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Travaux d’approche

C’est d’une guerre outrageusement asymétrique que cherche à se dépêtrer aujourd’hui l’État libanais : une guerre qu’il n’a jamais voulue (et encore moins livrée) puisque déclenchée en solo par une milice. Or c’est avec des pincettes qu’il soupèse l’offre pressante d’une négociation risquant de s’avérer tout aussi inégale, déséquilibrée, bancale, boiteuse, et néanmoins inévitable. Alors malheur aux vaincus et on n’en parle plus, du moment qu’aucun cadeau, aucun égard pour le respect des lois internationales, aucun égard pour l’amour-propre national n’est à attendre d’un ennemi aussi implacable qu’Israël ?

On n’en est tout de même pas encore là. Pour la deuxième fois en l’espace de quelques jours, le président de la République se prononçait fermement lundi pour des tractations avec l’occupant israélien, l’option de guerre ayant amplement fait ses preuves. Élément nouveau, Joseph Aoun a fait état d’un consensus entre lui-même et les chefs du Parlement et du gouvernement sur la nécessité d’emprunter la voie diplomatique. Le lendemain même le leader chiite Nabih Berry, allié du Hezbollah, tenait à souligner qu’un cadre adéquat existe déjà pour de telles tentatives, à savoir le mécanisme multilatéral chargé de surveiller le cessez-le-feu de novembre dernier. Il se disait toutefois ouvert à l’idée d’intégrer éventuellement à ce comité formé de militaires des civils d’expérience et d’expertise, comme ce fut le cas lors de la délimitation de la frontière maritime. À quoi le chef de l’État surenchérissait sur la nécessité de réactiver ce même mécanisme, assurant que son plaidoyer pour la négociation était un choix national et fédérateur auquel Israël n’a pas encore réagi.

C’est par légères touches en somme que le pouvoir libanais peaufine son inéluctable entrée en négociation. Sera-t-elle directe comme l’exige Washington avec une insistance croissante, Tom Barrack allant jusqu’à inviter Joseph Aoun à attraper son téléphone et faire un coucou à Netanyahu ? Indirectes plutôt, comme le veut un persistant tabou que continue de brandir le Hezbollah ? Toujours est-il qu’à l’heure où les États-Unis multiplient les signes d’impatience, les frappes israéliennes redoublent d’intensité dans le sud du pays, Tel-Aviv se promettant même d’intervenir à Beyrouth si la milice s’obstine à se réarmer.


Cette évocation n’est guère fortuite et elle devrait rafraîchir nombre de mémoires. Dans les annales du conflit de Palestine, notre capitale reste la seule du monde arabe à avoir jamais été occupée par l’envahisseur. Une aussi extraordinaire calamité, survenue en 1982, ne pouvait que susciter le précédent d’une négociation on ne peut plus directe, engagée alors sous les auspices de l’Amérique et dont les rounds se déroulaient tour à tour au Liban et en Israël. L’accord de paix sans le nom qui en résultait l’année suivante n’était guère parfait, c’est vrai, même si notre pays récupérait l’intégralité de son territoire ; or le Liban finissait par le dénoncer sous la violente pression militaire de l’autre occupant, la Syrie.

S’il n’est pas inutile de rappeler ces faits, c’est seulement parce que le Liban, passé spécialiste des occasions perdues, ne serait évidemment que trop heureux de recouvrer une fois de plus la totalité de ses terres. Or le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël ne parle plus que de no man’s land, de zones démilitarisées et de vulnérables secteurs industriels sur le côté libanais de la frontière. L’État hébreu est surtout en position d’exiger désormais rien moins qu’un traité de paix formel et Donald Trump s’obstine à vouloir traîner le Liban aux accords d’Abraham.

En raison de l’énormité des enjeux, c’est à un exceptionnel effort de discernement que sont tenus les responsables, et avec eux l’ensemble de la faune politique. À eux de définir, en fonction des urgences, la mince frontière entre sacro-saint honneur national et puériles tentatives de sauver la face, ou alors de se la voiler. À eux de cesser de confondre hauts principes et contorsions casuistiques : de continuer de crier au tabou alors qu’on a accueilli à bras ouverts et célébré à chaudes accolades le médiateur israélo-américain Hoschstein né à Jérusalem et qui a servi dans les rangs de Tsahal.


Pour directe ou indirecte que soit en définitive la négociation, l’heure n’est plus aux faux-fuyants. Persister à jouer sur les mots c’est laisser le brutal cours des évènements en décider. La coupe n’en serait que plus amère.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com 

C’est d’une guerre outrageusement asymétrique que cherche à se dépêtrer aujourd’hui l’État libanais : une guerre qu’il n’a jamais voulue (et encore moins livrée) puisque déclenchée en solo par une milice. Or c’est avec des pincettes qu’il soupèse l’offre pressante d’une négociation risquant de s’avérer tout aussi inégale, déséquilibrée, bancale, boiteuse, et néanmoins inévitable. Alors malheur aux vaincus et on n’en parle plus, du moment qu’aucun cadeau, aucun égard pour le respect des lois internationales, aucun égard pour l’amour-propre national n’est à attendre d’un ennemi aussi implacable qu’Israël ? On n’en est tout de même pas encore là. Pour la deuxième fois en l’espace de quelques jours, le président de la République se prononçait fermement lundi pour des...