Leya Sharrouf. Photos DR
On parle souvent au Liban de la « fuite des cerveaux », ces talents brillants qui quittent leur pays en quête d’un avenir plus stable. Mais il y a aussi ceux qui restent contre vents et marées. Des étincelles rares, qui malgré les crises économiques, les guerres et les obstacles, choisissent de braver l’impossible pour bâtir ici, sur cette terre cabossée mais aimée, une histoire.
Être étudiant au Liban n’est pas une expérience ordinaire. C’est un parcours de combattant, mais il y a une volonté immense. L’étudiant libanais incarne à la fois ambition, polyvalence, force intérieure et une résilience hors du commun. Il arrache l’opportunité là où il l’aperçoit et cherche à briller depuis son pays.
Mira Raad.
Comment concilier études et travail dans une économie effondrée ?
Pour Reem Abou Harb, 23 ans, étudiante en master de philosophie à l’AUB, l’équilibre se construit à force de discipline. « Je travaille à temps plein de 8h à 17h, mais je parviens également à poursuivre mes études. Mon travail m’apporte une stabilité financière et une expérience pratique, tandis que mon master est quelque chose que je poursuis par passion et par désir de m’épanouir intellectuellement. »
Les nouvelles formes de travail, notamment à distance, ont ouvert des portes imprévues pour les jeunes Libanais. « Comme je travaille en ligne, cela me donne la flexibilité nécessaire pour gérer mon emploi du temps plus efficacement », ajoute-t-elle.
Une autre étudiante en master, qui préfère garder l’anonymat, raconte avoir choisi de travailler en même temps que ses études : « Je suis quelqu’un qui travaille bien sous pression. Je préfère avoir un emploi du temps chargé : cela me rend plus productive. » Pour elle, l’emploi n’est pas seulement un moyen de subsistance, mais une école parallèle : « Avoir un emploi vous apprend des choses que l’université ne peut pas offrir : la communication, la discipline, la gestion du temps… Ce sont des compétences essentielles, bien au-delà des examens et des notes. Elles seront précieuses sur mon CV et sur le marché du travail plus tard. »
C’est également le cas de Mira Raad, 19 ans, étudiante en troisième année d’ingénierie mécanique à l’ESIB, qui a choisi de travailler au début de sa deuxième année, « pas uniquement pour des raisons financières mais pour avancer, découvrir et développer mes compétences ». Dès sa deuxième année, elle a accepté un poste à l’université parce qu, selon elle, ce qu’elle apprend dépasse les cours : responsabilités, communication, travail en équipe, gestion du temps. « Tout cela me donne, j’en suis sûre, un vrai avantage sur le marché du travail, car cela m’aurait permis d’acquérir une expérience pratique et humaine en plus de ma formation académique », indique-t-elle.
Reem Abou Harb.
Même constat pour Leya Sharrouf, en troisième année d’ingénierie mécanique à l’AUB. La jeune étudiante de vingt ans travaille à l’université, effectuant des permanences tout au long du semestre. Une expérience qui lui a permis de mettre la théorie en pratique et de gagner en assurance. Jongler entre études et emploi demande un effort, surtout pendant les périodes de partiels. Finalement, tout repose sur la gestion du temps. Pour Leya, ce double engagement représente à la fois un petit revenu d’appoint et, surtout, un apprentissage précieux de l’organisation et de la discipline.
La crise financière n’a épargné personne et les étudiants n’y font pas exception. Le droit à l’éducation est devenu, pour beaucoup, un privilège. Mais certains gardent leur énergie et leur humour. Karim, 21 ans, confie : « Le mois n’a même pas commencé que j’ai déjà deux boulots, en plus de mes études. » Sa phrase résume à elle seule la dureté du quotidien pour certains, mais aussi la vitalité qui empêche de céder. « Je fais de mon mieux pour poursuivre mes études, ce n’est pas facile, mais je n’ai pas le choix. »
Une jeunesse qui refuse de s’éteindre
Dans un pays où l’incertitude est devenue la seule constante, ces étudiants refusent de s’effacer. Ils jonglent avec des emplois multiples, poursuivent leurs études avec passion, se rient des difficultés pour mieux les défier et transforment leurs faiblesses en force.
Ils représentent l’image d’un Liban qui résiste. Des jeunes qui, malgré l’adversité, cultivent leur savoir et leur courage, porteurs d’une vérité simple mais puissante, celle d’un Liban qui continue de vivre à travers eux.



Bravo , tenez bon les jeunes !
16 h 15, le 18 septembre 2025