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Campus - Entretien

L’intelligence artificielle, nouveau défi des universités du Moyen-Orient

L’AUF vient de lancer deux grands projets autour du numérique et de l’employabilité. Explications de Jean-Noël Baléo, son directeur régional.

L’intelligence artificielle, nouveau défi des universités du Moyen-Orient

Jean-Noël Baléo, directeur régional de l’AUF pour le Moyen-Orient. Photo AUF

En quoi le projet de l’AUF « Soutien à l’intégration de l’IA dans l’enseignement supérieur au Moyen-Orient » répond-il aux défis actuels des universités du Moyen-Orient ?

Parmi les nouveaux défis des universités figure la transition numérique à l’heure de l’intelligence artificielle (IA). Il existe une forte disparité entre les pays et entre les établissements. Au Moyen-Orient, les pays du Golfe sont plus avancés que les autres. L’AUF a identifié un manque en matière de formation à l’IA dans les facultés non techniques, c’est-à-dire celles autres que l’informatique ou l’ingénierie. Or, cette compétence est désormais essentielle pour garantir l’employabilité des étudiants dans de nombreux métiers.

Ainsi, dans l’économie formelle du Moyen-Orient, nous allons identifier les secteurs et les professions pour lesquels les cursus actuels préparent insuffisamment les étudiants aux compétences nécessaires. En parallèle, les établissements ont du mal à encadrer l’usage de l’IA générative par les étudiants, et nous enregistrons une forte demande de formation des enseignants.

Le projet est intégralement financé par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, et les universités bénéficiaires ont été choisies en concertation entre l’ambassade de France et l’AUF. Pour le Liban, ont été retenus l’Université libanaise, le CNAM, l’Université antonine, l’Université La Sagesse, l’Université al-Kafa’at et l’Université Notre-Dame.

Quels sont les objectifs de ce projet ?

S’étendant jusqu’à fin 2026, le projet vise sur le plan pédagogique à accompagner les universités dans l’intégration rationnelle et éthique des outils de l’IA dans leurs facultés.

Nous allons entraîner une centaine de formateurs, issus d’une douzaine d’universités de la région, qui à leur tour formeront environ 2 700 professeurs aux usages pédagogiques des outils d’IA.

Sur le plan de l’insertion professionnelle, l’autre volet consiste à identifier les métiers les plus impactés par l’IA, dans les secteurs les plus porteurs au Liban, en Palestine et en Égypte, pays concernés par le projet.

Seront ainsi définies les compétences et connaissances prioritaires que les étudiants doivent acquérir pour entamer leur carrière, et qui ne sont pas encore intégrées aux cursus, hormis dans les facultés d’informatique.

Pouvez-vous nous présenter le projet EUSEEDS que vous venez de lancer également ?

Le projet EUSEEDS, pour Enable, Upgrade and Spread Employability, Entrepreneurship and Digital Skills of the Eastern Mediterranean Youth Through Dedicated University Centers, est financé par l’Union européenne dans le cadre du programme Interreg NEXT MED. Il a pour objectif de renforcer l’esprit entrepreneurial des jeunes et leurs compétences numériques, afin de favoriser leur insertion professionnelle. Les pays bénéficiaires sont le Liban, la Palestine, l’Égypte, la Jordanie et Chypre, le projet comptant également un partenaire français.

Un appel à candidatures sera lancé très prochainement pour sélectionner vingt universités réparties sur les cinq pays. Avec ses partenaires, l’AUF les accompagnera dans la création ou la consolidation de centres universitaires d’employabilité, qui délivreront des services internes, des formations à destination de milliers de jeunes sur les thèmes du numérique, de l’employabilité et de l’entrepreneuriat étudiant, tout en mettant en place un incubateur.

Le projet prévoit des formations pour une centaine de formateurs dans l’ensemble des universités bénéficiaires. Bien que le projet dure trois ans, notre ambition est de créer des centres pérennes.

En outre, EUSEEDS a une forte vocation sociale, qui guidera la sélection des universités, notamment dans les régions défavorisées comme le Liban-Nord ou affectées par des conflits comme le Liban-Sud et la Békaa, entre autres.

