Le directeur régional du Fonds monétaire international pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, le Libanais Jihad Azour, lors d'une interview à Dubaï. Photo d'archives/AFP
Dans une tribune publiée en début de semaine dans le quotidien al-Sharq al-Awsat, le directeur régional du Fonds monétaire international (FMI) pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, le Libanais Jihad Azour, a identifié cinq risques qui pèsent sur les économies des pays de la zone Moyen-Orient Afrique du Nord (Mena), qui sort d'une année 2025 globalement positive malgré les incertitudes.
En octobre, le FMI avait revu à la hausse sa prévision de croissance pour la vingtaine de pays qu'il inclut dans cette région — dont le Liban, la Syrie, l'Iran, les pays du Golfe mais pas Israël —, la faisant passer de 2,6 % à 3,3 % en 2025, puis de 3,4 % à 3,7 % en 2026, malgré des « vents contraires mondiaux » et de graves « chocs internes » encaissés par plusieurs de ces économies : guerres au Moyen-Orient, sécheresse en Afrique du Nord ou encore suppression des mesures de soutien mises en place pendant la pandémie de Covid-19.
L’organisation attribue cette « résilience » à plusieurs facteurs, qui sont mis en avant dans la tribune de l'ancien ministre des Finances au Liban. En premier lieu, « l'exposition commerciale limitée aux États-Unis a réduit l’impact direct de la hausse des droits de douane » américains sur ces pays. Ensuite, « la hausse de la production pétrolière — à la suite des décisions de l’OPEP+ de lever progressivement des réductions volontaires totalisant 2,2 millions de barils par jour depuis novembre 2023 — a soutenu les pays exportateurs, tandis que la baisse des prix de l’énergie a profité aux pays importateurs ». S'ajoutent d'autres facteurs comme « la vigueur des transferts de fonds, du tourisme et de la demande intérieure ».
Effets à retardement, prix du pétrole et IA
Jihad Azour liste ensuite cinq facteurs qui menacent de briser cette dynamique en 2025, en commençant par le fait que l'impact de l'incertitude sur les politiques publiques « produit rarement des effets immédiats » et qu'il est donc possible que les effets des « vents contraires » survenus en 2025 se répercutent en 2026. « Un vaste ensemble de preuves empiriques, y compris des travaux du FMI, montre que les effets de l’incertitude sur l’investissement, l’emploi et la consommation apparaissent souvent avec des décalages importants. Si elle se prolonge, l’incertitude mondiale pourrait réduire le PIB mondial jusqu’à 5 % d’ici 2027 », développe Jihad Azour.
Le deuxième risque concerne le développement effréné de l'intelligence artificielle. S'il a constitué un « contrepoids aux chocs de cette année », via des « valorisations boursières élevées et d’importants flux d’investissement vers les secteurs liés à cette technologie qui ont soutenu la confiance mondiale », Jihad Azour considère que « des inquiétudes croissantes subsistent concernant une possible surchauffe » et soulèvent « la question de l’impact qu’aurait une correction des marchés sur la région. »
En troisième lieu, Jihad Azour met en avant le risque que « les conditions financières mondiales pourraient se durcir de manière inattendue », malgré la tendance actuelle marquée par une maîtrise de l'inflation et une baisse des taux directeurs dans « les principales économies avancées » — aux Etats-Unis, la Fed a par exemple baissé en décembre 2025 ses taux pour la troisième fois consécutive, marquant une première depuis 2019. Or un tel durcissement coûtera cher aux pays de la zone Mena dont les « besoins de financement brut devraient rester très élevés en 2026 ». En gros, si le prix de l'endettement augmente, la marge de manœuvre des pays ayant d'importants besoins de financements sera drastiquement limitée.
Le quatrième facteur est que les prix du pétrole restent volatiles et peuvent rapidement augmenter — si la demande dépasse les attentes ou sous l'effet des tensions géopolitiques — ou baisser, avec son lot d'effets pervers sur les pays producteurs de pétrole (baisse des revenus) et les non-producteurs (hausse des prix de l'énergie). « La gestion de cette volatilité restera cruciale », insiste Jihad Azour.
Le dernier risque est selon lui directement lié au contexte géopolitique. « La fin de l’année 2025 a apporté de timides signes de progrès vers la paix et la reconstruction dans certaines parties de la région, notamment en Syrie. Mais le redressement après un conflit est fragile et complexe. La consolidation de la paix, la reconstruction des institutions et l’obtention d’un soutien extérieur durable seront déterminantes pour une reprise pérenne », résume Jihad Azour. Il conclut son propos en appellant les pays de la zone Mena à lancer ou poursuivre les réformes structurelles nécessaires afin de « transformer » la résilience affichée en 2025 en « une force durable ».


