L'Assemblée générale de l'ONU. Photo AFP. Montage L'Orient-Le Jour/ Nima Salha
Dimanche 21 septembre, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada et le Portugal ont officiellement reconnu l'État de Palestine. Une annonce faite juste avant une Assemblée générale de l'ONU lors de laquelle la France leur a emboîté le pas.
La décision de Londres est particulièrement symbolique pour le Royaume-Uni, qui a joué un rôle central dans la création d’Israël avec la déclaration Balfour (1917) et a administré la Palestine sous mandat de 1922 à 1948.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a aussitôt réagi : « Cela n’arrivera pas… Un État palestinien ne sera pas établi à l’ouest du Jourdain. » En reconnaissant un État palestinien, ces pays défient directement les efforts d’Israël – et, par extension, ceux des États-Unis – pour effacer l’idée même d’un État palestinien et réduire le conflit à une question purement humanitaire.
Alors, quels sont les pays qui ont déjà reconnu la Palestine, ceux qui viennent de franchir le pas, ceux qui s’y préparent encore, et qu’est-ce que cela change réellement pour les Palestiniens et Israël ?

1. Quels pays reconnaissent ou vont reconnaître la Palestine ?
Après le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et le Portugal dimanche, la France a reconnu lundi l'État de Palestine, à l'ouverture de la grand-messe annuelle de l'ONU à New York, dominée par la guerre à Gaza. Le Luxembourg, Malte, Monaco, Saint Marin et Andorre l'ont également fait dans la foulée. La Belgique, pour sa part, devrait reconnaître la Palestine « en deux temps », a déclaré lundi le ministre des affaires étrangères belge, Maxime Prévot. « Une reconnaissance politique, qui est un signal diplomatique fort dès maintenant au vu des enjeux et attitudes d’Israël, a-t-il expliqué. Et viendra le moment de la formalisation légale par arrêté royal et ça, ça viendra dans un deuxième temps. »
La nouveauté, c’est que des pays occidentaux qui jusque-là estimaient qu’une telle décision devait passer par des négociations avec Israël, basculent désormais du côté du « oui ».
Les États-Unis s’opposent fermement à cette reconnaissance, arguant qu’elle reviendrait à « récompenser » le Hamas tant que la guerre à Gaza se poursuit. Depuis le 7 octobre 2023, Israël et Washington présentent en effet le Hamas comme prétexte non seulement pour s’opposer à un État palestinien, mais aussi à presque toute initiative palestinienne en faveur de droits ou d'une reconnaissance.
Malgré tout, la dynamique se poursuit ailleurs. Cette semaine, le nombre de pays reconnaissant l'État de Palestine devrait passer à 147 sur les 193 membres de l’ONU :
- Amériques : 35 États membres – tous sauf les États-Unis et le Panama.
- Europe : 48 États membres, avec des exceptions notables comme l’Allemagne, l’Italie, la Grèce, le Danemark, la Finlande, l’Autriche, les Pays-Bas, la Suisse, la République tchèque, la Croatie, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie et la Moldavie.
- Moyen-Orient : 13 États membres.
- Asie : 29 États membres – sauf le Japon, la Birmanie et Singapour.
- Océanie : 14 États membres – la Nouvelle-Zélande n’a pas encore tranché.
- Afrique : 54 États membres – à l’exception du Cameroun et de l’Érythrée.

