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Nos lecteurs ont la parole

Élections 2026 : le choix impossible

Alors que la diaspora libanaise s’est mobilisée dernièrement pour s’inscrire aux prochaines élections législatives, sans savoir encore si elle votera pour six députés réservés ou pour l’ensemble des 128 sièges, ou si le droit de vote à partir de l’étranger sera maintenu, un autre élément mérite d’être souligné : ces expatriés ont été, en grande partie, incités consciemment ou inconsciemment par les partis politiques, davantage intéressés par leurs données personnelles que par leur participation réelle. En effet, ces partis savent très bien qu’il est hautement probable que ces expatriés ne puissent exercer leur droit de vote depuis l’extérieur.

Pendant ce temps, le débat national reste dominé par la question du désarmement du Hezbollah, alors qu’un autre sujet crucial est relégué au second plan : la qualification de la crise bancaire et financière de 2019.

Actuellement, deux lectures s’opposent sur la qualification de cette crise : l’Association des banques du Liban (ABL) et la Banque du Liban (BDL) se sont accordées pour qualifier la crise de « systémique », insistant sur le fait qu’elle résulte d’un enchaînement global et non de fautes individuelles.

Le Fonds monétaire international (FMI), au contraire, refuse cette qualification. Pour lui, la crise est avant tout le produit de mauvaises pratiques bancaires et de politiques budgétaires défaillantes, et ne peut être réduite à une fatalité structurelle. Le FMI insiste sur une approche « banque par banque » : il ne suffit pas de dire que « tout le système est en crise ». Il faut examiner chaque établissement individuellement, mesurer ses pertes, ses actifs toxiques et sa capacité à absorber un plan de restructuration. C’est pour cela qu’il a demandé au Liban de réaliser un audit indépendant et une évaluation détaillée des bilans bancaires, afin de déterminer lesquelles pouvaient survivre et lesquelles devaient être recapitalisées ou liquidées.

La manière dont la crise est définie n’est pas un détail technique. Si elle est dite « systémique » : la responsabilité des banques est diluée, l’effondrement apparaît comme inévitable ; si elle est dite « non systémique » : les banques et l’État sont directement tenus responsables de leurs choix, ouvrant la voie à des réformes ciblées et à une éventuelle reddition de comptes.

Certains défendent la qualification de « systémique » en avançant que la BDL empêchait les banques d’investir au-delà d’un certain seuil à l’étranger. Mais cet argument est un faux alibi. Les banques auraient pu orienter leurs fonds vers le marché local, notamment via des crédits commerciaux et productifs : des investissements certes moins lucratifs, mais plus sûrs, plus utiles pour l’économie réelle et moins risqués pour les déposants. En réalité, c’est la gourmandise des banques, attirées par les rendements élevés des bons du Trésor et des opérations de la BDL, qui les a poussées à concentrer leurs actifs sur la dette publique. Et même si l’on supposait qu’elles n’avaient aucune alternative, une question demeure : pourquoi sont-elles restées silencieuses ? Pourquoi n’ont-elles pas fait de recours pour annuler ces circulaires ? Pourquoi n’ont-elles pas alerté publiquement sur les risques systémiques que ce modèle faisait peser sur leurs bilans et sur les dépôts ? Leur silence montre bien qu’elles ont accepté ce schéma parce qu’il était profitable à court terme, quitte à sacrifier la stabilité à long terme.

De plus, certains défenseurs des banques affirment que la crise est « systémique » parce que l’État a fait défaut en mars 2020, ce qui aurait empêché les banques de disposer d’un stock de devises étrangères et accéléré l’inflation. Or, la réalité est implacable : les banques avaient déjà gelé les comptes des déposants dès octobre 2019, soit plusieurs mois avant la fameuse décision du gouvernement prise le 8 mars 2020. Cela prouve que la crise bancaire était déjà en cours, indépendamment du défaut.

