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Culture - En Tournée En France

Mariage reporté pour cause de guerre, un récit de la résilience palestinienne sur les planches françaises

C’est l’histoire d’une fête avortée où la mort et la destruction s’invitent. Et pour cause, nous sommes en Palestine. Mais « Gathering » (Rassemblement) de Samar Haddad King est loin d’être une pièce morbide...

Mariage reporté pour cause de guerre, un récit de la résilience palestinienne sur les planches françaises

« Gathering » de Samar Haddad King est en tournée dans le sud-ouest de la France. Photo Pierre Planchenault

Des oranges jonchent la scène. Une jeune femme interpelle sa mère : « Mum. » « Je suis là » lui répond-elle. La danse se fait chutes et redressements des corps. Autant de leitmotivs qui ponctuent Gathering. Brusquement, la fête emporte tout comme une immense vague de joie qui déferle sur la scène. Les interprètes entament une dabké entraînant avec eux une partie des spectateurs alors que les autres applaudissent en rythme. Les mariés sont hissés sur des épaules. C’est la liesse. Elle ne durera pas.

Ainsi commence le récit d’Israa une jeune femme de 25 ans amoureuse d'Ali et qui rêve de mariage, de voile blanc et d’enfants. Dans ce spectacle qui mêle le théâtre, la musique, le chant et la danse, l’artiste américano-palestinienne, Samar Haddad King, affirme sa foi dans sa culture. Une quinzaine d’interprètes de toutes origines : Palestine, Liban, Turquie, États-Unis, Japon, Taïwan… entraînent le public dans une pièce vibrante et émouvante.

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« Je suis partie de ce récit que j’avais écrit autour d’une jeune femme qui rêve de mariage et ce qui arrive si celui-ci n’est pas réalisé, indique la metteure en scène à L'Orient-Le Jour. Je suis aussi partie de l’idée du rassemblement qui est intrinsèque à la société palestinienne comme à beaucoup d’autres cultures, qu’elles soient arabes ou autres. Pour notre part, il peut s’agir de rassemblements voulus ou bien forcés, que ce soit dans les prisons ou en raison de bombardements, de déplacements. Je me suis inspirée autant des évènements importants comme les mariages, naissances, enterrements que des rassemblements non choisis. »

Le mariage d’Israa n’aura pas lieu. Ali, son promis, est perdu. On le cherche au sein des oranges. Les corps des amoureux sont séparés. Les interprètes tombent sur scène en corps amoncelés où l’on entrevoit des images du carnage de Gaza, même si celle-ci n’est pas nommée. Puis des duos se forment dans une danse tendre, lente. Une échelle est érigée au centre du plateau. On s’y hisse pour en retomber. Les chutes se multiplient mais les corps se redressent chaque fois comme dans la danse traditionnelle de la dabké, faite d’ancrages dans la terre et d’envolées. Comme la vie palestinienne et au Moyen-Orient où il faut sans cesse se relever.

Les corps entremêlés, échos silencieux aux villes effondrées dans "Gathering" de Samar Haddad King. Photo Jeenah Moon
Les corps entremêlés, échos silencieux aux villes effondrées dans "Gathering" de Samar Haddad King. Photo Jeenah Moon

Le blues épouse les incantations palestiniennes

La musique accompagne la danse, des Quatre saisons de Vivaldi où la vie est un cycle sans cesse renouvelé malgré tout, jusqu’au blues magnifiquement incarné par Ash Winkfield, dont la mélancolie épouse les incantations et les chants rituels palestiniens.

Le théâtre, récit serti de poésie, vient couronner le tout. On y entend l’anglais principalement mais aussi l’arabe et le français. Samaa Wakim, merveilleuse interprète et danseuse, endosse le rôle d’Israa. Elle raconte son histoire et lance : « Tant de nos amis n’ont pas eu le temps de vieillir, le pire dans la guerre, c’est qu’elle vole nos rêves. »

La poésie se fait aussi image : une autruche traverse la scène, prend dans son bec le voile blanc de la mariée. « L’autruche est un oiseau très rapide, explique Samar Haddad King, mais il tombe sous les balles des chasseurs et ne peut pas voler. De même, Israa n’arrive pas à décoller. »

L'artiste américano-palestinienne  Samar Haddad King. Photo DR
L'artiste américano-palestinienne Samar Haddad King. Photo DR

Les scènes spectaculaires laissent enfin la place à l’intime. Les artistes se faufilent entre les spectateurs, leur chuchotent des histoires, des rumeurs, le monde bruisse de mille vies.

En vraie rassembleuse, Samar Haddad King abat le quatrième mur et convie l’assemblée dans une fête collective composée de vie et de mort. Un théâtre cathartique. « D’un point de vue artistique, plus les gens participent à un mariage et plus c’est gai, confie la metteuse en scène. Et de cette manière, j’ai le cœur plus léger, je suis en joie, car on sera amené, je l'espère, à jouer un jour à la maison et ce sera une véritable invitation au public palestinien de participer à la fête. »

La pièce a été créée au Théâtre national de Bordeaux au sein du FAB (Festival des Arts de Bordeaux) grâce à une coproduction de huit scènes nationales du sud-ouest de la France où la pièce est en tournée jusqu’à fin novembre.

Angoulême : 18 novembre

Poitiers : 20 novembre

Niort : 22 novembre

La Rochelle : 25 novembre

Aubusson : 27 novembre

Plus d'informations sur le site de la compagnie : Ya Samar Dance Theatre https://ysdt.org/

Des oranges jonchent la scène. Une jeune femme interpelle sa mère : « Mum. » « Je suis là » lui répond-elle. La danse se fait chutes et redressements des corps. Autant de leitmotivs qui ponctuent Gathering. Brusquement, la fête emporte tout comme une immense vague de joie qui déferle sur la scène. Les interprètes entament une dabké entraînant avec eux une partie des spectateurs alors que les autres applaudissent en rythme. Les mariés sont hissés sur des épaules. C’est la liesse. Elle ne durera pas.Ainsi commence le récit d’Israa une jeune femme de 25 ans amoureuse d'Ali et qui rêve de mariage, de voile blanc et d’enfants. Dans ce spectacle qui mêle le théâtre, la musique, le chant et la danse, l’artiste américano-palestinienne, Samar Haddad King, affirme sa foi dans sa culture. Une...
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