L'une des grues géantes qui ont été installées sur le terminal à conteneurs du port de Tripoli le 21 mai 2023. Photo Philippe HAGE BOUTROS/L'Orient-Le Jour
Depuis plusieurs semaines, les opérations de dédouanement des marchandises déchargées au port de Tripoli, au Liban-Nord, tournent au ralenti.
Lors d’un entretien au Grand Sérail avec le Premier ministre Nawaf Salam, le député de Tripoli, Achraf Rifi, a indiqué que 2 700 conteneurs étaient coincés dans le port. Contacté par L’Orient-Le Jour, le ministre des Finances, Yassine Jaber – la Direction générale des douanes étant rattachée à son ministère – a rejeté ce chiffre, indiquant qu’il était plus proche de 400 actuellement et que la situation allait se décanter. Une source au port a confirmé l’estimation fournie par le ministre et assuré que la question était indépendante des transporteurs et ne concernait que les douanes.
Yassine Jaber a expliqué à L’Orient-Le Jour que tout avait commencé début septembre. Au moins deux saisies de marchandises illégales – de la cocaïne et des médicaments de contrebande – ont eu lieu au port de Tripoli dans le cadre d’opérations lancées par les autorités, qui ont mis les bouchées double notamment pour lutter contre le trafic de drogue sous la pression des pays arabes. « Lors de la saisie de médicaments, des éléments ont permis de déterminer qu’un des inspecteurs des douanes en service facilitait des fraudes lors des opérations de dédouanement », a ajouté le ministre.
La décision a alors été prise par la Direction générale des douanes de renforcer les contrôles au port de Beyrouth et au port de Tripoli. La problématique consistait à inspecter de façon accrue les conteneurs déjà déchargés et ceux qui seraient livrés entre-temps.
Contrôles manuels
« Le seul scanner dont sont équipés les inspecteurs des douanes au port de Tripoli est un modèle ancien et peu efficace. C’est pour cette raison que j’ai demandé à ce que certains conteneurs, identifiés selon des critères définis à l’avance, soient ouverts et contrôlés manuellement », affirme le ministre. Il assure avoir également affecté, au cours des derniers mois, deux nouveaux inspecteurs pour aider les cinq déjà présents. « Ce resserrement a toujours été considéré comme une mesure temporaire en attendant l'arrivée des nouveaux scanners, qui doivent être déployés en octobre », ajoute le ministre. Ces appareils sont capables d’inspecter 60 conteneurs par heure - contre 40 au plus pour les actuels - et de stocker les images collectées.
Sur place, les opérations ralentissent au point de ne plus avancer du tout. Un transporteur, souhaitant s’exprimer sous anonymat, a indiqué que certains clients attendaient depuis des semaines de pouvoir disposer de leurs conteneurs arrivés au quai. Dans la presse et sur les réseaux sociaux, le ministre est accusé d’avoir complètement bloqué les opérations de dédouanement au port de Tripoli. « Cette volonté de déformer la réalité est typique des tactiques des contrebandiers », déclare le ministre à notre publication.
Jeudi, il a décidé de s’exprimer publiquement sur le sujet : « Suite à plusieurs rapports des services de sécurité faisant état de dysfonctionnements dans le port et de saisies de marchandises illégales, le ministre a demandé à la Direction générale des douanes de renforcer les inspections des conteneurs suspects et de vérifier leur contenu avant leur sortie du port, afin de s’assurer que les cargaisons correspondent aux déclarations et de sanctionner les infractions », souligne un communiqué.
« Certains activistes sur les réseaux sociaux mènent des campagnes qu’ils tentent de présenter sous un angle confessionnel et sectaire, affirmant que le ministre des Finances aurait suspendu l’entrée des conteneurs au port de Tripoli », a écrit le bureau de presse du ministre, du mouvement Amal, l’autre composante du tandem chiite avec le Hezbollah. Or, « aucune décision n’a été prise pour arrêter l’entrée des conteneurs au port de Tripoli, sous quelque forme que ce soit », a-t-il insisté, soulignant que le ministre avait néanmoins ordonné le renforcement des contrôles pour «lutter contre la contrebande».
Vendredi, en marge d'une conférence de presse consacrée au lancement du nouveau service en ligne du ministère des Finances, Yassine Jaber est revenu à la charge, évoquant publiquement le lien entre le renforcement des mesures de contrôle et la saisie de plusieurs cargaisons de marchandises de contrebande au port. « Tout ce que nous avons fait, c’est exiger que les conteneurs soupçonnés d’irrégularités fassent l’objet d’une inspection approfondie, afin que les contrebandiers aient le sentiment d’être surveillés. Cela contribuera à améliorer l’image de ce port stratégique, que nous voulons être l’un des plus importants à l’avenir », a-t-il encore dit.
Selon le ministre et une source au port, la Direction générale des douanes a décidé cette semaine d’assouplir les mesures de contrôle renforcé pour limiter l’inspection aux conteneurs arrivés avant une certaine date et susceptibles de présenter un risque. « C’est une mesure qui va beaucoup simplifier les choses », confie la source. Le ministre indique enfin que ses services travaillent sur la mise en place d’un système informatisé de pré-déclaration des marchandises, qui devrait renforcer les contrôles dans tous les ports du pays sans pour autant ralentir le processus de dédouanement.



