Pourquoi le Hamas a-t-il accepté l’accord de Charm el-Cheikh ? Se sent-il vaincu et va-t-il déposer les armes comme le prévoit la seconde étape du plan adopté ? Ces questions se posent dans les milieux libanais, surtout ceux proches de la mouvance du Hezbollah. Face à ces interrogations et aux doutes, exprimés ou tus, le Hamas a organisé au Liban une réunion élargie avec des représentants de différentes factions évoluant dans cette orbite pour expliquer son point de vue.
Le représentant du Hamas au Liban, Ahmad Abdel Hadi, a ainsi choisi d’être entouré de représentants de la plupart des organisations palestiniennes au Liban, dont le Jihad islamique, le Fateh, le Front populaire pour la libération de la Palestine et d’alliés comme le Hezbollah, ainsi que de différentes personnalités religieuses et laïques qui évoluent dans cette mouvance, pour expliquer sa vision de l’accord conclu à Gaza.
Même s’il ne l’a pas dit clairement, M. Abdel Hadi a laissé entendre qu’il est conscient du fait que cet accord soulève beaucoup de questions et suscite de nombreuses interprétations, surtout dans les milieux proches de « la résistance ». Il a en tout cas choisi une date symbolique, celle de l’anniversaire de l’assassinat de Yehya Sinouar, le 16 octobre 2024, pour expliquer à son auditoire comment le Hamas estime avoir réussi à empêcher les Israéliens d’atteindre leurs objectifs à Gaza et contre les Palestiniens, tout en précisant que l’étape actuelle est « encore plus dangereuse » que celle de la guerre.
Si M. Abdel Hadi reconnaît les « énormes sacrifices » encourus, il estime que l’opération Déluge d’al-Aqsa (du 7 octobre 2023) a donné des résultats stratégiques. Avant cette opération, la région se dirigeait vers la liquidation totale de la cause palestinienne, à travers l’extension des accords d’Abraham. À ceux qui font remarquer qu’avant cette opération, la situation était meilleure à Gaza, il a répondu que de toute façon l’enclave était condamnée et, au moins, il y a eu la libération de près de 2 000 prisonniers.
Pour lui, « le Hamas est de toute façon un mouvement de résistance et il est normal que ses actions s’inscrivent dans ce cadre ». Il ne s’agit donc pas d’un projet de pouvoir politique. Mais le Hamas a quand même réussi à empêcher les Israéliens d’atteindre leurs objectifs, il est encore là et c’est son aval qui a été requis pour conclure un accord, se félicite-t-il. « On dit que le coût est élevé, c’est vrai, remarque-t-il. Mais dans le monde arabe, le nombre de martyrs est une fierté, ne parle-t-on pas de l’Algérie comme du pays d’un million de martyrs ? »
Selon lui, la cause palestinienne est revenue en tête de l’actualité et l’image d’Israël a été ternie dans le monde entier. Au point que toute la version israélienne sur le conflit israélo-palestinien est désormais remise en question sur la scène internationale. Les populations du monde entier se sont mobilisées en faveur des Palestiniens. Mais il ajoute qu’il s’agit désormais de conserver ces acquis pour bâtir un projet dans la durée.
Au sujet de l’utilité de l’accord, M. Abdel Hadi a confié que le Hamas aurait voulu qu’il soit conclu bien avant, mais ce sont les Israéliens qui n’en voulaient pas. « Aujourd’hui, c’est le meilleur accord possible », a-t-il précisé. Il s’est empressé d’ajouter qu’il ne sera pas le prélude à une capitulation palestinienne, d’autant que cet accord s’inscrit dans une stratégie américaine, qui veut mettre fin à ce conflit. Selon lui, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, n’a pas eu d’autre choix que celui d’accepter.
À la question du représentant du Jihad islamique qui a demandé si le Hamas a bien lu tous les points de l’accord avant de l’accepter, car certains sont flous, et il a aussi voulu savoir s’il y avait par hasard une annexe secrète à l’accord (comme on le dit pour le Liban), M. Abdel Hadi a répondu : « Il y a certes des divergences concernant la seconde phase de l’accord et la gestion du jour d’après. Mais nous avons préféré ne pas entrer dans les détails, tout en prenant soin de consulter toutes les autres factions palestiniennes avant d’annoncer notre décision. » Il précise également que le président américain a pesé de tout son poids pour que le Hamas donne son accord.
Le mouvement cherche ainsi à faire preuve de souplesse, sans renoncer à ses objectifs. Dans ce cadre, M. Abdel Hadi déclare que le Hamas « ne remettra les armes que face à une autorité palestinienne nationale, digne de ce nom, en mesure de protéger les Palestiniens ».
Le Hamas se félicite même d’avoir obtenu l’aval de Donald Trump dans sa gestion de la sécurité à Gaza. Son principal souci, c’est de renforcer l’unité nationale palestinienne. Le représentant du Jihad est intervenu à ce moment pour demander des explications sur les exécutions de Palestiniens, accusés de travailler pour le compte des Israéliens, qui ont eu lieu ces derniers jours à Gaza. Pour le Hamas, c’était le moyen le plus efficace pour régler cette question.
Enfin, certains des représentants présents ont affirmé que « l’axe de la résistance » est encore là et « il reste en mesure de changer les équations actuelles ». Vraiment ? Entre ce qui s’est dit dans le cadre de cette rencontre et ce qui se dit ailleurs, on dirait que ce n’est pas le même monde...



Ce n’est effectivement pas le même monde. On juge les guerres sur le terrain et pour les malheureux Palestiniens, le terrain n’existe plus. Le criminel natenyahu a profité au maximum d’avoir été attaqué , pour tout casser. A l’évidence , tant à Gaza qu’au Liban la guerre n’était pas la bonne solution. Le prix payé par les populations a été catastrophique. Si malgré tout on peut comprendre la révolte du Hamas, ce n’est pas le cas pour le hezbollah. Personne ne l’obligeait à attaquer lui-même le puissant voisin, sauf on devine qui.
07 h 46, le 18 octobre 2025