Rechercher
Rechercher

Culture - Musique Classique

Le violon à nu : Lætitia Moreno dans Bach et Beethoven

À Beirut Chants, la violoniste espagnole livre avec une rigueur chambriste un récital en l’église Saint-Maron de Gemmayzé, accompagnée au piano par Josu De Solaun.

Le violon à nu : Lætitia Moreno dans Bach et Beethoven

La violoniste espagnole Laetitia Moreno et le pianiste Josu De Solaun en concert à l’église Saint-Maron de Gemmayzé, dans le cadre du Festival Beirut Chants. Photo Ihab Fayad/Beirut Chants

Invitée du Festival Beirut Chants, la violoniste espagnole Lætitia Moreno s’est produite le samedi 13 décembre en l’église Saint-Maron de Gemmayzé, l’un des écrins patrimoniaux privilégiés de cette manifestation qui fait dialoguer musique et spiritualité au cœur de Beyrouth. Elle était accompagnée du pianiste espagnol Josu De Solaun. Artiste reconnue sur les grandes scènes internationales, Lætitia Moreno déploie un jeu à la fois ardent et rigoureusement maîtrisé, où la virtuosité s’efface toujours au profit du sens et de l’architecture musicale. Présenté en collaboration avec l’ambassade d’Espagne, ce récital s’inscrivait pleinement dans l’esprit de Beirut Chants : offrir des lectures exigeantes du grand répertoire, portées par des personnalités artistiques affirmées.

On ne réécoute jamais assez ces pages sublimes que sont les six sonates et partitas pour violon seul de Bach. Outre une technique à toute épreuve, il y faut aussi un tempérament adéquat et l’expérience décantée de toute une vie. La Chaconne, dernier mouvement de la Partita n° 2 BWV 1004 de Bach, est considérée comme le sommet de la musique pour violon seul.

Tour à tour solennelle, méditative, parfois tragique, Lætitia Moreno a su saisir l’architecture monumentale ainsi que l’alternance des sections sombres et lumineuses de ce mouvement.

À Saint-Maron de Gemmayzé, Laetitia Moreno défend une lecture rigoureuse du grand répertoire dans le cadre de Beirut Chants. Photo Ihab Fayad/Beirut Chants
À Saint-Maron de Gemmayzé, Laetitia Moreno défend une lecture rigoureuse du grand répertoire dans le cadre de Beirut Chants. Photo Ihab Fayad/Beirut Chants


Dans ce récital d’une valeur impressionnante, elle trouve le moyen d’y apporter un accent personnel. D’emblée, on admire la beauté du son : ni grincement ni raclement. Le discours s’impose par son très grand naturel. Elle ne force jamais le ton et ne lasse à aucun moment l’intérêt. Le parti pris très musique de chambre peut sembler périlleux lorsqu’on est plutôt habitué à des versions pour symphonie pour homme seul. Lorsqu’elle, par exemple, dédaigne tout souci de monumentalité dans cette Chaconne, peut-être aurait-on jugé plus objectivement si elle avait joué l’intégralité de la Partita n° 2.

Les sonates pour violon et clavecin de Bach ont été composées durant sa période à Köthen (1717-1723), période riche en musique instrumentale. Le violon s’impose alors devant l’accompagnement du piano. L’aisance de Lætitia Moreno et le velouté de son jeu sont évidents dans cette sonate.

La couleur est plutôt celle de l’intimité, toujours d’une justesse parfaite, à laquelle manquait par moments un soupçon de lyrisme de la part du pianiste. Chez Lætitia Moreno, la mélodie est reine, avec toute la sensualité du timbre du violon. Une interprétation naturelle, marquée par une certaine pudeur, mais aussi par une inspiration large et généreuse.


On connaît les difficultés de la Sonate n° 9 pour violon et piano de Beethoven.

Cette sonate apparaît ici soulignée par des coups d’archet violents ou de forts accents qui font partie intégrante du discours musical. Les accords, tour à tour agressifs, caressants ou violents, révèlent la grande maturité de l’interprète et sa tenue impeccable, très concentrée, servie par une ampleur de son admirable.

Une Kreutzer frénétique, avec un finale féroce. Et c’est bien ce que recherchait Beethoven. Une version mordante, intrépide, expressive, d’un art dépouillé et d’une cohérence remarquable. Précision rythmique : un peu trop de dynamisme, peut-être, de la part du pianiste, qui jouait tout le temps piano forte. Aucune nuance.

Mais cela n’exclut ni le charme de Lætitia Moreno ni sa musicalité, pas plus que l’extrême recueillement du bis qu’elle nous a offert : Oblivion d’Astor Piazzolla.

Miracle, ce soir-là : personne n’a applaudi entre les mouvements. Seuls quelques téléphones ont trahi, par leurs sonneries, l’époque dans laquelle nous écoutons encore Bach.


Beirut Chants se poursuit jusqu'au 23 décembre. Programme ici.

Invitée du Festival Beirut Chants, la violoniste espagnole Lætitia Moreno s’est produite le samedi 13 décembre en l’église Saint-Maron de Gemmayzé, l’un des écrins patrimoniaux privilégiés de cette manifestation qui fait dialoguer musique et spiritualité au cœur de Beyrouth. Elle était accompagnée du pianiste espagnol Josu De Solaun. Artiste reconnue sur les grandes scènes internationales, Lætitia Moreno déploie un jeu à la fois ardent et rigoureusement maîtrisé, où la virtuosité s’efface toujours au profit du sens et de l’architecture musicale. Présenté en collaboration avec l’ambassade d’Espagne, ce récital s’inscrivait pleinement dans l’esprit de Beirut Chants : offrir des lectures exigeantes du grand répertoire, portées par des personnalités artistiques affirmées.On ne réécoute jamais...
commentaires (1)

Elle s'appelle Leticia

M.E.

06 h 31, le 15 décembre 2025

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Elle s'appelle Leticia

    M.E.

    06 h 31, le 15 décembre 2025

Retour en haut