Georgia Makhlouf, romancière et essayiste libanaise, sélectionnée parmi les dix finalistes du Prix des cinq continents de la francophonie. Photo fournie par l'écrivaine
À l’occasion des 25 ans du Prix des cinq continents de la francophonie, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a dévoilé la liste des dix romans finalistes de son édition 2026, choisis parmi 165 ouvrages reçus cette année. Une sélection anniversaire qui célèbre la vitalité et la pluralité des écritures francophones à travers le monde. Parmi elles figure Pays amer de la romancière et journaliste libanaise Georgia Makhlouf, publié aux Presses de la Cité.
Pendant plusieurs mois, six comités de lecture répartis en Afrique, en Europe, en Amérique du Nord et dans la zone Asie-Pacifique ont mené un travail approfondi afin de retenir ces dix œuvres, reflétant la diversité des imaginaires et des formes narratives contemporaines. L’édition 2026 se distingue par une forte présence féminine – six auteures parmi les finalistes – et par une représentation géographique étendue, de l’Algérie au Canada-Québec, du Cameroun à la Suisse, en passant par le Liban.
Pour Georgia Makhlouf, cette sélection revêt une portée particulière. L’écrivaine confie à L’Orient-Le Jour son émotion et sa joie face à cette reconnaissance, soulignant l’ampleur du processus : 165 romans envoyés par des éditeurs des quatre coins du monde, examinés par plusieurs comités internationaux. Être retenue à ce stade constitue déjà, dit-elle, un honneur profond.
Elle rappelle aussi combien cette présence libanaise est rare dans l’histoire du prix. De mémoire d’auteure, le Liban n’avait plus figuré dans la sélection depuis la toute première édition, attribuée à Yasmine Khlat. Depuis, le nombre d’ouvrages soumis a considérablement augmenté, rendant l’accès à la visibilité toujours plus difficile. À l’heure où le prix célèbre son quart de siècle, cette sélection marque donc un retour symbolique, et une occasion précieuse de faire entendre le Liban autrement qu’à travers le prisme d’une actualité violente et éprouvante.
Avec Pays amer, Georgia Makhlouf propose un roman qui entrelace les destinées de deux femmes libanaises, photographes, séparées par près d’un siècle. L’une, Mona, évolue dans le Beyrouth contemporain et découvre, dans un village du nord du pays, une maison abandonnée ayant appartenu à Marie Karam, figure libre et marginale du début du XXe siècle. À travers un journal intime et une série de photographies, Mona remonte le fil d’une histoire enfouie, révélant un Liban et un monde arabe traversés par un féminisme audacieux et un désir d’émancipation.

Inspiré librement de la vie de Marie el-Khazen (1899-1983), première femme photographe libanaise, le roman tisse un dialogue subtil entre mémoire et présent, entre héritage et création. Les deux héroïnes affrontent le poids des traditions et des préjugés sociaux, chacune à sa manière, dans une quête de liberté dont le prix n’est jamais occulté. Déjà salué par le 1er prix Méditerranée des lecteurs des bibliothèques de Perpignan, Pays amer s’inscrit dans une œuvre où l’intime rejoint l’histoire collective.
L’auteure revendique une voix singulière, ancrée dans la mémoire mais résolument tournée vers le temps présent. Elle insiste toutefois sur la dimension universelle de la littérature, capable de franchir les frontières culturelles et géographiques. Plus un récit creuse sa singularité, estime-t-elle, plus il touche au-delà des appartenances.
À l’heure où la francophonie cherche à faire dialoguer les imaginaires plutôt qu’à les uniformiser, la sélection de Georgia Makhlouf rappelle que la littérature libanaise continue de porter, malgré tout, une parole vive, libre et profondément contemporaine.
Aux côtés de Pays amer de Georgia Makhlouf (Liban, Presses de la Cité), la sélection réunit Le sens de la fuite de Hajar Azell (Maroc, Gallimard), Écris et je viendrai de Meryem Belkaïd (Algérie, Casbah Éditions), Les béliers d’Ahmed Fouad Bouras (Algérie, Emmanuelle Collas), 9bis, rue de l’enfer de François Filleul (Belgique, Academia), Ça finit quand, toujours ? d’Agnès Gruda (Canada-Québec, Boréal), Cette vieille chanson qui brûle d’Alexandre Lenot (France-États-Unis, Denoël), La danse des pères de Max Lobe (Cameroun-Suisse, Zoé), Mourir de froid, c’est beau, c’est long, c’est délicieux de Nathalie Plaat (Canada-Québec, PUM) et Je remercie la nuit de Véronique Tadjo (Côte d’Ivoire-France, Mémoire d’encrier). Le ou la lauréat(e) du Prix des cinq continents 2026 sera annoncé(e) le 19 mars prochain, lors de la cérémonie anniversaire célébrant vingt-cinq ans de création et de rayonnement littéraire.


