Dans une ambiance de joie et de musique, la JIPF a invité les enseignants à redécouvrir le français autrement : non seulement comme une langue à enseigner, mais comme une langue à faire vibrer dans les classes, dans les cœurs et dans les voix des apprenants. Capture d’écran
La Journée internationale des professeurs de français (JIPF), organisée en ligne le 20 novembre par l’Association libanaise des enseignants de français (ALEF), a eu lieu cette année sous le thème « Chanter, jouer, enseigner : la Francophonie en musique ». L’événement a mis en lumière l’importance du jeu, de l’art et de la créativité dans l’enseignement du français, une approche chère à l’ALEF, comme en témoignent les propos et initiatives de ses responsables.
« Enseigner autrement, enseigner par le jeu et l’art a toujours été un thème privilégié pour l’ALEF : nous avions été avant-gardistes lorsque nous avions organisé un colloque « Enseigner autrement », des concours et des formations où la place de la chanson et du théâtre était centrale », a souligné la Pr Ilham Slim-Hoteit, secrétaire générale de l’ALEF.
Pour elle, « célébrer la francophonie par la musique, c’est laisser les rythmes raconter ce que les mots ne disent pas toujours : la tendresse d’une culture, la force d’un peuple, la beauté d’un imaginaire partagé ». Elle souligne également que les chansons francophones « créent des passerelles entre générations, classes et pays, révélant la diversité vibrante de l’espace francophone ».
Dans cet esprit, l’implication des apprenants a pris une dimension toute particulière. Bien avant le jour de la célébration, un long travail s’est mis en place au sein des établissements : un mouvement collectif, méthodique et passionné, qui a façonné la participation des élèves et mis en lumière la place grandissante de la francophonie dans leur parcours éducatif.
Carole Khanso, membre du bureau central de l’ALEF, raconte comment cette dynamique s’est construite à travers un accompagnement linguistique, culturel et artistique mêlant ateliers de langue, répétitions, séances de coaching et activités interdisciplinaires. « Les enseignants ont permis aux élèves d’acquérir la maîtrise linguistique et la confiance nécessaires, tandis que nous avons assuré coordination, suivi pédagogique et encadrement logistique pour garantir une participation de qualité », explique-t-elle.
Selon elle, cet engagement collectif démontre que la francophonie occupe désormais une place essentielle dans la formation des apprenants. Elle n’est plus seulement un outil de communication, mais un espace d’expression, d’ouverture et de valorisation identitaire. À travers la musique, les élèves découvrent la langue française comme un vecteur de culture et d’appartenance à une communauté internationale, une expérience qui renforce leur motivation et enrichit leur formation.
Trois chansons inédites
La scène du JIPF s’est transformée en un véritable espace de rencontre entre cultures. Le travail mené dans les établissements a trouvé son aboutissement lorsque les élèves, portés par l’enthousiasme et la fierté, ont partagé le fruit de leurs efforts. Ce moment de communion artistique a pris une dimension encore plus significative avec la présentation de trois chansons inédites, imaginées comme un hommage vivant à la diversité francophone.
Trois nouvelles créations musicales ont ainsi été présentées durant l’événement : la version québécoise On s’aime, y a pas de chicane, la version libanaise Habibi, y a pas de souci et la version ivoirienne « Aimons-nous, y a pas palabre ! Chacune, dans son identité musicale propre, portait un même souffle d’amour, de paix et de solidarité. Interprétées par des voix jeunes et enthousiastes, elles sont devenues des ponts entre continents et cultures, un hymne à l’harmonie et au partage transcendant les différences.
Pour Leila el-Sayed, membre du bureau central de l’ALEF, ces créations illustrent parfaitement l’essence même de la francophonie. « La francophonie est pluriculturelle : grâce au français, des échanges interculturels se produisent spontanément et la diversité musicale prouve que des cultures différentes peuvent transmettre un message commun grâce à une langue partagée. Les styles québécois, libanais et ivoirien montrent la richesse culturelle du monde francophone et démontrent que la paix et l’amour peuvent être chantés de multiples façons, sans perdre leur sens. »
Portée par cette célébration de la diversité musicale, l’édition de cette année a laissé une empreinte qui dépasse largement la scène du jour. Dans la continuité de cet élan, l’ALEF voit en cette septième JIPF bien plus qu’un événement : un véritable moteur de transformation pour les enseignants et leurs élèves. Leila el-Sayed souligne cette ambition : « Nous souhaitons que cette édition ait un effet transformateur sur les enseignants comme sur les élèves, en faisant de la francophonie non seulement un thème de célébration, mais un espace vivant d’apprentissage, d’ouverture et de créativité. » Pour les enseignants, les œuvres présentées deviennent des outils pédagogiques modernes et authentiques ; pour les élèves, elles éveillent une curiosité renouvelée pour une francophonie plurielle, dynamique et accessible, tout en renforçant leur créativité et leur sentiment d’appartenance à une communauté mondiale unie par des valeurs communes.
La célébration a également mis en avant un autre volet essentiel : celui des racines. La musique francophone rencontrait alors la musique du Liban, donnant naissance à des moments chargés d’émotion et de sens. Trois chansons du patrimoine musical libanais ont été interprétées par les élèves du Greenfield College, Au rythme du Liban : Au rythme du Liban/Kan ‘anna Tahoun (كان عنا طاحون) ; Mon amour infini /al Nadda (ع الندا) ; Mon Liban se réveille/ Raji‘ yet‘ammar Lubnān (راجع يتعمر لبنان), auxquelles s’est ajoutée la performance Les retrouvailles de Sara Aoun, étudiante à l’Université libanaise, ainsi qu’une table ronde dédiée à l’art, la créativité et la musique. Pour Carole Khanso, cette intégration du patrimoine musical libanais « permet de tisser un lien harmonieux entre l’identité locale et l’appartenance francophone », en réunissant deux héritages culturels complémentaires. Elle souligne que cette fusion artistique renforce chez les élèves à la fois leur attachement à leur culture nationale et leur sentiment d’appartenance à l’espace francophone, illustrant une francophonie qui accueille, amplifie et valorise les identités locales.
« Cette fusion artistique devient ainsi un symbole de coexistence culturelle, de diversité et de dialogue entre tradition libanaise et expression francophone », ajoute-t-elle.
Le français, une langue d’avenir
Dans une ambiance de joie et de musique, la JIPF a invité les enseignants à redécouvrir le français autrement : non seulement comme une langue à enseigner, mais comme une langue à faire vibrer dans les classes, dans les cœurs et dans les voix des apprenants, comme l’a si bien exprimé la Pr Ilham Slim-Hoteit. Quant à Jean-Noël Baléo, directeur régional Moyen-Orient de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), il a rappelé avec force la noblesse de leur engagement, exercé au Liban dans des conditions souvent difficiles, parfois même dangereuses. « Leur dévouement, a-t-il souligné, force l’admiration et s’inscrit au service d’une langue qui, au-delà de son lyrisme et de son émotion, doit aussi être présentée comme une langue d’avenir : utilitaire, numérique, professionnelle et ouverte sur la mobilité internationale. »