2. Qu’implique la reconnaissance d’un État palestinien ?
Le territoire connu sous le nom de Palestine était sous mandat britannique (à partir de 1922) jusqu’en 1948, année de la création d'Israël après le retrait britannique et le plan de partage de l’ONU qui prévoyait deux États : un juif et un arabe (la Palestine). Si Israël a proclamé son indépendance, l’État palestinien, lui, n’a jamais vu le jour.
Aujourd’hui, la Palestine est un quasi-État qui ne contrôle ni ses frontières, ni son espace aérien, ni sa capitale revendiquée, Jérusalem-Est – tous sous contrôle israélien.
Reconnaître un État palestinien, ce n’est pas le créer – un tel avènement interviendrait lors de négociations avec Israël. La reconnaissance accorde théoriquement toutefois aux Palestiniens une plus grande marge de manœuvre diplomatique et politique pour se faire entendre sur plusieurs dossiers dont l’expansion des colonies israéliennes, la définition des frontières, les accords de sécurité ou la question des réfugiés palestiniens.
Cela leur permettrait d’agir davantage en tant qu’État à l’ONU, de revendiquer le contrôle de leur territoire et de leur espace aérien, et de porter plainte contre Israël devant les instances internationales au sujet de l’occupation et de la guerre à Gaza. Par exemple, contester les check-points israéliens en territoire palestinien, qui sont déjà privés de base légale en droit international, ou dénoncer l’expansion des colonies en Cisjordanie – au-delà des frontières de 1967 – également considérée comme illégale.
Les Palestiniens disposeraient aussi d’un levier pour réclamer l’accès aux ressources, la liberté de circulation, la reconstruction des zones détruites par la guerre et l’aide internationale. Même si Israël continue d’ignorer ces démarches, une telle reconnaissance accroît le coût politique de ce refus.
En pratique, toutefois, la situation reste bien plus complexe. Non seulement Israël persiste à refuser la reconnaissance, mais l'État hébreu a promis d’intensifier l’implantation de colonies.
Mais sur quelle base cette reconnaissance aurait-elle lieu ? Nous arrivons à la question de la solution à deux États. L’idée consisterait à partager le territoire en deux pays : Israël et la Palestine. Cela implique la création d’un État palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, sur la base approximative des frontières en vigueur avant la guerre israélo-arabe de 1967, avec Jérusalem-Est – occupée par Israël depuis ce conflit – pour capitale. Les deux États vivraient côte à côte, chacun étant reconnu au niveau international.
Le président français Emmanuel Macron a indiqué dimanche sur les réseaux sociaux que cette solution n’est envisageable que si les otages sont libérés, le Hamas est évincé du pouvoir et que les deux États peuvent « vivre en paix, côte à côte ».

3. Que changerait la reconnaissance d’un État palestinien pour Israël ?
La reconnaissance de la Palestine ne change pas la situation sur le terrain : Israël reste aux commandes de la Cisjordanie, des frontières de Gaza et de Jérusalem-Est. Mais sur le plan diplomatique, juridique et symbolique, l’enjeu est significatif. Théoriquement, si un nombre suffisant de pays puissants traitent la Palestine en tant qu’État, cela ramène les grandes questions – négociations (frontières, sécurité, réfugiés, colonies, etc.) et surtout le statut de Jérusalem – en tête de l’agenda international.
Pour Israël, chaque nouvelle reconnaissance est un revers à trois niveaux :
- Pression diplomatique : Israël apparaît de plus en plus isolé, même vis-à-vis de ses alliés traditionnels (comme le Royaume-Uni et le Canada), qui se rapprochent d’une reconnaissance de la Palestine.
- Risque juridique : la reconnaissance renforce l’appui dont dispose la Palestine pour porter des dossiers contre Israël devant des juridictions internationales, telles que la Cour pénale internationale (CPI) et la Cour internationale de justice (CIJ). Même si leurs décisions n’obligeront pas Israël à s’y conformer, elles accroissent le coût juridique et réputationnel de l’expansion des colonies, des opérations militaires et de l’occupation, du moins sur la scène internationale.
- Atteinte symbolique : Israël affirme depuis longtemps que la Palestine n’est pas prête ou légitime à devenir un État. Chaque reconnaissance érode cet argument, du moins sur le plan symbolique, et rend plus difficile pour Israël de convaincre la communauté internationale que l’État palestinien est prématuré ou irréaliste.




Iran: un militaire tué dimanche par les frappes américaines, selon des médias locaux
A défaut d'obtenir ce qu'on veut, quelques gifles morales infligées à l'ennemi sont toujours salutaires.
20 h 06, le 22 septembre 2025