Le vice-Premier ministre Tarek Mitri et le ministre syrien de la Justice Mazhar al-Wais, à Beyrouth, le 14 octobre 2025. Photo SANA.
Le vice-Premier ministre Tarek Mitri a annoncé mardi à L’Orient-Le Jour qu’une « première version de l’accord judiciaire » entre le Liban et la Syrie était prête, alors qu’une délégation judiciaire syrienne se trouvait à Beyrouth pour une visite officielle consacrée à la résolution de questions en suspens.
« Nous avons une première version de l’accord qui sera présentée aux autorités respectives », a-t-il déclaré, ajoutant que « la situation des détenus (non jugés) est plus facile à régler » et que « les prisonniers condamnés pour homicide ou en raison des combats contre l’armée libanaise ne seront pas extradés en Syrie ».
Dans le même sens, le ministre libanais de la Justice Adel Nassar, qui a rencontré son homologue syrien Mazhar al-Louais al-Wais et la délégation, a précisé : « L’accord avec la Syrie ne concerne pas les personnes impliquées dans des combats contre l’armée libanaise. J’ai également discuté avec mon homologue des assassinats qui ont eu lieu au Liban sous l’ancien régime. »
Au cours de la réunion, qui a duré environ deux heures selon le ministère libanais de la Justice, ce dernier a indiqué dans un communiqué que « des avancées très importantes ont été réalisées concernant la rédaction d’un projet d’accord judiciaire entre le Liban et la Syrie ». Le texte précise que les deux parties ont convenu de « soutenir la commission de suivi sur le dossier des disparus de force », de « remettre toutes les informations en possession de la Syrie sur les opérations de sécurité survenues au Liban sous le régime précédent, notamment les assassinats politiques » et de « rechercher les fugitifs de la justice libanaise se trouvant en Syrie pour les remettre aux autorités libanaises ». Le ministère a souligné que ces progrès résultent d’initiatives entamées le mois dernier et se poursuivront dans le cadre de nouvelles rencontres.
Commentant la visite syrienne, M. Mitri a jugé la rencontre « très positive » et indiqué que « la délégation avait demandé à se rendre à la prison de Roumieh pour s’enquérir sur la situation de certains détenus ». Les réunions des comités devraient se poursuivre à Damas, tandis que l’ambassadeur du Liban Henry Kassoun devrait prochainement prendre ses fonctions dans la capitale syrienne, et que Damas nommera bientôt un chargé d’affaires à Beyrouth.
Selon des propos rapportés par l'agence officielle syrienne Sana, le ministre syrien Mazhar al-Wais, a affirmé que les positions des deux pays étaient « étroitement alignées » et que les discussions se déroulaient dans le cadre légal approprié.
Le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad el-Chaïbani avait rencontré vendredi à Beyrouth plusieurs hauts responsables libanais, dont son homologue Joe Raggi et le président de la République Joseph Aoun. Selon des informations obtenues par L’Orient-Le Jour, la Syrie a demandé la libération de tous ses ressortissants détenus au Liban. Les autorités libanaises ont répondu que cela n’était pas possible immédiatement pour des raisons judiciaires et que la procédure devait suivre les voies légales. Le ministre libanais de la Justice a insisté sur la nécessité d’un accord judiciaire conjoint nécessitant une loi votée par le Parlement, tandis que le Premier ministre a proposé un mécanisme rapide ne requérant pas son aval. M. Chaïbani avait alors souligné l’urgence de libérer les détenus dans les prochains jours, ou, à défaut, au moins 500 d’entre eux. Le Liban a cependant précisé qu’il ne pouvait libérer un tel nombre et qu’il fallait procéder par étapes, avec des groupes restreints, en suivant le parcours judiciaire obligatoire. Un responsable judiciaire libanais, souhaitant rester anonyme, a indiqué à l’AFP qu’environ 2 250 Syriens étaient détenus dans les prisons surpeuplées du pays.


