Le président, Joseph Aoun, avec son homologue syrien, Ahmad el-Chareh, en marge du sommet arabo-islamique de Doha, le 15 septembre 2025. Photo présidence syrienne
C’est un discours musclé qu’a prononcé le président de la République, Joseph Aoun, lundi, au sommet arabo-islamique de Doha. L’ancien commandant de l’armée, qui entretient une vieille relation avec l’émirat gazier, a condamné fermement la frappe israélienne menée la semaine dernière contre la capitale qatarie et ayant visé une réunion de l’équipe de négociation du Hamas.
Participant pour la première fois depuis le début de son sexennat à un tel sommet exceptionnel, M. Aoun a appelé les pays arabes à adopter une position « unifiée » et estimé que la « réponse » à cette attaque doit être « claire ». En parallèle à ce soutien sans équivoque à Doha, le président a affirmé que le Liban était « prêt pour la paix », conformément à l’initiative arabe de 2002 centrée sur la solution à deux États. « Le message de l’agression contre le Qatar est (…) clair et explicite, a déclaré M. Aoun. Ainsi, je suis ici pour dire (…) que la réponse qui s’impose doit être tout aussi claire. » Et d’ajouter : « L’attaque contre notre chère Doha vise le concept même de médiation et le principe de résolution des conflits par le dialogue (...), et une agression contre un frère est une agression contre nous-mêmes. » « Le but de cette agression n’était pas d’assassiner des négociateurs. Il s’agissait plutôt d’éliminer l’idée même de négociation », a-t-il souligné.
Il a ensuite appelé les États participants à adopter une position unifiée lors de la prochaine Assemblée générale des Nations unies, qui se tiendra à New York le 22 septembre. « Dans quelques jours, nous nous rendrons à New York, où se réunira le monde entier en quête de paix. Allons-y avec une position unifiée, incarnée par une seule question : le gouvernement israélien souhaite-t-il une paix durable et juste dans notre région ? Si la réponse est oui, nous sommes prêts, conformément à l’initiative de paix arabe proposée par l’Arabie saoudite lors du sommet de Beyrouth en 2002 et adoptée à l’unanimité par notre Ligue arabe », a observé le président Aoun.
Il a rappelé que « l’initiative bénéficie d’un large soutien international, qui se traduit par la reconnaissance de nombreux pays de l’État de Palestine ». « La meilleure preuve en est la déclaration adoptée il y a quelques jours par l’Assemblée générale des Nations unies à une écrasante majorité sous le nom de « Déclaration de New York », résultat des efforts incessants de l’Arabie saoudite et de la France, qui définit des mesures concrètes, assorties d’un calendrier, en vue d’une solution à deux États », a-t-il ajouté.Dans ce cadre, Joseph Aoun a invité les participants « à s’asseoir immédiatement sous l’égide des Nations unies et de tous ceux qui aspirent à la paix, pour examiner les implications » de la réponse israélienne à la paix. « Si la réponse est non, ou partielle, ou si aucune réponse n’est donnée, nous comprendrons la réalité des choses et agirons en conséquence. Peut-être pourrons-nous ainsi au moins mettre fin à la série de déceptions vis-à-vis de nos peuples et devant l’histoire », a-t-il conclu.
De son côté, l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, a affirmé lors de son allocution que l’État d’Israël souhaite « pousser le Liban vers une guerre civile ». « Au Liban, l’acceptation par le gouvernement de la feuille de route américaine s’est heurtée à des bombardements et à des assassinats israéliens », a encore déploré l’émir. Le Qatar est un soutien de longue date à l’armée libanaise. Ce sommet exceptionnel intervient à l’heure où, selon nos informations, une conférence de soutien à la troupe pourrait avoir lieu en novembre à Riyad. Il pourrait être suivi d’une conférence sur la reconstruction avant la fin de l’année, mais celle-ci est conditionnée par un accord avec le Fonds monétaire international et l’adoption de la loi sur la répartition des pertes financières.
