Critiques littéraires

Yara el-Ghadban : Une utopie au cœur de la tragédie


Yara el-Ghadban : Une utopie au cœur de la tragédie

La Danse des flamants roses de Yara el-Ghadban, Mémoire d’encrier, 2024, 281 p.

Romancière et anthropologue d’origine palestinienne, Yara el-Ghadban vit à Montréal. Son quatrième roman qui paraît chez Mémoire d’encrier, comme les précédents, raconte la naissance d’une utopie qui prend corps autour de la Mer Morte, en Palestine. L’autrice imagine en effet que la mer s’est évaporée et qu’une terrible maladie, dite maladie du sel, dévore la région et menace la terre entière. Au début, ce sont les ouvriers qui sont atteints. Ils viennent des centres de détention et sont prisonniers, réfugiés ou sans-papiers. Puis les touristes et les employés des stations balnéaires sont rattrapés par le mal, tout comme les bédouins et les villageois. Mais c’est seulement quand les premiers colons montrent des symptômes de la maladie que l’État s’alarme enfin et que le système de santé publique se met en ordre de marche. Mais malgré toutes les mesures d’urgence prises, la maladie continue son avance imperturbable… Jusqu’au jour où des flamants roses arrivent et s’installent dans ce qui reste de mer, tout en se nourrissant de saumure. Puis c’est la naissance d’Alef, fils d’une botaniste palestinienne et d’un rabbin israélien, qui ouvre une nouvelle page dans cette histoire. C’est lui qui raconte, vingt ans plus tard, comment un certain nombre de personnes, guéries de la maladie, ont recommencé à vivre dans cette vallée en oubliant à leur tour le monde qui semblait les avoir oubliées. Son récit à la première personne est émaillé de nombreux dialogues et de textes poétiques, énigmatiques ou incantatoires. Parfois, des passages en arabe s’invitent dans le récit ; ils sont suivis de leur traduction : « Ne pourrais-tu éteindre une lune ? Ne pourrais-tu éteindre une seule lune que je m’endorme ? Que je m’endorme un moment sur tes genoux et que se réveillent les mots. »

El-Ghadban compose ici une étonnante fable d’anticipation où résonnent les échos brûlants de la tragédie palestinienne. Mais elle écrit dans le même temps une sorte de chant de la terre, interrogeant les catastrophes écologiques, la prédation systématique de la nature et du vivant, la civilisation humaine qui va vers la catastrophe. Elle tente de mettre en place les éléments d’un monde nouveau, pensé de manière poétique. « Nous avons appris à vivre avec la fragilité de la terre et les humeurs intempestives de l’eau. Nous avons appris à veiller sur les vivants comme ils veillent sur nous. (…) Être vivant parmi les vivants c’est aussi être mort parmi les morts. Nous sommes proie prédateur proie. » Un roman méditatif d’une grande originalité qui a obtenu le Prix Mare Nostrum 2024.

Yara el-Ghadban au festival

La soirée Walaw !, concert-dessiné, vendredi 24 octobre à 21h, Métro al-Madina.

Écrire la Palestine, table ronde avec Pierre Haski, Yara el-Ghadban et Wilson Fache, samedi 25 octobre à 14h, ESA (Grande Scène).

La Danse des flamants roses de Yara el-Ghadban, Mémoire d’encrier, 2024, 281 p.Romancière et anthropologue d’origine palestinienne, Yara el-Ghadban vit à Montréal. Son quatrième roman qui paraît chez Mémoire d’encrier, comme les précédents, raconte la naissance d’une utopie qui prend corps autour de la Mer Morte, en Palestine. L’autrice imagine en effet que la mer s’est évaporée et qu’une terrible maladie, dite maladie du sel, dévore la région et menace la terre entière. Au début, ce sont les ouvriers qui sont atteints. Ils viennent des centres de détention et sont prisonniers, réfugiés ou sans-papiers. Puis les touristes et les employés des stations balnéaires sont rattrapés par le mal, tout comme les bédouins et les villageois. Mais c’est seulement quand les premiers colons montrent des symptômes...
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