Le secrétaire général du Hezbollah, le cheikh Naïm Kassem, prononçant un discours le 10 septembre 2025. Capture d'écran/Al-Manar
Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a ouvertement rejeté mercredi le principe du monopole des armes aux mains de l’État libanais, pourtant mentionné dans la déclaration ministérielle du gouvernement de Nawaf Salam (auquel le parti chiite a accordé sa confiance) ainsi que dans le discours d'investiture du président Joseph Aoun. Toutefois, comme souvent, le chef du Hezbollah a soufflé le chaud et le froid, affirmant qu'une discussion sur « une stratégie de sécurité nationale » doit avoir lieu, reprenant la terminologie utilisée par MM. Aoun et Nawaf.
Le 5 septembre, après une séance du Conseil des ministres lors de laquelle le gouvernement « s'est félicité » du plan de l'armée pour désarmer les milices (dont le Hezbollah), le ministre de l'Information Paul Morcos avait précisé que « le gouvernement s’engage à élaborer une stratégie de sécurité nationale, dans le cadre de la mise en œuvre du principe de l’autorité exclusive de l’État sur l’ensemble de son territoire et du monopole des armes ».
« Cessez de parler du monopole des armes ; quiconque croit qu’il peut ainsi enlever à l’ennemi ses prétextes se trompe, car l’ennemi poursuit son projet », a lancé le cheikh Kassem qui s'exprimait à l’occasion de la naissance du prophète Mohammad. « Le Liban est une patrie définitive pour tous ses enfants, et nous en faisons partie », a-t-il lancé, mettant en garde contre Israël et ses « ambitions expansionnistes et coloniales dans le Sud depuis la création du Liban moderne ». « Le plus haut degré de patriotisme consiste à défendre le pays et à libérer la terre. C’est ce qu’a fait l’armée selon ses capacités, ainsi que la résistance », a-t-il ajouté, faisant valoir que le Hezbollah a beaucoup offert « pour défendre le Liban, notamment Hassan Nasrallah », ancien secrétaire général du parti, tué dans une frappe israélienne en septembre 2024.
Le cheikh Kassem a encore déclaré que « la résistance a réussi à contrecarrer les objectifs d’Israël et l’a empêché d’occuper la terre » lors de la guerre qui a opposé le Hezbollah à l'armée israélienne en l'automne dernier. Selon lui, l'accord de cessez-le-feu conclu en novembre « n'a pas atteint ses objectifs surtout que l'ennemi a continué à le violer ». