Contrairement à tout ce qui a été dit avant l’arrivée de l’envoyée spéciale américaine Morgan Ortagus au Liban, ses rencontres avec les responsables se sont bien déroulées, « dans un climat de franchise et d’ouverture », selon les termes employés par une personnalité qui suit de près le dossier. Mme Ortagus était en réalité porteuse d’une proposition à mi-chemin entre les exigences israéliennes et la position officielle libanaise. Mais celle-ci reste à étudier soigneusement avant que la partie libanaise ne donne une réponse définitive.
Selon des sources libanaises, le processus des dernières propositions a commencé il y a près de deux mois, lorsque le ministre israélien Ron Dermer, très proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a demandé à la coordinatrice générale des Nations unies au Liban, Jeanine Hennis Plasschaert (qui était en visite en Israël), de sonder les autorités libanaises sur le lancement de négociations directes avec le Liban. À ce moment-là, les Israéliens avaient envoyé au Liban, par l’intermédiaire de l’émissaire Tom Barrack, un document réclamant une zone tampon s’étendant sur 14 localités le long de la frontière, auxquelles ils en ont ajouté par la suite 10 autres.
De retour à Beyrouth, Plasschaert a transmis cette suggestion au président de la République, au président de la Chambre et au Premier ministre, et elle a obtenu la même réponse : le Liban préfère mener des négociations indirectes, dans le cadre de ce qu’on appelle « le mécanisme », autrement dit le comité militaire chargé de surveiller l’application de l’accord entré en vigueur le 27 novembre 2024. Tom Barrack a alors tenté de convaincre les Libanais de changer de position. Le Liban avait répondu par d’autres propositions, et tandis que le pays attendait la visite du diplomate avec des réponses israéliennes, c’est Morgan Ortagus qui est arrivée à Beyrouth avec une idée qui pourrait constituer un compromis.
Avant son arrivée à Beyrouth, une véritable campagne d’intimidation à l’égard des responsables libanais a été lancée, notamment à l’égard du président de la Chambre Nabih Berry, considéré comme le principal obstacle aux négociations directes, parce qu’il s’exprime au nom du tandem Amal-Hezbollah. En effet, pour la première fois depuis des décennies, les critiques étaient adressées directement à Nabih Berry par des parties qui traditionnellement avaient toujours cherché à le ménager, en dépit de leur désaccord sur de nombreux points internes. Dans ce climat de tension et de menaces, la rencontre avec le président de la Chambre était considérée comme la plus importante de l’ensemble des entretiens prévus par Mme Ortagus avec les responsables libanais. Et pour susciter encore davantage la curiosité des médias, la diplomate a demandé qu’il n’y ait ni journaliste ni photographe lors de ces rencontres, et elle a assuré qu’elle ne comptait pas faire de déclaration. Aussitôt, de nombreux analystes en ont conclu que les rencontres, surtout celle avec Nabih Berry, s’annonçaient houleuses. Mais selon des sources proches de Aïn el-Tiné, c’est exactement le contraire qui s’est passé.
Pour certains, ce serait justement parce que la campagne de menaces qui l’avait précédée aurait porté ses fruits, mais pour Aïn el-Tiné, c’est plutôt parce que l’émissaire américaine était porteuse d’une proposition de compromis : celle-ci prévoit de maintenir la communication à travers le mécanisme, auquel on pourrait ajouter des techniciens et des diplomates. Par exemple, elle-même est une diplomate qui assiste aux réunions de cette commission. Il serait donc bon que les Libanais et les Israéliens puissent en faire de même, tout en ayant recours, si le besoin s’en fait sentir, à des techniciens. Il ne s’agirait donc pas d’un comité purement militaire comme le veut le Liban, mais il ne serait pas non plus politique, comme le réclame Israël. D’ailleurs, ce procédé a déjà été utilisé lors des précédentes négociations maritimes, quand les militaires ont fait appel à des techniciens. L’idée pourrait donc être acceptée par le Liban, en raison de l’expérience acquise lors des négociations, menées en 2022, pour définir le tracé des frontières maritimes, sous la houlette de l’émissaire américain de l’époque, Amos Hochstein.
Bien entendu, le Liban, et Nabih Berry en particulier, n’a pas donné de réponse claire, car il existe encore de nombreux points qui devraient être éclaircis. Il s’agit notamment de préciser si les représentants libanais et israéliens doivent s’asseoir face à face sur une même table, ou s’ils restent dans des salles séparées, les caméras faisant le lien indirect entre eux. Cela peut paraître un détail peu important dans un processus qui l’est vraiment, mais au Liban, chaque élément peut faire l’objet d’une polémique en raison de son symbolisme. Toutefois, une fois la décision globale prise, cela ne devrait pas entraver les négociations si l’idée proposée par Morgan Ortagus est acceptée. Mais il ne faut pas oublier que Beyrouth a également des conditions bien connues, comme l'application par Israël de sa part de l'accord du 27 novembre.
Par contre, le véritable problème réside dans l’attitude du Hezbollah à l’égard de cette proposition. Les sources proches de cette formation préfèrent pour l’instant garder le flou quant à sa position, mais elles rappellent que le parti ne s’était pas opposé aux négociations sur les frontières maritimes et qu’il s’est tenu derrière l’État. Aujourd’hui, par la voix de son secrétaire général, Naïm Kassem, le Hezbollah déclare aussi se tenir derrière l’État et il lui laisse l’entière responsabilité de gérer les « violations israéliennes » de l’accord de cessez-le-feu. D’ailleurs, tout en considérant que le tracé récemment adopté par le gouvernement de la frontière maritime avec Chypre n’était pas favorable au Liban, le Hezbollah ne s’y est pas ouvertement opposé. Il se garde la possibilité d’intervenir un jour, s’il le juge bon et surtout si les circonstances le permettent.


scarlette est fidèle à elle-même, immobile sur le quai de l'Histoire alors que son train est déja passé. Les responsables libanais diront qu'ils ont de la résilience (comprenez: statu quo, tourner en rond, tergiverser). Ils vont finir par user la patience de leur interlocuteur et faire payer à ce pauvre peuple le prix de leur irresponsabilité. Mais qu'importe, ils sont bien installés dans leur fauteuil de pouvoir; le peuple complice de son martyr. Quelle dégénérescence !
12 h 04, le 31 octobre 2025