Rechercher
Rechercher

Culture - Récompense

« Mais qu’est-ce que les Libanais se sont pris dans la gueule ! » : Hala Moughanie, lauréate du Prix France-Liban

Le roman primé, « Les Bestioles » (Éditions Elyzad), traverse l’événement du 4 août 2020 et la secousse qu’il a imprimée dans les vies beyrouthines.

« Mais qu’est-ce que les Libanais se sont pris dans la gueule ! » : Hala Moughanie, lauréate du Prix France-Liban

Hala Moughanie, lauréate du Prix France-Liban 2025 pour son roman « Les Bestioles » (Éditions Elyzad), qui explore la secousse intime et collective du 4 août 2020. Photo avec l'aimable autorisation de l'Adelf

À l’heure où la littérature libanaise continue de scruter ses failles les plus profondes, le Prix France-Liban de l’Association des écrivains de langue française (Adelf) a choisi de couronner une œuvre qui regarde la catastrophe sans détour. Le jury a ainsi attribué son édition 2025 à Hala Moughanie pour Les Bestioles (éditions Elyzad), un roman d’une intensité rare qui a su rallier les suffrages.

Les Bestioles s’ouvre sur le fracas du 4 août 2020, dont l’onde de choc continue de hanter Beyrouth. Hala Moughanie prête sa voix à un survivant qui tente, avec le « seul œil » qu’il lui reste, de soutenir le regard de la tragédie. Dans une langue crue, orale et populaire, l’autrice entraîne le lecteur au cœur de l’extrême violence subie par les Beyrouthins, entre délires, lucidité désabusée et humour ravageur. « Chez moi, clairement, l’humour est un outil de survie… Il permet de faire passer des vérités qui seraient inaudibles si elles étaient uniquement abordées avec le prisme de la logique », confiait-t-elle récemment dans un entretien à L'Orient Littéraire.

Cette oscillation constante entre éclats de rires et vertiges existentiels trouve racine dans la folie même du narrateur, que l’autrice décrit comme le miroir de notre temps. « La folie du personnage est à l'image du tourbillon constant et violent dans lequel nous avons toujours vécu, ici », explique-t-elle à L'Orient-Le Jour, rappelant combien les six dernières années ont accéléré l’effacement de nos repères émotionnels et intellectuels. Une dérive qui, paradoxalement, ouvre la voie à une forme de vérité nue : « Sa colère lui permet de nommer les traumas, de dire ce qui traverse la tête et le cœur. Sa folie lui donne une très grande lucidité, ce à quoi nous force – ou devrait nous forcer – le fait de vivre au Liban ».

Le jury a salué un texte haletant, un cri traversé d’une vitalité farouche malgré sa noirceur, où l’intime déraille pour mieux éclairer les vertiges d’un pays épuisé par les crises.

À l’heure d’un prix aussi symbolique, Hala Moughanie espère que cette distinction portera au-delà du livre la mémoire collective qui le traverse.

« Au fond de moi, je souhaiterais qu’on ressorte de ce roman en se disant : « Mais qu’est-ce que les Libanais se sont pris dans la gueule ! Et pourtant, ils existent encore ! » », dit-elle avec force. Et de poursuivre : « Je suis convaincue que nous sommes un peuple de résistants… Mais l’Histoire prouvera si je suis une idéaliste qui estime la société libanaise à sa juste valeur, ou une idéaliste qui se fourvoie ! »

Une mention spéciale a également distingué Rayas Richa pour Les jeunes constellations : prédilection pour un naufrage (Quidam éditeur), récit inclassable dont l’audace formelle et la langue poétique ont retenu l’attention. Ce voyage initiatique, de Venise à l’Orient, entremêle érudition, ironie, douceur et violence dans un tissage romanesque singulier.

Présidé depuis 2016 par Georgia Makhlouf, le jury réunit Carmen Boustany, Albert Dichy, Valérie Marin La Meslée, Abdallah Naaman, Bahjat Rizk et Hyam Yared, rejoints cette année par Marwan Chahine, lauréat 2024, conformément aux règles instaurées en 2022.

La cérémonie de remise du prix se tiendra le 17 décembre à l’Institut du monde arabe (IMA), en présence des quatre finalistes : Hala Moughanie, Rayas Richa, David Hury et Rony Mecattaf.


Cet article a été actualisé le 5 novembre à 17h45 , suite à de nouvelles informations parvenues à « L’Orient-Le Jour ».

À l’heure où la littérature libanaise continue de scruter ses failles les plus profondes, le Prix France-Liban de l’Association des écrivains de langue française (Adelf) a choisi de couronner une œuvre qui regarde la catastrophe sans détour. Le jury a ainsi attribué son édition 2025 à Hala Moughanie pour Les Bestioles (éditions Elyzad), un roman d’une intensité rare qui a su rallier les suffrages.Les Bestioles s’ouvre sur le fracas du 4 août 2020, dont l’onde de choc continue de hanter Beyrouth. Hala Moughanie prête sa voix à un survivant qui tente, avec le « seul œil » qu’il lui reste, de soutenir le regard de la tragédie. Dans une langue crue, orale et populaire, l’autrice entraîne le lecteur au cœur de l’extrême violence subie par les Beyrouthins, entre délires, lucidité désabusée et humour...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut