Au Palais de Baabda, entourant le président Joseph Aoun, la délégation de la Banque mondiale. Photo fournie par la présidence libanaise.
« La Banque mondiale doit rester aux côtés du Liban », a plaidé vendredi le président libanais, Joseph Aoun, devant une délégation de plusieurs membres de l'institution internationale, alors que le blocage du Parlement sur fond de tensions politiques sur la loi électorale et le désarmement du Hezbollah, laisse craindre la non-exécution des prêts validés par la BM. En tête de ces projets, un prêt de 250 millions de dollars destiné à financer la reconstruction des infrastructures — routes, eau, électricité ou encore santé – dans les régions lourdement frappées par les frappes israéliennes. La délégation, qui est à Beyrouth depuis jeudi, s'est également entretenue avec le président de la Chambre, Nabih Berry, et le Premier ministre et plusieurs membres de son cabinet.
À la délégation qu’il a reçue au Palais de Baabda, le président Aoun a déclaré que « le Liban respecte l'accord de cessation des hostilités. Israël continue pourtant d'occuper cinq collines et multiplie ses agressions contre le pays », en référence aux positions en territoire libanais où l'armée israélienne a installé des avant-postes militaires et à ses bombardements quotidiens du Sud. « La Banque mondiale doit rester aux côtés du Liban et poursuivre sa coopération constructive afin de permettre la reprise et une croissance durable », a ajouté le chef de l’État libanais, selon des propos publiés sur le compte X de la présidence.
Berry présente « l'ampleur des destructions » dans le Sud
Le président du Parlement, Nabih Berry, a de son côté évoqué avec les représentants de la BM à Aïn el-Tiné « les projets, plans et programmes de l’organisation au Liban, mettant particulièrement l’accent sur le dossier de la reconstruction », selon l’Agence nationale d’information (Ani, officielle). « Nous avons présenté à la délégation une explication détaillée et complète, à l’aide d’une carte préparée par le Conseil national de la recherche scientifique, illustrant l’ampleur des destructions causées par l’agression israélienne contre le Liban au cours des deux dernières années, avant et après l’accord de cessez-le-feu, dans divers secteurs », a indiqué M. Berry, selon un communiqué de son bureau de presse. « Nous avons mis en évidence la destruction totale de plusieurs villages frontaliers, ainsi que les dégâts infligés aux infrastructures, notamment les routes, les établissements éducatifs, sanitaires, touristiques et industriels, ainsi qu’au secteur énergétique », a-t-il poursuivi. « Nous avons également exposé les pertes subies par le secteur agricole et l’impact environnemental résultant de l’usage par Israël d’armes interdites par le droit international », a ajouté le chef du législatif.
La délégation de la BM a également été reçue par le Premier ministre Nawaf Salam, au Grand Sérail, en présence de plusieurs ministres et du président du Conseil du développement et de la reconstruction, Mohammad Kabbani.
Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a indiqué que les autorités libanaises « aspirent à une coopération accrue avec la Banque mondiale à l’avenir ». Au cours d’une conférence de presse tenue au Sérail avec le représentant de la France au conseil d’administration de la Banque mondiale, il a souligné que « certains projets sont encore bloqués au Parlement, en attendant leur adoption, notamment le prêt pour la reconstruction », selon des déclarations rapportées par l'ANI. M. Jaber a déclaré que « sans accord avec le Fonds monétaire international (FMI), notre capacité deviendra de plus en plus difficile », précisant qu’il y a une recommandation pour que le Liban progresse dans les réformes et parvienne à un accord avec le FMI. Il a ajouté qu’il se rendra demain dans le Sud, accompagné d’une délégation de la Banque mondiale, soulignant que « cette visite est très importante ».
« La coopération avec le FMI est essentielle »
Aux côtés de M. Jaber, le directeur exécutif représentant la France auprès du Groupe de la Banque mondiale, Arnaud Buissé, a indiqué que « la délégation de la Banque mondiale en visite au Liban comprend 11 administrateurs représentant 80 pays et 57 % du pouvoir de vote au sein du conseil d’administration ». Il a précisé que « cette visite vise à réaffirmer l’engagement de la Banque mondiale à soutenir les réformes, la relance et la reconstruction du Liban, ainsi qu’à évaluer directement les défis et priorités de développement du pays, et leur adéquation avec les programmes actuels et futurs de la Banque ».
M. Buissé a salué « les efforts du gouvernement libanais au cours des neuf derniers mois et les réformes en cours de mise en œuvre ». Il a souligné « l’importance de relever les défis à court terme, tels que le renforcement de la transparence et de la reddition des comptes, le rétablissement de la stabilité économique et la résolution de la crise bancaire, tout en s’attaquant aux défis à long terme dans des secteurs comme l’énergie, l’eau, l’éducation, l’agriculture et la transition numérique ».
Il a ajouté que « la délégation s’est rendue dans la plaine de la Békaa pour examiner les projets de la Banque dans le bassin du Litani », insistant sur « la nécessité d’accélérer la mise en œuvre des projets approuvés et d’autoriser ceux encore en attente, notamment dans les secteurs de l’eau, de la gestion des finances publiques et de la reconstruction ».
M. Buissé a également souligné que « la coopération avec le Fonds monétaire international est essentielle pour permettre à la Banque mondiale d’apporter un soutien accru au Liban et d’attirer des financements internationaux et privés », avertissant que « l’absence d’un programme avec le FMI limiterait la capacité de la Banque à aider le pays ». Il a conclu en exprimant « ses remerciements aux autorités libanaises et ses vœux au peuple libanais », réaffirmant la volonté de la Banque mondiale de poursuivre le suivi des défis et des projets de développement dans les différentes régions du Liban.
Parmi les membres de la délégation, le représentant de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient Abdulaziz Al-Mulla, le directeur régional de la BM, Jean-Christophe Carrière et le directeur du bureau de la BM au Liban, Enrique Armas.
Le Liban dispose d’un prêt de 250 millions de dollars de la Banque mondiale, en attente d’approbation par le Parlement, qui n'a pas légiféré depuis plusieurs mois, sur fond de boycott des partis anti-Hezbollah réclamant que Nabih Berry ajoute à l'ordre du jour une proposition de loi pour amender la loi électorale concernant le vote des expatriés.
Le coût total de la reconstruction des zones détruites au Liban par la dernière guerre entre le Hezbollah et Israël est estimé à 11 milliards de dollars, selon un rapport de la BM publié en mars dernier. Mardi, une réunion de haut niveau consacrée à la reconstruction s’est tenue à Msayleh, dans le sud du Liban, à l’initiative de M. Berry, qui a appelé à plusieurs reprises le gouvernement à lancer les travaux de reconstruction et l’a accusé début octobre de négliger le dossier. Cette rencontre a été l’occasion pour le tandem chiite Hezbollah-Amal de réaffirmer son exigence d’inclure, dans le budget de l’État pour 2026, une clause finançant les projets de reconstruction dans le Sud, faute de quoi le Hezbollah et le mouvement Amal de Berry refuseraient d’adopter le budget.


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