Maroun Chammas, Hassan Ezzeddine, Christine Assouad, Georges Karam et Alain Bejjani composent le jury d'investisseurs de l'émission. Photo DR
C’est la grande nouveauté de cette rentrée télé : Shark Tank (Qui veut être mon associé ? en France), débarque sur le petit écran libanais, après avoir été adapté pendant près de 25 ans dans plus de 45 pays. Né au Japon, popularisé au Canada puis aux États-Unis, ce format de téléréalité donne la parole à des entrepreneurs prêts à tout pour convaincre un panel d’investir dans leurs projets innovants.
« Lors d’une rencontre avec le PDG de la LBCI à Dubaï, Pierre el-Daher m’a demandé si le format était disponible pour le Liban », explique le producteur de l’émission Mazen Lahham, fondateur et PDG de Different Productions, qui produit également la version émiratie. Son but ?« Soutenir la jeunesse libanaise. Il faut dire que le timing est parfait, car cette émission est une plateforme excellente à l’heure où le pays manque d’opportunités et que le système bancaire est défaillant. »
« Il s’agit de la plus grande émission de téléréalité consacrée au monde des affaires », promet Mazen Lahham, qui assure que les histoires humaines des entrepreneurs sont bel et bien au centre du programme. « Chacun peut s’identifier aux participants, et toute personne qui rêve d’être indépendante financièrement va découvrir que cela est possible », ajoute-t-il, assurant que le succès de l'émission repose en grande partie sur un jury choisi avec précaution après des mois de recherche. « Il est très important d’avoir des profils divers, tant dans leur personnalité que leurs domaines d’expertise. Il faut aussi réunir des personnes crédibles, au parcours accompli, qui sont disponibles, et qui ne viennent pas pour être vues. »
Des « sharks » bienveillants
Après des mois de préparation et de sélection, le jury final est constitué de cinq investisseurs aux profils complémentaires. Parmi eux, on retrouve Maroun Chammas, figure emblématique du monde de l’entrepreneuriat. À la tête de Berytech depuis 2003, il est connu pour son soutien aux start-up au Liban, même s'il a d’abord hésité à rejoindre l’équipe. « C’est un programme que tout le monde connaît. Mais j’étais soucieux de savoir s’il allait attirer de bons entrepreneurs avec des idées innovantes et des business plans solides. Pour tout dire, le Liban a toujours été en avance en termes d’entrepreneuriat, mais l’économie a subi un énorme choc. Entre 2019 et 2023, plusieurs start-up se sont vues contraintes de mettre la clef sous la porte. Aujourd’hui, Shark Tank prouve la capacité des Libanais à s’adapter et braque la lumière sur des entreprises qui méritent qu’on s’y intéresse. Il va créer un momentum et inspirer. » Pour accepter d’investir, Maroun Chammas observe d’abord l’équipe, ensuite le produit ou service, et enfin le marché. « L’important est de pouvoir nous convaincre en une demi-heure et d’apporter une dimension factuelle, avec des chiffres. Entreprendre est un rêve, une philosophie. Mais c’est aussi des faits. »
Dans un océan de requins…
Des propos partagés par Christine Assouad, PDG et fondatrice de Dunkin Donuts au Liban et de Semsom, représentante du fonds The Tribe Fund qui soutient les start-up libanaises. « J’ai ma check-list, confie-t-elle. Je recherche le vrai but d’un entrepreneur, sa passion, son engagement pour pouvoir naviguer dans les hauts et les bas de l’entrepreneuriat. Il faut qu’il soit en train de résoudre un problème pour ses clients et qu’un marché existe pour ce problème. Il faut aussi qu’il soit flexible et ouvert d’esprit pour évoluer et grandir dans le cycle d’une start-up. » Et d’ajouter : « Le véritable objectif, c’est de travailler sur quelque chose qui crée de la valeur pour la société et de trouver ensuite un moyen de le monétiser. Si la seule motivation est financière, vous risquez de perdre plus que vous ne gagnez au début. »

Un « shark » bienveillant ? Christine Assouad assume l’être. « On m’appelle le dauphin parmi les requins », plaisante-t-elle. « Au fond, nous sommes simplement un groupe de personnes qui veulent donner du pouvoir aux start-up libanaises et les accompagner dans leur parcours. La raison pour laquelle les investisseurs sont parfois perçus de cette manière, c’est que les entrepreneurs ne comprennent pas toujours leur point de vue. Souvent, ces derniers ne font pas assez de recherches et ne se mettent pas à la place de l’innovateur. »
Un suivi professionnel
Une fois le pitch (présentation, NDLR) réussi, et l’investissement accordé, un suivi financier et une vérification préalable approfondie sont assurés hors caméra, pour confirmer les chiffres présentés. Les « sharks » peuvent plus tard retirer leur offre si nécessaire. Ce processus, Georges Karam le connaît bien. Entrepreneur libano-canadien, il apparaît depuis huit ans dans la version québécoise du programme. « Je suis conscient de l’impact que cette émission a eu au Canada et je sais que les histoires de succès vont inspirer les jeunes au Liban, confirme l’homme originaire de Qartaba. « J’ai quitté mon pays en 1990. Je n’avais pas d’argent et ça a été très difficile. Entre la double explosion au port, le Covid-19, la crise bancaire et la guerre, les Libanais, eux, ont dû souffrir davantage. »
Dans le panel des jurés, on retrouve par ailleurs Hassan Ezzeddine, la force motrice derrière de grandes chaînes de distribution libanaises telles que Spinneys et Happy. Pour lui, Shark Tank envoie un message d’excellence sur le Liban depuis la petite lucarne. « C’est un vrai privilège de faire partie de cette émission, de me frotter aux autres ‘sharks’, et d’accompagner des Libanais aux idées nouvelles dans le cadre d’un vrai partenariat, précise-t-il. Pour tout vous dire, je n’ai aucun doute en nos capacités en tant que Libanais. Mais les candidats de Shark Tank sont tout de même impressionnants. Nous avons tellement de capacités capables de redresser notre pays, et ce show va sensibiliser et mettre en lumière de nouvelles entreprises. »
« Même les entrepreneurs qui ne réussissent pas à convaincre les sharks profitent de la médiatisation, explique pour sa part Alain Bejjani, ex-PDG du groupe Majid al-Futtaim, qui complète le quintette des investisseurs de Shark Tank. C’est une plateforme pour mettre en valeur leurs produits, leurs idées. »
« J’attends de voir la réaction du public libanais, poursuit-il. J’espère surtout que les responsables libanais prendront conscience de l’importance de créer un environnement convenable aux start-up. Nous avons besoin d’un ministère ou d’un groupe de travail qui s’y consacre, afin que les entrepreneurs libanais bénéficient des mêmes opportunités que leurs collègues dans d’autres pays. Dans ce pays, l’instabilité contredit toute logique économique. Un entrepreneur pourrait fuir. Sauf que nombre d’entre eux gardent foi en ce pays. Tout comme les candidats de Shark Tank, qui s’arment de courage pour défendre leurs idées et affrontent souvent leur dure réalité avec beaucoup de sarcasmes… »
Shark Tank, dans la version libanaise, est diffusée tous les dimanches soirs à 20h30, sur la LBCI.




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J'ai une idée qui vaut son poids en or!!! Le petit grince: "Dis-moi, une idée ça a du poids??!??"
15 h 42, le 21 octobre 2025