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Politique - Entretien

Monopole des armes, l'après-Finul et la coopération avec Damas au menu de la visite de membres du Conseil de sécurité

Pour le représentant permanent du Liban à l'ONU, interrogé par « L'Orient-Le Jour », la visite des membres du Conseil de sécurité de l'ONU « signifie que le dossier libanais revient au centre de la scène onusienne ».

Monopole des armes, l'après-Finul et la coopération avec Damas au menu de la visite de membres du Conseil de sécurité

Le représentant du Liban à l’ONU, Ahmad Arafa, présentant ses lettres de créance au secrétaire général de l’ONU. Photo officielle fournie par l’ambassadeur Arafa

Ce sont les 5 et 6 décembre que sont attendus au Liban des membres du Conseil de sécurité de l'ONU, après une visite d'une journée en Syrie. Des réunions importantes sont prévues avec les plus hauts responsables libanais lors de cette tournée, ainsi qu’une visite de terrain au quartier général de la Force intérimaire de l'ONU au Liban (Finul), à Naqoura et auprès des agences onusiennes. Cette visite vise à soutenir la stabilité du Liban, en particulier à travers la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, et à évaluer les progrès en matière de désarmement et de contrôle des frontières. La délégation de quinze membres sera composée de représentants permanents, y compris notamment l'émissaire américaine Morgan Ortagus.

Le représentant permanent du Liban à l’ONU, Ahmad Arafa, dévoile pour L’Orient-Le Jour le contenu exact des Termes de référence, un document non public, qui fixe les objectifs politiques, diplomatiques et sécuritaires de cette mission « stratégique, structurée et déterminante pour l’avenir du maintien de la paix au Liban ».

Appuyer les décisions du gouvernement libanais sur le monopole de l’État

La délégation rencontrera le président Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam, le président du Parlement Nabih Berry, ainsi que le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi et le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, avant une visite de terrain à Naqoura, « indispensable pour mesurer la réalité de la 1701 sur le terrain ».

Interrogé sur les objectifs de la visite de membres du Conseil de sécurité, l’ambassadeur Arafa explique : « Le Conseil mène ce type de missions dans les pays où il y a des forces de maintien de la paix. La visite vise à soutenir les opérations de paix en Syrie et au Liban, ainsi qu'à appuyer les récentes décisions du gouvernement libanais sur le monopole de l’État sur les armes et le contrôle des frontières. Elle permettra au Conseil de réaffirmer son engagement en faveur de la stabilité au Liban et dans la région, à travers la résolution 1701. La délégation évaluera les efforts du gouvernement libanais pour appliquer cette résolution et les défis rencontrés ».

Une mission encadrée par neuf objectifs majeurs

Pour la première fois, l’ambassadeur détaille les neuf objectifs fixés par le Conseil dans le cadre de la résolution 2790 d'août 2025. « Le premier objectif est de réaffirmer un engagement sans équivoque en faveur de la stabilité du Liban et de la région, et donc de l’application intégrale de la résolution 1701. Ce n’est plus seulement une référence, c’est une exigence opérationnelle », indique l’ambassadeur Arafa. Le Conseil réitérera également son soutien à l’intégrité territoriale, à la souveraineté et à l’indépendance politique du Liban, un message qu’il veut « clair, cohérent et répété au plus haut niveau ». Le troisième objectif est d’examiner l’impact du cessez-le-feu, dont l'accord a été validé le 26 novembre 2024 (S/2024/870) et les progrès concrets dans son application. « Le Conseil veut une lecture directe, non filtrée », assure-t-il. Le quatrième objectif est d’observer les efforts de la Finul et du bureau de la coordinatrice spéciale pour le Liban (Unscol) pour soutenir la désescalade et l’avancement de solutions durables. « C’est pourquoi la visite de Naqoura est centrale : les membres du Conseil veulent voir, entendre et vérifier », souligne-t-il.

