Critiques littéraires Bande dessinée

La musique faite destin

La musique faite destin

Soli Deo Gloria de Jean-Christophe Deveney et Édouard Cour, Dupuis, 2025, 280 p.

Soli Deo Gloria. C’est le titre mystérieux de l’album sorti en octobre, réalisé par le duo Jean-Christophe Deveney au scénario et Édouard Cour au dessin. Cette fresque ambitieuse de plus de 250 pages met en scène deux jumeaux nés sous le Saint-Empire romain germanique, dans une famille pauvre : Hans et Helma. Tous deux sont dotés d’un don singulier pour la musique. Helma chante merveilleusement dès son jeune âge. Hans, lui, manifeste très tôt un génie pour les instruments et la composition. Dès l’ouverture de l’album, ce talent est mis en scène dans une relation quasi mystique à la nature et aux oiseaux. On le comprend d’emblée, la musique sera capable de transformer leur destin. Elle les mènera ainsi de rencontre en rencontre et de lieu en lieu. Recueillis par un ermite d’abord, logés ensuite dans un pensionnat, pris sous l’aile d’un seigneur de guerre, avant de croiser la route de dignitaires et de musiciens reconnus, leur parcours croise celui de personnalités influentes partout en Europe. La musique devient alors leur passeport, mais aussi un terrain de tensions.

Deveney renoue ici avec le format de la grande fresque couvrant une longue période, qu’il avait déjà exploré dans Géante. Structurée en chapitres, la narration joue sur des sauts temporels qui accompagnent les déplacements et les apprentissages des personnages. En creux entre les chapitres, la narration est au contraire très dense dans chacun d’eux, grâce à une écriture généreuse, romanesque, ciselée, qui ne repose jamais sur des lieux communs et n’a pas peur de demander son temps au lecteur pour approfondir les enjeux intimes des personnages.

Les références musicales et culturelles y sont nombreuses, mais le scénariste s’amuse à jouer avec les noms, détourne ceux des villes ou des compositeurs pour ancrer son récit dans la fiction, tout en évoquant des figures qui appartiennent à l’imaginaire collectif : tel ce personnage d’Aldiviva, qui n’est autre qu’un Vivaldi de fiction.

L’album est porté par le dessin loin des standards d’Édouard Cour. Dès le premier regard, son trait déstabilise. Il mêle des influences diverses : s’il est parfois cousin de certaines références manga, il propose pourtant un traitement très chargé, ample, qui justifie au contraire un grand format et un état d’esprit de contemplation. L’usage des trames numériques ajoute par la matière une dimension supplémentaire.

Album exigeant dans son écriture, en grand format noir et blanc, centré sur la musique baroque et servi par un dessin atypique : c’est peu dire que Soli Deo Gloria est un pari qui n’était pas gagné d’avance de la part des auteurs et des éditions Dupuis. L’accueil public et critique (dont le prix du meilleur album, attribué au festival Quai des Bulles de Saint-Malo) confirme s’il le faut que le pari est gagné.


Soli Deo Gloria de Jean-Christophe Deveney et Édouard Cour, Dupuis, 2025, 280 p.Soli Deo Gloria. C’est le titre mystérieux de l’album sorti en octobre, réalisé par le duo Jean-Christophe Deveney au scénario et Édouard Cour au dessin. Cette fresque ambitieuse de plus de 250 pages met en scène deux jumeaux nés sous le Saint-Empire romain germanique, dans une famille pauvre : Hans et Helma. Tous deux sont dotés d’un don singulier pour la musique. Helma chante merveilleusement dès son jeune âge. Hans, lui, manifeste très tôt un génie pour les instruments et la composition. Dès l’ouverture de l’album, ce talent est mis en scène dans une relation quasi mystique à la nature et aux oiseaux. On le comprend d’emblée, la musique sera capable de transformer leur destin. Elle les mènera ainsi de rencontre en...
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