Ali Shamkhani, un haut-conseiller de Khamenei, au cours d'une prise de parole à Téhéran, le 26 septembre 2018. Atta Kenare/AFP
Ali Shamkhani, un haut-conseiller du Guide suprême iranien Ali Khamenei, a répondu à ses détracteurs lundi en hébreu, dans une publication sur X, après une polémique engendrée par la fuite d'une vidéo du mariage de sa fille, célébré l'année dernière. Cette dernière y apparait sans voile et vêtue d'une robe décolletée, dans un pays où la tenue vestimentaire des femmes est soumise à des règles strictes et où le port du voile avait provoqué en 2022 une vague de contestation inédite, ce qui n'a pas manqué de susciter la colère de nombreux iraniens.
« Bande de salauds, je suis toujours en vie », a écrit sur X M. Shamkhani en hébreu, en référence à une citation tirée du film de 1973, « Papillon », avec Dustin Hoffman et Steve McQueen, et qui raconte l'histoire d'un homme qui tente de s'échapper d'une prison. Une manière pour le responsable iranien d'accuser implicitement Israël d'être impliqué dans la fuite de la vidéo du mariage de sa fille, interprète la presse iranienne. M. Shamkhani avait déjà utilisé la même phrase pour s'adresser à Israël après avoir survécu à un raid aérien sur sa maison à Téhéran, lors de la guerre de juin dernier contre Israël, poursuit la presse iranienne. Initialement donné pour mort, le responsable était réapparu lors d'une cérémonie quelques jours plus tard.
La vidéo du mariage de la fille de Ali Shamkhani a été largement critiquée par les Iraniens, tant pour le faste de la cérémonie, alors que de nombreux Iraniens ont du mal à joindre les deux bouts sur fond de sanctions américaines sévères, que pour les tenues féminines légères. Le responsable a été accusé de promouvoir la ligne dure de Khamenei tout en menant une vie différente dans le cercle privé. Lundi, le journal réformiste Shargh a ainsi publié en première page une photo de M. Shamkhani, avec le titre « Enterré sous le scandale », rapporte le New York Times. Amir Hossein Mosalla, journaliste et rédacteur en chef d'une publication politique en Iran, a de son côté déploré sur les réseaux sociaux que la vidéo montrait que « les responsables du régime eux-mêmes ne croient pas aux lois qu'ils soutiennent, ils veulent seulement rendre la vie des gens misérable ».
Les femmes en Iran sont « battues pour montrer leurs cheveux »
Hors d'Iran, des opposants au régime ont également commenté la polémique, comme la journaliste et dissidente en exil Masih Alinejad. Pendant que la fille de Shamkhani a droit à un « mariage somptueux dans une robe sans bretelles », les femmes en Iran sont « battues pour montrer leurs cheveux, tandis que les jeunes n'ont pas les moyens de se marier », dénonce-t-elle. Elle estime que « des millions d'Iraniens » ont été rendus furieux par ces images. « Le message ne pourrait être plus clair : les règles sont pour vous, pas pour eux », critique-t-elle.
En 2022, c'est la mort d'une jeune Iranienne, Mahsa Amini, lors de sa détention par la police des mœurs, après son arrestation pour port trop lâche de son voile, qui avait déclenché des manifestations de grande ampleur, dans tout le pays, contre le régime. Les autorités avaient dissous cette police, mais la répression contre les femmes iraniennes se poursuit malgré tout.
De leur côté, les autorités iraniennes ont pris le parti de M. Shamkhani, assurant que sa conduite était « correcte » lors du mariage et dénonçant une ingérence dans sa vie privée et une « nouvelle forme d'assassinat » intenté par Israël.
Les États-Unis ont imposé des sanctions à Ali Shamkhani et ses fils en 2020. La famille possède et exploite un vaste empire maritime, avec des pétroliers et des flottes, qui contribue au transfert de pétrole de l'Iran et de la Russie vers la Chine. Ses détracteurs l'accusent de tirer profit des sanctions qui ont mis à mal l'économie iranienne et causé des difficultés à la population.



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