Les images de samedi à Beyrouth et de lundi à Charm el-Cheikh résument les contradictions de la situation dans la région. Au Liban, à partir de la Cité sportive, le Hezbollah a donné une image de force et de cohésion en mobilisant 74 000 jeunes (selon les chiffres donnés par le Hezbollah) prêtant un serment de fidélité et de loyauté à Hassan Nasrallah. Deux jours plus tard, en Égypte, le président américain Donald Trump a réuni les représentants d’une vingtaine de pays pour saluer l’aube d’un jour nouveau au Moyen-Orient, celui de la « paix », selon ses propres termes.
Pour Trump, cela ne fait aucun doute : la région est à la veille d’un grand changement qui mettra un terme à un conflit vieux de plus de 70 ans. Et ce grand changement, c’est lui qui l’a initié, avec son plan en 20 points, destiné à mettre un terme à la guerre à Gaza depuis plus de deux ans. D’ailleurs, les présents à Charm el-Cheikh ont tous salué cet « homme de paix » qu’est Donald Trump, chacun essayant de contribuer, selon ses idées et ses moyens, au grand changement en cours.
Pendant ce temps, au Liban, ce sont les images des dégâts causés par les bombardements israéliens et celles du défilé des jeunes proches du Hezbollah à la Cité sportive qui restaient à la une des médias. Le Liban serait-il donc en dehors des changements en cours dans la région ? Le Hezbollah est-il conscient de ce qui se passe autour de lui, ou bien se réfugie-t-il dans ces cérémonies pour ne pas avoir à faire face à une réalité qui ne va pas dans le sens de ses objectifs, voire de sa raison d’être ?
Du côté de cette formation, on est plutôt discret sur les raisons de l’organisation de la cérémonie de la Cité sportive, ainsi que sur l’interprétation que l’on pourrait en faire. Selon des sources du parti, cette cérémonie était prévue dans le cadre de la commémoration du premier anniversaire de l’assassinat de ses deux anciens chefs, Hassan Nasrallah et Hachem Safieddine, pour montrer que l’influence de ces deux hommes s’étend sur plusieurs générations. Ce message s’adresse à tous ceux qui veulent en finir avec le Hezbollah et cherche à démontrer qu’il ne suffit pas de tuer les combattants pour éliminer son influence, celle-ci étant bien plus importante qu’on ne le croit. En même temps, l’affluence à cette cérémonie montre que tous ces jeunes qui aujourd’hui n’ont pas l’âge de porter les armes sont prêts à le faire un jour si le besoin s’en fait sentir.
Pourtant, au moment de lancer cette cérémonie, les organisateurs savaient déjà que la rencontre de Charm el-Cheikh allait avoir lieu et qu’elle serait l’occasion d’annoncer clairement le début d’une nouvelle phase pour la région. Selon des sources proches du Hezbollah, il y aurait eu un débat pour savoir quel pourrait être l’impact de cette cérémonie dans un tel contexte. Y avait-il un risque qu’elle soit interprétée comme un signe que le parti se prépare à une nouvelle confrontation avec les Israéliens ? Et, par conséquent, cela ouvrirait-il la voie à de nouvelles critiques contre lui, sous prétexte que cela pourrait donner une raison à Israël d’agir ? Finalement, il a été convenu de maintenir la cérémonie, d’une part parce que le fait de l’annuler aurait été interprété comme un signe de faiblesse, et d’autre part parce qu’il était trop tard pour y renoncer après tous les préparatifs déjà accomplis.
D’autant que le Hezbollah ne croit pas nécessairement au climat de paix que le président américain cherche à répandre, sachant qu’il y a déjà eu, au moins depuis Oslo (1993) et la Conférence de Madrid (1991), plusieurs tentatives en ce sens qui n’ont pas abouti à cause des Israéliens eux-mêmes. À ces occasions, le Hezbollah était resté prêt à une nouvelle confrontation.
Par contre, l’élément nouveau dans cette cérémonie, c’est que le Hezbollah cherche à se donner une nouvelle image. Il n’est plus seulement un groupe armé avec ses unités de commandos et ses armes. Il a plutôt cherché à montrer qu’il est aussi une grande organisation dotée d’institutions civiles, éducatives et sociales. Il cherche ainsi à élargir son impact sur la société en se présentant comme une organisation à plusieurs volets et multifonctions, dont les armes ne sont qu’un aspect. Est-ce une façon détournée de commencer à ouvrir une nouvelle page au moment où on le presse de remettre ses armes à l’État ? Les responsables du parti ne répondent pas directement à cette question, mais laissent entendre qu’ils restent prêts à toutes les éventualités.



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Encore et encore, ces miliciens vendus et leurs acolytes ne savent plus quoi inventer pour essayer de cacher leur absurdité aussi bien que leur impuissance ou plutôt leur puissance en papier!
19 h 25, le 15 octobre 2025