Le cinquième objectif, politiquement le plus sensible, consiste à évaluer les efforts du gouvernement libanais pour mettre en œuvre la 1701 dans son intégralité, incluant son engagement à placer « toutes les armes sous le contrôle exclusif de l’État ». L’ambassadeur confirme que « le Conseil veut comprendre notre plan, notre calendrier, nos marges ». Le sixième objectif vise à réaffirmer le soutien aux efforts diplomatiques destinés à résoudre les différends frontaliers avec Israël, avec l’appui de l’Unscol et de la Finul. « Tant que la frontière est contestée, la stabilité reste vulnérable », souligne le diplomate. Le septième objectif porte sur l’examen des plans de la Finul pour la mise en œuvre de la résolution 2790 (2025) et sur les options pour l'application future de 1701 après son départ. « Le Conseil prépare l’après-Finul. Il veut savoir ce qui peut remplacer la mission : mécanisme réduit, monitoring, présence civile ou hybride. Rien n’est exclu. » Le huitième objectif est de saluer et d’encourager le dialogue structuré entre Beyrouth et Damas, indispensable pour stabiliser les frontières et renforcer la coopération bilatérale dans une période de transition. Enfin, le neuvième objectif est de soutenir les réformes économiques et institutionnelles permettant à la communauté internationale de s’engager dans la reconstruction. « Personne ne financera sans réformes », tranche l’ambassadeur.

Pour le diplomate libanais, « la visite du Conseil est un acte politique majeur ». Elle dépasse largement les rencontres officielles. « Le Conseil de sécurité vient constater, questionner, soutenir et cadrer la suite. Sa présence physique au Liban signifie que le dossier libanais revient au centre de la scène onusienne. »

L'Après-Finul : Mohammad Khaled Khiari en éclaireur

Le secrétaire général adjoint pour les affaires politiques du Moyen-Orient, de l’Asie et du Pacifique, Mohammad Khaled Khiari, mène parallèlement à Beyrouth une mission-clé. « Il a été mandaté pour consulter les responsables libanais, la Finul, l’Unscol et se rendra aussi en Israël. Son rôle est d’assembler les éléments qui permettront au secrétaire général de proposer au Conseil des scénarios précis d’ici à juin 2026 », détaille l’ambassadeur. Et d’ajouter : « Son travail est technique, mais profondément politique : comment surveiller la mise en œuvre de la 1701 sans la Finul ? Comment éviter le vide sécuritaire ? Quels mécanismes pour prévenir l’escalade ? »

Au sujet de la possibilité d’un accord futur entre le Liban et Israël, l’ambassadeur reste prudent mais clair, en rappelant les termes du récent discours du président Joseph Aoun, le 21 novembre, à l’occasion de la commémoration du 82e anniversaire de l’indépendance du Liban : « L’État libanais est prêt à négocier, sous parrainage onusien, américain ou international conjoint, tout accord établissant une formule pour une cessation des agressions transfrontalières. » Il ajoute : « Le Conseil de sécurité aura évidemment un intérêt pour ce sujet, en tant qu’organe chargé de la paix et de la sécurité internationales. Mais personne ne peut préempter ce qu’il dira ou ce qu’il demandera lors de la visite. »

Ce sont les 5 et 6 décembre que sont attendus au Liban des membres du Conseil de sécurité de l'ONU, après une visite d'une journée en Syrie. Des réunions importantes sont prévues avec les plus hauts responsables libanais lors de cette tournée, ainsi qu’une visite de terrain au quartier général de la Force intérimaire de l'ONU au Liban (Finul), à Naqoura et auprès des agences onusiennes. Cette visite vise à soutenir la stabilité du Liban, en particulier à travers la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, et à évaluer les progrès en matière de désarmement et de contrôle des frontières. La délégation de quinze membres sera composée de représentants permanents, y compris notamment l'émissaire américaine Morgan Ortagus.Le représentant permanent du Liban à l’ONU, Ahmad...
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