D’un autre côté, ce qui est frappant, et même ironique, c’est que ceux qui refusent aujourd’hui de qualifier la crise de « systémique » sont précisément ceux qui, en mars 2020, ont soutenu le défaut de paiement des eurobonds. On pense ici à la société civile et à la majorité de ceux qui soutenaient les protestations d’octobre 2019, qui défendaient l’idée d’un défaut organisé pour préserver les réserves en devises et protéger les besoins essentiels des Libanais.

Or, c’est ce défaut qui a déclenché une crise encore plus aiguë, en précipitant l’effondrement du secteur bancaire et en aggravant la perte de confiance des déposants. Autrement dit, l’événement même que ces acteurs ont soutenu est celui qui a transformé une crise financière grave en une crise aux effets véritablement systémiques.

Et, plus encore, en soutenant ce défaut, ces acteurs ont offert aux banques un prétexte idéal : elles ont pu se retrancher derrière cette décision pour justifier que la crise était « systémique », diluant ainsi leur propre responsabilité dans la mauvaise gestion des dépôts et leur surexposition volontaire à la dette souveraine.

Les Libanais se retrouvent donc entre l’enclume et le marteau. Ceux qui soutiennent la qualification « systémique » sont en grande partie des partis politiques soutenus par les banques, accusées d’avoir mal géré les dépôts des citoyens. Ceux qui refusent cette qualification sont les mêmes qui ont soutenu le défaut de paiement en 2020, décision qui a aggravé la crise.

Ceux qui ne se prononcent pas semblent soit ignorer l’importance de ce débat, soit préférer concentrer leur discours sur la question du désarmement du Hezbollah sans avoir vraiment les moyens de pouvoir gérer ce sujet.

Le désarmement, on le sait, ne peut être géré que par des pressions et des négociations extérieures. Mais le débat prend une dimension particulière dans les régions à majorité chiite : ce sont elles qui décideront de la légitimité de cet armement dans les prochaines années. Si ces régions venaient à retirer leur confiance du tandem chiite, le gouvernement libanais serait libéré d’un poids énorme. D’où, l’importance des élections dans ces régions.

Au milieu de tout cela, l’électeur libanais, dans le reste des régions libanaises, est perdu. Il ne veut pas de partis armés en dehors des forces de l’ordre et de l’armée libanaise. Mais, il ne veut pas non plus voter pour des responsables politiques qui défendent les banques, accusées d’avoir spolié les déposants.

L’électeur libanais est pris au piège. D’un côté, ceux qui défendent les banques, responsables de la mauvaise gestion des dépôts. De l’autre, ceux qui prétendent ne pas les défendre mais qui ont aggravé la crise en soutenant des décisions irresponsables comme le défaut de paiement. Et enfin, ceux qui continuent à justifier la détention d’armes par des parties non officielles, au détriment de l’État et de ses institutions.

Ce contexte explique en partie la baisse des inscriptions d’expatriés par rapport aux précédentes élections.

Face à ce paysage, l’électeur doit réfléchir avec lucidité avant de voter : il ne peut négliger ni le débat sur le désarmement ni celui sur la qualification de la crise bancaire. Il doit analyser l’historique de chaque candidat, ses positions passées et ses responsabilités. Mais, malheureusement, si l’on prend en compte tous ces éléments, on arrive à une réalité brutale : le choix devient presque impossible…

Maroun AOUAD

Juriste

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Alors que la diaspora libanaise s’est mobilisée dernièrement pour s’inscrire aux prochaines élections législatives, sans savoir encore si elle votera pour six députés réservés ou pour l’ensemble des 128 sièges, ou si le droit de vote à partir de l’étranger sera maintenu, un autre élément mérite d’être souligné : ces expatriés ont été, en grande partie, incités consciemment ou inconsciemment par les partis politiques, davantage intéressés par leurs données personnelles que par leur participation réelle. En effet, ces partis savent très bien qu’il est hautement probable que ces expatriés ne puissent exercer leur droit de vote depuis l’extérieur.Pendant ce temps, le débat national reste dominé par la question du désarmement du Hezbollah, alors qu’un autre sujet crucial est relégué au...
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