Dans ce projet, les universités devront aussi proposer des services à la communauté assurés par les étudiants, sous la forme de programmes d’alphabétisation numérique.

Quels sont les besoins prioritaires actuels du système éducatif libanais que l’AUF prévoit d’accompagner cette année ?

Le système universitaire libanais est sorti de la phase aiguë de crise, mais les besoins structurels demeurent. Nous continuons d’y répondre entre autres par la coopération scientifique et universitaire, le soutien aux départements de français, ainsi qu’à toutes les filières francophones.

Parallèlement, l’AUF œuvre depuis des décennies pour soutenir la transition numérique des universités. Après l’étape du numérique à distance, vient désormais celle de l’intégration de l’intelligence artificielle. L’insertion professionnelle et l’entrepreneuriat étudiant demeurent également des priorités.

Mais au-delà des thématiques sectorielles, c’est surtout la méthode de travail de l’AUF qui évolue.

Qu’est-ce qui a marqué 2025 pour l’AUF ?

2025 est une année charnière pour l’AUF. D’un point de vue statutaire, au cours de l’assemblée générale qui se tiendra prochainement à Dakar, nous procéderons au renouvellement des instances et de la stratégie, tout en maintenant la continuité des axes développés.

C’est aussi une année de transition budgétaire, marquée par la baisse des subventions gouvernementales. Depuis des décennies, au Moyen-Orient, l’AUF finançait des projets et microprojets sur ses fonds propres, mais ceux-ci seront désormais en diminution, alors que monte fortement en puissance notre capacité à orchestrer de grands projets structurels et à impact au bénéfice des universités et des étudiants, financés par des bailleurs internationaux, comme ceux que nous venons d’évoquer.

L’AUF conserve son atout de plus grand réseau universitaire mondial, doté d’un vaste réservoir d’expertises et d’une forte capacité opérationnelle pour conduire des projets ambitieux.

Quels ont été les moments-clés de l’année écoulée ?

Pendant la guerre israélienne contre le Liban, malgré les conditions difficiles, nous avons maintenu nos activités et gardé nos bureaux ouverts, même si certains événements prévus à Beyrouth ont dû être annulés. Avec le cessez-le feu, toutes les activités ont été reprogrammées, ce qui a donné lieu à une période particulièrement dynamique au premier semestre. Nous avons par exemple organisé des événements littéraires à Beyrouth et à Tripoli au printemps, ainsi qu’une rencontre regroupant 75 départements de français issus d’une quinzaine de pays du Moyen-Orient y compris le Soudan, le Yémen et la Palestine, en présence de spécialistes venus de France, de Belgique et du Canada.

Alors que certains départements de français peinent à recruter, nous avons travaillé sur l’employabilité, l’attractivité de la langue française, l’usage de l’intelligence artificielle et la modernisation des formations francophones. Nous avons aussi clôturé un important projet de mise en place de cliniques juridiques, financé par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères.

Enfin, un moment fort de 2024 fut la création du prix scientifique AUF Dolla Karam Sarkis, destiné à récompenser de jeunes chercheurs libanais. Décerné pour la première fois en février 2024, ce prix honore la mémoire d’une grande scientifique libanaise qui a largement contribué à la coopération avec l’AUF pendant près de vingt ans. L’édition 2025, déjà lancée, verra la remise des prix aux deux lauréats le 15 octobre, en présence du recteur de l’AUF.

En quoi le projet de l’AUF « Soutien à l’intégration de l’IA dans l’enseignement supérieur au Moyen-Orient » répond-il aux défis actuels des universités du Moyen-Orient ? Parmi les nouveaux défis des universités figure la transition numérique à l’heure de l’intelligence artificielle (IA). Il existe une forte disparité entre les pays et entre les établissements. Au Moyen-Orient, les pays du Golfe sont plus avancés que les autres. L’AUF a identifié un manque en matière de formation à l’IA dans les facultés non techniques, c’est-à-dire celles autres que l’informatique ou l’ingénierie. Or, cette compétence est désormais essentielle pour garantir l’employabilité des étudiants dans de nombreux métiers.Ainsi, dans l’économie formelle du Moyen-Orient, nous allons identifier les secteurs et les...
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