Un Libanais venant rendre visite à un détenu à la prison de Roumié, au nord-est de Beyrouth, le 7 avril 2006. Photo Ramzi Haidar/AFP/Getty Images
Un coup de fil sans précédent. Pour la première fois dans l'histoire carcérale libanaise, un membre du Congrès américain s'est entretenu mercredi par téléphone avec un détenu syrien incarcéré dans la prison de Roumié, au nord-est de Beyrouth. Un appel qui s'inscrit dans un contexte de tractations intenses entre le Liban et les nouvelles autorités syriennes islamistes sur l'épineux dossier des détenus syriens, en particulier ceux accusés d'appartenance à des mouvements islamistes.
L’élu américain en question, Joe Wilson, est le représentant de l’État de Caroline du Sud au sein de la Chambre des représentants, la chambre basse du Congrès américain. Membre du Parti républicain, ce dernier faisait partie d’une délégation américaine qui s'est rendue en Syrie en août dernier pour y rencontrer le président syrien par intérim Ahmad el-Chareh. « J'ai parlé avec des prisonniers politiques syriens incarcérés à la prison de Roumié, emprisonnés par le Hezbollah pour leur simple opposition au régime brutal d'Assad. J'appelle les gouvernements libanais et syrien à mettre en place rapidement un mécanisme de rapatriement des prisonniers politiques syriens vers la Syrie », a-t-il déclaré dans un autre message. Avant d’ajouter : « Le Liban doit également honorer ses engagements envers le président Trump et désarmer le Hezbollah avant la fin de l'année. »
Les détenus ne sont pas censés être en possession de téléphones portables, mais ceux-ci circulent facilement dans les prisons libanaises qui souffrent, entre autres, de surpopulation carcérale.
« L'un des Syriens capturés injustement au Liban »
Cette conversation téléphonique a été rendue possible par l’intervention d’un avocat syrien basé aux États-Unis, Mohammad Ala' Ghanem, qui a salué une « étape historique dans la réalité juridique et politique de la région ». « Le détenu, dont nous taisons le nom, est l'un des Syriens capturés injustement au Liban pour la seule raison de leur soutien à la révolution syrienne. (...) Il a livré un témoignage poignant sur la torture, les accusations fabriquées de toutes pièces et la mainmise du Hezbollah sur le système judiciaire libanais », a écrit l’avocat dans un message sur X.
« Cet appel est une étape positive qui démontre l'intérêt américain pour la question des prisonniers », commente pour L’Orient-Le Jour Mohammad Sablouh, avocat du ressortissant en question qui a été arrêté, selon ses dires, en 2023 par la Sûreté générale dans un campement de réfugiés de Ersal (Békaa). Ce dernier demeure sans jugement depuis son incarcération. « C'est quelqu'un qui travaillait dans la distribution d'aide dans le camp. Puis le jour où il a parlé à des journalistes d'agressions subies par des membres des forces de sécurité libanaises, un dossier a été fabriqué contre lui et ils l'ont arrêté », affirme l'avocat qui défend plusieurs détenus islamistes au Liban.
Me Sablouh dénonce une « détention arbitraire » qui s'inscrit dans une série de « dossiers fabriqués » par l'armée libanaise contre des ressortissants syriens accusés d’affiliation supposée à des mouvements considérés comme « terroristes » au moment de leur incarcération par la justice libanaise, dont Hay’at Tahrir el-Cham (HTC) – l’ex-alliance rebelle islamiste qui a mené l’offensive ayant renversé le dictateur syrien, désormais dissoute par son ancien dirigeant Ahmad el-Chareh. « Une grande partie d'entre eux sont emprisonnés injustement », soutient l'avocat, opposé à l'ancien chef du tribunal militaire Mounir Chehadé, qu'il a accusé d'avoir émis des jugements « sous la pression du Hezbollah ». « Nous avons publié un rapport qui décrit les formes de torture subies par ces détenus, notamment comment des militaires libanais ont forcé des détenus à formuler des aveux, par exemple en amenant les femmes de ces détenus pour menacer de les violer devant eux », affirme-t-il, regrettant « l'absence de réponse du gouvernement et du ministre de la Justice (Adel Nassar, NDLR) » sur la question.
Ni l'armée ni le ministre de la Justice n'étaient immédiatement joignables pour réagir à cette affaire.
La question des détenus syriens au Liban est le principal enjeu d'une potentielle normalisation entre Beyrouth et Damas. Le dossier a été abordé lors de deux visites de délégations syriennes au pays du Cèdre ces dernières semaines, dont la dernière a été dirigée par le ministre syrien Affaires étrangères, Assaad el-Chaïbani, sans qu’aucun accord sur un modus vivendi satisfaisant les deux parties n’ait été trouvé jusqu’à présent.
Tom Barrack prévenu
Les partisans de leur libération dénoncent des « détentions arbitraires » pour des raisons « d'opinions politiques », parmi lesquelles figurent des Libanais. Ceux s'y opposant, dont le gouvernement libanais, rappellent que figurent parmi ceux-ci des individus poursuivis pour meurtres contre des soldats libanais, notamment lors des affrontements de Abra ayant opposé l'armée au groupuscule du cheikh salafiste libanais Ahmad el-Assir. Une audience publique du célèbre chanteur libanais et ex-salafiste Fadl Chaker doit d'ailleurs se tenir le 15 décembre.
Les détenus syriens représentent environ un tiers de la population carcérale du Liban, composée de près de 8 500 prisonniers, selon des estimations d'experts. Environ 270 d’entre eux sont poursuivis par le tribunal militaire pour ces accusations d'appartenance à des « mouvements terroristes » sans pour autant avoir été condamnés, dans la mesure où plus de 80 % de la population carcérale du Liban demeure sans jugement.
Mais alors qu'Ahmad el-Chareh est attendu lundi prochain à Washington, où il doit rencontrer le président américain Donald Trump, la pression déjà appliquée sur le désarmement du Hezbollah pourrait s'étendre au dossier des détenus. « Le député Wilson s'est engagé à travailler en étroite collaboration avec l'ambassadeur Tom Barrack et le président Trump pour faire pression en faveur de la libération de ces Syriens et Libanais détenus injustement », a écrit l'avocat Mohammad Ala' Ghanem.




Le comportement criminel du tandem CPL / HEZB durant la guerre en SYRIE est une tache indélébile dans l histoire récente du LIBAN. Les responsables devraient avoir á repondre devant la justice.
12 h 49, le 07 novembre 2025