Les silos endommagés du port de Beyrouth, le 31 juillet 2022. Photo d’archives Matthieu Karam/L'Orient-Le Jour
La demande d’extradition d’Igor Grechushkin, désigné par Beyrouth comme le propriétaire du navire Rhosus, devrait être envoyée en début de semaine prochaine à la Bulgarie, où il est arrêté depuis le 5 septembre, a assuré le ministre de la Justice, Adel Nassar, jeudi à L’Orient-Le Jour.
La préparation de la demande d’extradition a été entamée dès lundi, par le parquet de cassation, aussitôt que cette instance a été informée, via Interpol, de l’arrestation de M. Grechushkin. Celui-ci fait l' objet d’un mandat d’arrêt émis, en 2020, par le juge d'instruction Fadi Sawan, avant qu'il ne soit remplacé par Tarek Bitar dans la conduite de l’enquête sur la double explosion au port de Beyrouth. En charge de faire parvenir le dossier aux autorités bulgares par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères (AE), le ministre de la Justice a déclaré à L’OLJ qu’il entend prendre incessamment contact avec le chef de la diplomatie, Joe Raggi, actuellement en déplacement à l’étranger. Il a également précisé s’être réuni, jeudi, avec l’ambassadeur de Bulgarie, Venelin Lazarov, pour « un suivi rapide » du dossier, en présence de l’avocate générale près la Cour de cassation Myrna Kallas. M. Nassar a souligné que l’ambassadeur bulgare s’est montré « coopératif » et a assuré que, de son côté, il déploie « tous les efforts » dans ce dossier qu’il considère « prioritaire ».
Interrogatoire en Bulgarie ou à distance ?
Reste qu’il faudra ensuite attendre la réponse de la justice bulgare. Interrogée par notre journal, une source judiciaire indique qu’ en cas de refus de remettre M. Grechushkin au Liban, rien n’exclut que le juge Bitar puisse se rendre dans ce pays pour procéder à l’interrogatoire. Si M. Bitar fait l’objet d’une interdiction de voyage imposée (en janvier 2023) par l’ancien chef du parquet de cassation Ghassan Oueidate, qui l’accuse de « rébellion contre la justice » et d’« usurpation du pouvoir », la source précitée considère que si le juge d’instruction en faisait la demande, l'actuel procureur général, Jamal Hajjar, lèverait cette interdiction. L’interrogatoire pourrait même se tenir à partir du Liban, par visioconférence, ajoute-t-elle. Interrogée, par ailleurs, sur la possibilité que la Russie, dont Igor Grechushkin est un ressortissant, demande, à son tour, son extradition, la même source affirme que ce dernier ne fait pas l’objet d’une procédure judiciaire dans ce pays, ce qui devrait exclure une telle demande.
S'il est désigné par la justice libanaise comme le propriétaire présumé du navire ayant transporté le stock de nitrate d’ammonium à l’origine de la double explosion au port de Beyrouth (4 août 2020), M. Grechushkin est identifié par des investigations menées par la presse comme étant l'affréteur du navire, qui appartenait en réalité au Chypriote Charalambos Manoli. Interrogé à ce propos, Me Akram Azouri, membre du bureau de plaintes au sein du Conseil de l’ordre des avocats de Beyrouth qui défend des centaines de proches de victimes, affirme que « les investigations restent incomplètes ».
« L’arrestation et une éventuelle extradition d’Igor Grechushkin pourrait aider le juge Bitar à compléter le volet international de l’enquête, c’est-à-dire à élucider la phase antérieure au débarquement du nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth », déclare-t-il, estimant que « cette étape visera à identifier les différents acteurs qui ont contribué, à travers divers montages, au financement du navire et de la cargaison de nitrate d’ammonium ».



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13 h 10, le 19 septembre 2025