Sous le regard projeté de Gebran Tueni, le concert rend un hommage vibrant à sa mémoire. Photo Nabil Ismail
Mercredi soir, en la cathédrale Saint-Louis des Capucins, Beyrouth a rendu hommage à Gebran Tuéni à l’occasion du vingtième anniversaire de son assassinat en 2005. La cérémonie, à la fois musicale et chaleureuse, proposait une nouvelle manière d’aborder la mémoire du journaliste, de sa famille et d’une époque marquée par les violences politiques et les régimes autoritaires.
Organisé par la Fondation Gebran Tuéni, présidée par sa fille Michelle, l’événement s’inscrivait dans l’histoire d’une famille dont le nom est attaché à l'histoire moderne du Liban, avec le grand-père Gebran et le petit-fils, ainsi que Ghassan Tuéni – fondateur d’An-Nahar, ministre et ambassadeur – qui n’a cessé de défendre le dialogue, la réconciliation et la nécessité de rompre avec les logiques de vengeance et de résignation.
La soirée offrait un programme vif et contrasté : Requiem de Mozart, Adagio d’Albinoni, chansons de Feyrouz et des Rahbani (Khidni ‘ala bladi, Imani satéḥ), œuvres de Ziad Rahbani et de Majida el-Roumi, sans oublier l’hymne national libanais. Autant de pièces qui avaient accompagné Gebran Tuéni dans ses voyages, ses moments d’exil ou lorsqu’il écrivait.
L’orchestre, la chorale de Notre Dame University (NDU) et Michel Fadel au clavier formaient le cœur musical de la soirée, rejoints tour à tour par Soumaya Baalbaki, le ténor Bechara Moufarrej, l’acteur Rafic Ali Ahmad et l’actrice Julia Kassar, sous la baguette du maestro Loubnan Baalbaki. Ensemble, ils ont réuni journalistes, intellectuels et citoyens autour d’une même idée : celle d’un Liban civil, affranchi de la peur et de la tutelle des régimes voisins, à l’heure où l’horizon régional est redessiné.
La cérémonie insistait sur une autre manière de comprendre la douleur : non comme un rappel constant de l’absence de justice, mais comme un moteur permettant d’imaginer d’autres perspectives. Elle proposait une approche plus apaisée du souvenir, où l’hommage devient un espace de réflexion collective plutôt qu’un simple constat d’impuissance.
Cette idée était au cœur du texte de Ghassan Tuéni en hommage à son fils, lu par l’acteur Rafic Ali Ahmad. Il y évoquait la conviction que le sacrifice ne peut être vain et que les martyrs entraînent avec eux un mouvement vers la justice et la reconstruction.

Les mots de la poétesse Nadia Tuéni, mère de Gebran, avaient également une place importante dans la soirée. Son regard sur la guerre, la mort et la Nakba en Palestine résonnait à travers la voix de l’actrice Julia Kassar, offrant une autre perspective sur la mémoire familiale et nationale. Ses vers résonnaient hier dans la voix de Julia Kassar récitant : « Ils sont morts à plusieurs, sans se toucher, sans fleur à l’oreille, sans faire exprès, une voix tombe : c’est le bruit du jour sur le pavé. Crois-tu que la terre s’habitue à tourner ? Pour plus de précision ils sont morts à plusieurs, par besoin de mourir, comme on ferme une porte lorsque le vent se lève, ou que la mer vous rentre par la bouche… Alors, ils sont bien morts ensemble, c’est-à-dire chacun seul comme ils avaient vécu. »
Un an après la chute du régime Assad, la cérémonie suggérait que le martyre de Gebran Tuéni, comme celui d’autres figures publiques assassinées, trouve aujourd’hui un nouvel écho. Cette lecture, qui croise mémoire politique et actualité régionale, permettait de replacer l’événement dans une temporalité plus longue et moins émotionnelle.
Réunis sous la nef de la cathédrale à Bab Idriss, les participants ont évoqué ce que le philosophe Paul Ricœur nomme la « mémoire heureuse » : une mémoire qui reconnaît les blessures, mais s’autorise à envisager d’autres horizons. Cette perspective ne nie pas le passé, mais cherche à en faire un levier pour sortir du statut exclusif de victime.
La cérémonie a également été pensée comme un retour symbolique à Beyrouth : là où la voix de Gebran avait retenti dans son serment d’unité, où l’explosion au port a bouleversé la ville et où tant de décisions ont été prises sans les citoyens. Elle s’inscrivait dans un contexte où s’affaiblissent les systèmes politiques qui ont longtemps pesé sur le pays.
L’atmosphère était empreinte de gratitude envers les martyrs du 14 Mars et les défenseurs de la liberté de la presse. Le Premier ministre Nawaf Salam et son épouse, le ministre de la Culture Ghassan Salamé, ainsi qu’un grand nombre de députés avaient fait le déplacement pour assister à l’hommage. Les portraits de Gebran et de Ghassan Tuéni, leurs textes, et l’interprétation de My Way – chanson que Gebran dédiait à son épouse Siham – ont rythmé la soirée, portée par un public attentif et rassemblé.




Et notre ministre de la justice veut ouvrir les dossiers sur l’assassinat d’Ehden et des archives ancestrales alors que la milice vendue continue son projet de sape et le reprendrait encore plus fort le jour où elle pourrait quitter son trou. Les meurtres commis par elle devraient rester impunis. C’est une de ses conditions d’une longue liste inacceptable pour déposer les armes. Bon courage à tous les lâches de notre pays qui laissent faire au nom de la cohésion sociale inexistante mais surtout pour sauver leur ego.
13 h 19, le 12 décembre 2025