lute and harp! ... with tambourine and dance; ... with strings and pipe! ... with sounding cymbals! Let everything that has breath praise the LORD!"

    Wlek Sanferlou

    15 h 45, le 10 janvier 2026

  • Encore une tempête dans un verre d’eau pour des raisons futiles. A la messe dans de nombreuses contrées américaines et ailleurs, les fidèles DANSENT au son du NEGRO SPIRITUAL. L’église s’inquiète et se plaint que les gens se détournent de la religion et d’autres ne vont plus à la messe… Évidemment si l’église et les curés n’évoluent pas et ne se mettent pas à jour, le monde avance , les gens avancent et s’éloigneront des hommes de religion figés à la même place des années 50. Pourtant à l’époque du pape PAUL VI, la messe moderne, des jeunes avec orchestre ( batterie, saxo.. existaient)…

    LE FRANCOPHONE

    13 h 46, le 10 janvier 2026

  • Le royaume des cieux leur est acquis !

    Fredo

    12 h 18, le 10 janvier 2026

  • Les cures qui s'indignent devraient plutot parler dans leurs preches du milliard de dollars transferes a l'etranger par l'eglise en octobre 2019, alors que les banques etaient "fermees" au public.

    Michel Trad

    11 h 44, le 10 janvier 2026

  • Dans toute communauté, les plus pourris se cachent derrière leur pseudo foi pour masquer leurs travers diaboliques. Regardez donc autour de vous, les représentants de certaines communautés tuent et violent mais font la chasse aux honnêtes gens pieux parce qu’une mèche de leurs cheveux dépasse le foulard imposé ou écoutent la musique. C’est connu plus on est pourri et plus on prétend la vertu et la religiosité. Tuer ou voler n’est pas un crime mais chanter en est un. Tolérance zéro pour tous ces fanatiques quelque soit leur religion. Nous n’avons pas besoin de courtier pour communiquer avec Di

    Sissi zayyat

    11 h 31, le 10 janvier 2026

  • Malheureusement certains esprits critiques dans cette religion ont une mentalité fossilisée et pensent etre les derniers catholiques authentiques, toute initiative n'étant pas d'eux provoque une nostalgie agressive et un sentiment de persécution... Et comme vous le mentionnez , il est leur est facile de mixer religion et corruption et de bannir toute autre initiative.

    C…

    10 h 38, le 10 janvier 2026

  • Ils feraient mieux de traquer les religieux pédophiles et les extrader dans les pays où ils ont commis leurs crimes pour y être jugés.

    celui qui sauve

    09 h 22, le 10 janvier 2026

  • Excellente conclusion et si vraie!

    khoury nabil

    08 h 28, le 10 janvier 2026

Retour en haut