Très Saint-Père*,
Je vous écris avec un cœur qui bat fort, rempli d’émotion et d’une sincérité que les mots ont parfois du mal à porter. Votre venue au Liban n’est pas, pour moi, un simple événement. C’est comme une brise douce dans un pays fatigué, une lumière qui perce à travers tant de nuits difficiles. J’ai grandi dans un Liban qui vacille, mais qui continue malgré tout à aimer, à espérer et à se relever. Et aujourd’hui, en sachant que vous poserez vos pas sur cette terre que j’aime, j’ai l’impression que quelqu’un, enfin, entend notre souffle.
Je ne vous écris pas pour répéter ce que tout le monde dira. Je vous écris pour vous ouvrir un petit morceau de mon cœur. Celui d’une jeune fille qui a vu son pays perdre beaucoup, mais qui refuse de perdre la foi. Celui de quelqu’un qui veut croire que même dans les ruines, quelque chose de beau peut encore naître. Votre présence me donne cette impression rare qu’on n’est pas seuls, que quelqu’un regarde le Liban non pas avec pitié, mais avec amour.
Je voudrais vous dire que derrière les sourires des jeunes comme moi, il y a souvent une fatigue silencieuse. Une fatigue de voir partir ceux qu’on aime, de se battre pour des choses simples, de chercher la paix dans un pays qui en manque tant. Mais il y a aussi, dans nos cœurs, une force immense : celle de continuer. Et cette force, je sens qu’elle grandit quand quelqu’un comme vous nous rend visite, non pas pour nous juger, mais pour nous comprendre.
Très Saint-Père, je vous demande de prier pour nous, pas seulement pour que le Liban aille mieux, mais pour que nous, les jeunes, ne perdions jamais la capacité de rêver. Parce que parfois, rêver est la seule chose qui nous reste. Et je crois profondément que Dieu écoute les rêves des jeunes plus qu’on ne l’imagine.
Priez pour ma famille, pour mes amis, pour ceux qui se sentent invisibles. Priez pour ceux qui ont perdu confiance, pour ceux qui veulent partir, pour ceux qui restent parce qu’ils aiment trop ce pays pour l’abandonner. Et si vous le permettez, priez aussi pour moi, afin que je garde toujours un cœur doux, même dans un monde rude.
Merci, très Saint-Père, de venir jusqu’à nous. Merci d’apporter un souffle d’espérance là où tant de cœurs en avaient besoin. Peut-être que votre visite ne changera pas tout… Mais elle change déjà quelque chose en moi : elle rallume une petite lumière que je croyais presque éteinte.
Avec tout mon respect, ma gratitude et une tendresse que les mots ne peuvent pas complètement contenir.
Gianna OULOUJIAN
École arménienne Mesrobian
*À l’occasion de la visite du pape Léon XIV au Liban, L’Orient-Le Jour a lancé un appel aux lycéens du Liban, les invitant à écrire une lettre qui lui serait adressée. Nous avons reçu plusieurs dizaines de courriers rédigés aux quatre coins du pays. Cette lettre fait partie des cinq textes retenus parmi celles reçues par la rédaction.


Chère Gianna, je ne suis pas le pape pour espérer exaucer tes vœux qui sont aussi les miens. Tes mots si beaux et spontanés résonnent en moi qui suis partie mais qui prie pour que les jeunes comme toi restent et redonnent à notre Liban le souffle et l’envie.
18 h 58, le 30 novembre 2025