Le couvent Saint-Joseph à Jrebta abrite la tombe de sainte Rafqa al-Rayess. Photo tirée du compte Facebook du couvent
Mosaïque de croyances, le Liban spirituel plonge ses racines bien avant l’ère chrétienne. Chaque communauté y a laissé son empreinte, avec plus de 3 000 sites religieux répertoriés à travers le territoire. En visite du 30 novembre au 2 décembre, le pape Léon XIV se rendra au monastère Saint-Maron à Annaya et au sanctuaire de Notre-Dame du Liban à Harissa, lieux œcuméniques très fréquentés. À cette occasion, L’Orient-Le Jour dresse une liste non exhaustive du patrimoine spirituel du pays, du Nord au Sud, en passant par la plaine de la Békaa et la capitale.
Liban-Nord
Le monastère Saint-Maron à Annaya, sur les hauteurs du caza de Jbeil, est le gardien de la tombe de Charbel Makhlouf (1828-1898). Auteur, selon les fidèles, de milliers de miracles, il est le premier Libanais à être canonisé par le Vatican en 1977. Chaque 22 du mois, ce site est marqué par une affluence remarquable en commémoration d’un miracle dont une femme, Nohad Chami, déclarait avoir été l’objet, guérissant miraculeusement en 1993 d’une hémiplégie grâce à une intercession du saint.

La grande mosquée al-Mansouri de Tripoli, construite à l’époque mamelouke en 1294, est la plus ancienne et la plus vaste de la capitale du Liban-Nord. Elle abrite la « trace prophétique », un reliquaire contenant un poil de la barbe du prophète Mohammad, offert à Tripoli en 1890 par le sultan ottoman Abdel-Hamid II dans un coffret en or.
Le couvent Saint-Joseph à Jrebta abrite la tombe de Rafqa al-Rayess (1893-1914), qui y a vécu les dernières années de sa vie. Celle que l’on surnomme la patronne des malades a été, en 2001, la première femme du Liban et du Moyen-Orient canonisée.
Perché à 650 mètres d’altitude et dominant la baie de Jounieh, le sanctuaire de Notre-Dame du Liban à Harissa consiste en deux bâtiments. Inaugurée en 1908, la chapelle d’origine est intégrée dans un socle monumental surmonté d’une statue conique de la Vierge Marie de 8,5 mètres en bronze peint en blanc, tournée vers Beyrouth et accessible par 104 marches. À proximité se dresse la vaste église moderne, construite dans les années 1980 et élevée au rang de basilique mineure.

Békaa
Haut lieu de pèlerinage chiite à Baalbeck, le maqâm (sanctuaire) de Sayyida Khawla, fille de l’imam Hussein, est une mosquée à deux minarets, décorée de céramiques à l’extérieur et de mosaïques de miroirs à l’intérieure. En son centre se trouvent le « Cyprès sacré » et la tombe de Sayyida Khawla. Celle-ci a fait partie du convoi de femmes et d’enfants capturés après la bataille de Kerbala (680), événement fondateur du chiisme, et mourut sur la route à Baalbeck. Elle fut enterrée rapidement et discrètement aux côtés d’un cyprès, mais la localisation de sa tombe aurait été révélée en songe à un habitant au XVIIIe siècle.

Le maqâm de Nabi Chit, dont le village tire son nom, abrite, selon la tradition, la tombe de Seth, le cinquième fils du prophète Adam. Plusieurs agrandissements successifs en ont fait un important lieu de pèlerinage. L’ancien maqâm, reconnaissable à sa coupole verte, a été reconstruit en 1995 dans un style moderne, tout en conservant son minaret d’origine.
Liban-Sud
Situé à Maghdouché, près de Saïda, le sanctuaire de Notre-Dame de l’Attente (Mantara) est, selon la tradition, l’endroit où la Vierge Marie aurait attendu Jésus pendant qu’il prêchait. Sa particularité tient au fait qu’il s’agit d’un lieu visité par la Vierge Marie elle-même et non d’un simple site d’apparition. Le sanctuaire s’organise autour d’une grotte transformée en lieu de culte par les premiers chrétiens. Une basilique y a ensuite été construite pour accueillir les pèlerins. Une tour de 34 mètres, abritant une chapelle et couronnée par la statue en bronze de la Vierge portant l’Enfant, domine aujourd’hui l’ensemble.

