Comment décrire le dernier-né de Nada Abillama-Masson, son dernier livre intitulé Un exil nommé Parkinson. Tenir... Séparément, ensemble aux éditions Chronique sociale ?
Un livre témoignage qui, pour le moins qu’on puisse dire, retrace un récit bouleversant avec la souffrance et l’épreuve qui unissent les lecteurs. Des personnes qui ont été touchées de près par une grave maladie bien particulière, la maladie de Parkinson. Touchées de près dans leur propre corps ou bien à travers celui d’un proche.
Nada retrace, non pas sans émotion, mais avec courage et persévérance (malgré les moments de découragement légitime et quelquefois de rage et d’emportement, pour appeler les choses par leurs noms), avec une grande sincérité et beaucoup de précision, le parcours par lequel elle est passée, bon gré mal gré, avec ses deux enfants (en bas âge, lors du début de cette pathologie redoutable), depuis le moment où ils ont appris la triste nouvelle de la maladie pernicieuse dégénérative de Christophe. La maladie du conjoint d’une part et celle du père de famille d’autre part.
L’auteure a escorté, avec ses deux enfants, cette maladie de près, depuis le fameux jour où elle s’est déclarée et révélée. Une date fatidique charnière, un avant et donc malheureusement un après. Le jour où cette famille a appris la lugubre nouvelle tombée sur leur tête comme un couperet. Ce qui n’est pas facile à vivre, ni à mener, ni à gérer, ni à assister. C’est toute la vie de la maison et de la famille qui doit nécessairement changer de fond en comble, surtout lorsqu’il s’agit d’un père. Lui qui est d’ordinaire la source de confiance et de sécurité morale et matérielle pour son épouse et surtout les enfants. Ces enfants pour qui le paternel doit obligatoirement être le roc solide sur lequel ils peuvent s’appuyer lors des vicissitudes imprévisibles de la vie et qui doit toujours veiller à leur épanouissement physique, moral, intellectuel et social.
Un drame familial qu’il faut à tout prix, tant bien que mal, gérer, dans la mesure du possible, avec ses épreuves, ses rebondissements, ses questions souvent sans réponses, ses frustrations et ses colères compréhensibles.
C’est pour dire que derrière ce livre il y a une forte et douloureuse épreuve et notamment beaucoup de larmes.
Et chaque larme sincère qui sort du fond du cœur, n’est-elle pas, en soi, une prière ?
Et là, je ne peux que reprendre les paroles mêmes de l’auteure. Des paroles criantes d’objectivité, de réalisme, de sincérité qui sortent d’un cœur blessé et qui cachent, en même temps, toute l’amertume, le désarroi et la rancœur qui découlent de ces aléas impénétrables de l’existence. « La maladie de Parkinson est une pieuvre qui vous tient pour ne plus vous lâcher. Elle vous serre jusqu’à l’étranglement et vous infiltre son venin. Une meurtrissure qui dévore corps et âme. Elle fait de vous sa chose et vous réduit à néant. Je témoigne pour rendre à cet homme, mon mari, toute sa dignité et sa noblesse. Malgré cette saloperie qui l’enserre, il est des moments où sa présence est extraordinaire. Que les mains qui s’occupent de lui n’oublient jamais qu’il dépend d’elles. Que sa vulnérabilité ne soit jamais objet de soins, mais sujet de considération. Je témoigne dans un hurlement d’amour à mes trésors. Malgré leur jeune âge au moment où le séisme nous emporte, ils ont appris à capturer chaque rayon de soleil. Je témoigne pour que notre douleur puisse servir à tous ceux qui, dans le silence de la leur, s’autorisent une parole libératrice. Je témoigne pour tordre le cou au déni. Je témoigne pour jeter aux orties cette culpabilité nauséabonde qui nous colle à la peau. Je témoigne pour faire de chaque jour un jour nouveau ».
Que pouvons-nous encore ajouter à ces paroles révélatrices, à ce langage expressif affligeant, qui dénotent de beaucoup de sensibilité profonde, de trop de douleur, avec en même temps la présence d’une remarquable lueur d’espoir ? Une lueur d’espoir, dans l’allusion à un jour nouveau, qui, très souvent, dans le parcours parsemé d’embûches de la vie, se fait hélas, cruellement attendre.
Merci Nada pour ton courage et surtout parce que tu as osé braver le silence du « non-dit » en nous plongeant dans un quotidien tumultueux d’émotions, d’endurance, de hauts et de bas... Sans oublier la petite étincelle d’espérance qui t’est propre et qui te colle à la peau.
Michel Antoine AZAR
Avocat à la Cour
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