« Le soutien constant du Qatar au Liban »
Le président Aoun a été accueilli à l’Aéroport international Hamad par le vice-président du Conseil des ministres et ministre de la Défense, cheikh Saoud ben Abdelrahmane al-Thani, le ministre de la Culture, Abdelrahmane ben Hamad, et plusieurs responsables qataris, ainsi que par le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi, déjà sur place. Joseph Aoun s’est entretenu avec l’émir du Qatar dans sa suite au siège du sommet. Au début de la rencontre, le président Aoun a réitéré sa condamnation de l’attaque israélienne ayant visé Doha, soulignant « le soutien du Liban au Qatar et sa solidarité avec le peuple qatari frère ». Il a également remercié l’émir du Qatar pour le soutien que son pays apporte au Liban dans diverses circonstances, affirmant que « ce soutien est profondément apprécié par l’ensemble des Libanais ».
L’émir du Qatar a, pour sa part, souhaité la bienvenue au président Aoun et à la délégation qui l’accompagnait, remerciant le Liban pour sa solidarité avec le Qatar et sa condamnation de l’agression israélienne. Il a également réaffirmé « le soutien constant du Qatar au Liban et à son peuple, ainsi que ses efforts inlassables pour assurer la sécurité et la stabilité au Liban ».L’Agence nationale d’information (ANI, officielle) a rapporté qu’avant la prise de la photo de groupe des participants au sommet, le président Aoun a salué son homologue syrien Ahmad el-Chareh, avec lequel il s’est entretenu plus tard, accompagné des ministres des Affaires étrangères des deux pays, Joe Raggi et Assaad el-Chaibani. Selon des informations obtenues par la chaîne LBCI, l’entretien entre les deux hommes était positif et qu’il a été décidé que MM. Raggi et Chaibani devraient s’entretenir prochainement pour évoquer les relations bilatérales et leur amélioration.M. Aoun a aussi eu de brèves rencontres avec plusieurs chefs d’État et de gouvernement, parmi lesquels le roi de Jordanie Abdallah II, le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le président palestinien Mahmoud Abbas, le prince héritier du Koweït Sabah Khaled al-Hamad al-Sabah, le prince héritier bahreïni Salman ben Hamad al-Khalifa, ainsi que le vice-Premier ministre omanais chargé des affaires de la défense, Chihab ben Tariq al-Saïd, et le président iranien Masoud Pezershkian.
Les entretiens de Joe Raggi
Présent à Doha depuis la veille, le chef de la diplomatie libanaise a été reçu lundi par son homologue qatari Mohammad ben Abdelrahmane ben Jassim al-Thani en marge du sommet d’urgence, selon l’agence de presse qatarie QNA. Leur rencontre a porté sur les relations de coopération entre les deux pays et les moyens de les soutenir et de les renforcer, ainsi que sur l’évolution de la situation dans la région, en particulier après l’attaque israélienne sur Doha. Le ministre qatari des Affaires étrangères a affirmé que « son pays prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger sa sécurité et préserver sa souveraineté face à l’agression israélienne flagrante ». Pour sa part, Joe Raggi a réitéré « la solidarité » du Liban avec l’émirat, qualifiant « l’attaque israélienne de violation de la souveraineté du Qatar et du droit international ». Le ministre Raggi avait au préalable participé dimanche à Doha à une réunion préparatoire avec ses homologues de la Ligue arabe.
Le chef de la diplomatie a également rencontré à Doha son homologue iranien Abbas Araghchi, en marge des préparatifs au sommet. Les deux responsables ont eu « une discussion approfondie sur la situation au Liban et dans l’ensemble de la région ». « J’ai parlé en toute franchise de la décision du gouvernement libanais de revenir au monopole de l’État sur les armes et d’affirmer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national. M. Araghchi a quant à lui réaffirmé l’engagement de son pays à respecter la souveraineté du Liban et à s’abstenir de toute ingérence dans ses affaires intérieures », a écrit Joe Raggi sur X. Celui-ci avait refusé de recevoir Abbas Araghchi en juin dernier, alors que ce dernier effectuait une visite officielle au Liban. Il avait aussi convoqué l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth Mojtaba Amani, qui avait exprimé l’opposition de Téhéran au désarmement du Hezbollah.




. Le fait de d’ insister sur l’appartenance religieuse des sommets arabes laisse penser qui y aurait en face des sommets arabes catholiques.
10 h 47, le 17 septembre 2025