Un générateur de quartier dans les rues de Jounieh (Kesrouan). Photo d'illustration Philippe HAGE BOUTROS/L'Orient-Le Jour
Le Rassemblement des exploitants des générateurs privés, une association regroupant certains parmi les propriétaires des groupes électrogènes de quartiers, a appelé durant le week-end à la mise en place d’un « véritable partenariat » avec l’État libanais afin de fournir de l’électricité « 24 h sur 24 ». et de « réduire la facture finale des usagers », en participant notamment à la collecte des factures d’Électricité du Liban (EDL).
« Nous ne remplaçons pas l’État, mais comblons son déficit en matière d’approvisionnement en électricité », a déclaré le Rassemblement, via son président Abdo Saadé, dans un communiqué. « Le Rassemblement a toujours tendu la main aux ministères de l’Énergie et de l’Économie, ainsi qu’à EDL, afin d’organiser un partenariat (...) notamment pour l’approvisionnement en mazout à des prix étudiés et préférentiels, et pour que l’État achète l’énergie produite par les générateurs privés et la distribue aux Libanais à un tarif approprié », a assuré Abdo Saadé.
« Contribuer à alimenter les caisses de l'État » libanais
« Dans le cadre de ce partenariat, les propriétaires de générateurs assureraient la perception des factures selon des tarifs fixés par EDL et le ministère de l’Énergie », a-t-il proposé, indiquant que « les générateurs privés perçoivent environ 95 % des factures, contre seulement 40 % pour EDL ce qui contribuerait à alimenter les caisses de l’État ». Abdo Saadé a précisé avoir eu pendant le week-end un entretien téléphonique « très positif » avec le ministre de l’Économie et du Commerce, Amer Bsat, sans plus de détails. Contacté, le service de presse du ministère n'était pas en mesure de nous en dire plus.
Si les tarifs des générateurs sont fixés par le ministère de l’Énergie à la fin de chaque mois, ce sont les contrôleurs dépêchés par celui de l’Économie qui se chargent de vérifier leur application. Le ministère a renforcé les contrôles ces dernières semaines pour contraindre les exploitants qui n’ont pas encore installé de compteurs chez leurs clients à s’exécuter, comme le prévoit une décision prise à la fin des années 2010, et à respecter les tarifs.
Contactée, une source à EDL a indiqué que le taux de collecte avancé par Abdo Saadé était inexact, tout en reconnaissant que le fournisseur public percevait les factures avec plusieurs mois de retard. Selon les régions, les abonnés sont actuellement sollicités pour régler leurs factures des mois de janvier et février, ou de mars et avril, ajoute la source.
Absence de réactivité d'EDL face aux branchements illégaux
EDL émet les factures, mais la collecte est assurée par quatre prestataires privés, qui se partagent le territoire depuis des années. Selon une source au sein de l’une de ces entreprises, le chiffre avancé par les exploitants correspond à celui des pertes techniques et non techniques (les vols). « Le taux de collecte varie en fonction des régions. Il est presque à 100 % dans certaines, comme au Kesrouan ou au Metn, mais beaucoup plus bas dans d’autres zones plus difficiles, à l’image du Akkar, du Hermel et de la banlieue sud de Beyrouth », indique-t-elle.
Elle souligne également, entre autres problèmes, que les prestataires doivent composer avec les branchements illégaux et se plaint de l’absence de réactivité d’EDL lorsque des signalements leur sont soumis. Elle conclut en indiquant que le taux de collecte des factures des générateurs est si élevé parce que ces derniers menacent de couper directement le courant en cas de retard ou de contestation, et que les abonnés n’ont virtuellement aucun recours en cas de décision injuste à leur égard. Couper le courant à un abonné qui ne paie pas ses factures à EDL est beaucoup plus compliqué, même si c’est possible.
Abdo Saadé a enfin fait valoir l’argument, brandi à plusieurs reprises ces dernières décennies par ses pairs, selon lequel les propriétaires de générateurs auraient comblé le vide laissé par EDL et assureraient une mission de service public. Un argumentaire qui fait toutefois l’impasse sur plusieurs éléments, dont le fait que ces exploitants ont agi pendant des années hors de tout contrôle, pratiquant des prix prohibitifs et bénéficient souvent de la protection de partis politiques ayant des intérêts dans l’importation d’hydrocarbures, de générateurs et d’équipements connexes.
La réforme d'EDL a été, elle aussi, bloquée pendant des décennies par les tiraillements politiques, comme en témoigne la crise des journaliers qui a agité l'office autonome de 2012 à 2014. Il a enfin fallu attendre la crise de 2019 pour que les décideurs se résolvent trois ans plus tard à ajuster les tarifs d'EDL aux prix du marché, alors qu'ils étaient fixés depuis 1994 sur la base d'un baril à 23 dollars, empêchant toute possibilité pour le fournisseur public de se financer sans avances du Trésor.



Personne n’a réussi à nous expliquer comment les propriétaires des générateurs arrivent à bénéficier d’hydrocarbure qui soit disant manque à l’état pour assurer l’électricité H/24? Soit le pays manque d’hydrocarbure et c’est valable pour tous, soit ils font leur chou gras sur notre dos en jouant une fois de plus avec nos vies. On ne parle pas des rétributions que ces mafieux versent à l’état et qui ont abusé du silence des citoyens qui n’avaient d’autre choix que de payer leurs factures exorbitantes pour engraisser les mêmes dépourvus de toute conscience, au pouvoir comme ailleurs.
10 h 45, le 15 octobre 2025