Edna (g.) et ses amies sont prêtes à tout pour apercevoir le pape Léon XIV. Photo Matthieu Karam / L'Orient-Le Jour
« Je suis si chanceuse d’être là. Je vis pleinement ce bonheur d’assister à la messe papale, dans un Liban enfin sans guerre. » Luigina, travailleuse domestique éthiopienne, rayonne. « Nous allons prier pour notre pays », dit-elle, avançant avec ses compatriotes Hannah et Martha dans le flot de fidèles en route vers la place aménagée sur le front de mer de Beyrouth. Toutes trois ont obtenu l’autorisation de leur employeur pour venir prier avec le pape, en visite officielle au Liban. Comme elles, des centaines de travailleuses migrantes marchent, parfois courent, sourire aux lèvres, pour apercevoir Léon XIV, entre amies, avec leur paroisse ou leurs employeurs.
« Vous ne pouvez imaginer combien c’est important pour nous d’être bénies par le pape. Je lui demanderai la paix au Liban et dans le monde, mais aussi le courage de continuer à travailler pour soutenir nos familles », confie Elsa, 55 ans, dont vingt passés chez un même employeur à Tripoli (Liban-Nord), venue avec quatre compatriotes philippines. Edna aussi est prête à tout pour apercevoir le pape. Postée sur l’autoroute nord menant à l’entrée de Beyrouth, face au port, la travailleuse philippine et ses amies préfèrent rester à l’écart de la foule, dans l’attente de l’homme venu « célébrer la paix dans le pays et dans le monde ». La Philippine a quitté au petit matin le foyer musulman où elle travaille depuis 2021, dans la quartier de Ghobeiry, dans la banlieue sud de Beyrouth, pour venir assister à l’événement. À l’autre bout du monde, aux Philippines, amis et proches suivent à distance grâce aux photos et vidéos qu’elle leur envoie en direct. « Là-bas, tout le monde l’aime », dit-elle.

Au Liban, faute de chiffres précis, on estime à 250 000 le nombre de travailleurs migrants, surtout des femmes d’Éthiopie, des Philippines, du Sri Lanka, de Madagascar ou d’autres pays d’Afrique et d’Asie, dont beaucoup en situation irrégulière. Leur profession est régie par le système du garant, ou Kafala, qui donne à l’employeur les pleins pouvoirs sur leurs conditions de travail et de vie. Une situation qui facilite les abus de toutes sortes, dont la confiscation du passeport ou les restrictions de sortie, et qui empêche les victimes de mauvais traitements de changer librement d’employeur. Cette réalité a été dénoncée lundi par Lauren Cabobres, travailleuse philippine devenue militante, qui a évoqué devant Léon XIV, à la basilique Notre-Dame du Liban, à Harissa, les dérives du système du garant.
Ne pas indisposer son employeur
« Si nous avons été autorisées à venir ? Ce sont nos employeurs qui nous l’ont recommandé. C’est un jour important pour la chrétienté », assurent des travailleuses malgaches. Même scénario pour Mali, une employée de maison sri-lankaise de 65 ans : « Le Liban est devenu mon second pays. J’y suis si bien. Je suis venue demander au pape la santé et la protection du Liban et du Sri Lanka qui souffrent tous les deux », affirme-t-elle, en référence aux frappes israéliennes au Liban et aux récentes inondations au Sri Lanka. « Mes patrons me soutiennent en permanence », insiste-t-elle. Au gré des témoignages transparaissent l’amour du Liban, la séparation douloureuse avec les familles, le dur labeur quotidien, mais aussi la crainte d’indisposer les employeurs. « Je préfère ne pas être prise en photo. Cela pourrait déranger ma patronne », souffle une travailleuse malgache.

Dans les files d’attente, des nounous retiennent des bambins impatients. D’autres ne quittent pas des yeux leurs employeurs, soucieuses de ne pas se perdre dans la foule. Forcément moins dissertes, elles vont à l’essentiel. « Je suis là pour obtenir la bénédiction du pape », lance Lynn, travailleuse philippine. « Nous allons rencontrer le pape et profiter pleinement de la messe », note Julie, jeune Kényane qui talonne son employeur. Face au site arborant un portrait géant du souverain pontife, des familles avec enfants et nounous se prennent en photo. Habitant visiblement le quartier, une Philippine promenant deux chiens confie : « Dès que je finis, mes employeurs musulmans m’ont autorisée à assister à la messe », dit-elle, pleine d’espoir.
Beaucoup ont obtenu leur billet de leur paroisse. « Nous avons obtenu 200 billets pour des travailleuses domestiques membres de notre paroisse et organisé leur transport. Nous avons dû écrire à leurs employeurs », explique le séminariste Michael Pietro s.j., aumônier de la paroisse anglophone de l’église Saint-Joseph à Monnot. Se disant heureux de n’avoir essuyé « aucun refus », il regrette que certaines membres de la communauté n’aient « pas même tenté de demander à leur employeur une autorisation de sortie, certains de n’y être pas autorisées ».

Selon Meriam Prado Duval, cofondatrice de l’Alliance des travailleuses domestiques migrantes, « aucune des membres de l’association n’a pu participer » à l’événement. « Nous résidons chez nos employeurs et nos responsabilités quotidiennes rendent impossible toute sortie, même pour la messe du pape », déplore-t-elle.




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Je trouve votre article non équitable cher olj. Dans le titre vous mettez sur le même plan les employées de maison qui ont participé á la messe et ceux que leurs employeurs ont interdit de sortie. Votre article rapporte á 90% des témoignages heureux et gratifiants de celles qui ont été avec trois lignes d'une association disant qu'aucune de ses membres n'a été autorisée á y aller. Il fallait au minimum substantiariser ce qu'a dit cette association car votre titre donne l'impression qu'il y a plus de méchants patrons que de gentils sans vraiment le prouver..Encore une dérive woke?
22 h 23, le 02 décembre 2025