Le maqâm du prophète Sari, à Adloun (Saïda), est un lieu de culte chiite associé, selon la tradition, à un prophète d’origine juive venu y trouver refuge après des persécutions. À l’origine, il ne se composait que d’une petite pièce, surmontée d’un dôme et entourée d’un cimetière. Restauré et agrandi en 2005, le sanctuaire s’étend désormais sur 350 m² et comprend un haut minaret. Les fidèles s’y rendent régulièrement pour prier et formuler des vœux.
Le maqâm chiite de Nabi Younès (prophète Jonas) à Jiyyé est associé à la tradition selon laquelle le poisson ayant englouti ce prophète l’aurait rejeté sur ce rivage. L’édifice ancien, surmonté d’un dôme, comprend plusieurs pièces, dont celle abritant la tombe, avec des arcs portés par des colonnes de marbre aux chapiteaux romains finement sculptés. Des fouilles menées devant le tombeau ont révélé une mosaïque très ancienne représentant Younès sortant du ventre du poisson. La mosquée a été érigée à partir de vestiges romains et byzantins provenant d’un site archéologique voisin. Le lieu demeure un important point de pèlerinage et de mémoire religieuse.
Beyrouth
Située dans le quartier de Wadi Abou Jamil, en contrebas du Grand Sérail, la Grande Synagogue de Beyrouth ou synagogue Maghen Abraham (« Bouclier d’Abraham » en hébreu) a été construite en 1926 à l’initiative de Moïse Abraham Sassoon et de Joseph David Farhi. Vestige de ce quartier largement rasé par la guerre du Liban (1975-1990), elle a été rénovée en 2010, puis réparée après l’explosion au port de Beyrouth de 2020. L’abside y a été reconstituée à l’identique pour accueillir le coffret en argent renfermant les rouleaux sacrés (ou Sefer Torah). Cette copie du texte hébreu des Cinq Livres de Moïse est un véritable trésor pour la communauté.

Au sud de la capitale, la localité d’Ouzaï, autrefois appelée Hantous, abrite la tombe de Abdul Rahman al-Awzai. Né à Baalbeck en 707 et mort à Beyrouth en 774, il est à l’origine d’une école de jurisprudence islamique portant son nom. Son mausolée est devenu un lieu de pèlerinage et l’une des plus anciennes mosquées du Liban. À sa mort, des milliers de personnes de toutes confessions ont marché de Beyrouth jusqu’à Hantous, se couvrant le visage de cendres en signe de deuil.
Chouf
Le maqâm de Nabi Ayyoub à Niha abrite le tombeau du prophète Job, sous une large coupole surmontée de l’étoile druze colorée. Des croyants de différentes communautés viennent y chercher bénédictions et grâces. Une vaste esplanade située à l’avant offre un panorama remarquable. À l’arrière du sanctuaire se trouve un arbre réputé miraculeux qui aurait guéri Job de sa maladie de la peau.
Mont-Liban
Le maqâm de l’émir Abdallah el-Tannoukhi (1417- 1479) à Aley est le site le plus visité par les druzes. Connu pour sa sagesse et sa justice, il privilégia la voie religieuse à la vie mondaine et joua un rôle essentiel dans le renouveau spirituel de son époque. Il est considéré comme l’une des figures réformatrices les plus éminentes de l’histoire de la communauté druze. Le maqâm a été édifié sur l’ancien lieu de résidence des émirs de la famille Tanoukhi. Il abrite un petit sanctuaire dominé par une coupole sous laquelle repose l’émir. Sur le côté nord-ouest du maqâm se trouve une autre coupole renfermant le tombeau de son fils, l’émir Abdel Khalek II.



N ya t il pas A une dizaine de mètres de la frontière un lieu sacré pour les juifs qui s y rendent de temps en temps?
05 h 35, le 01 décembre 2025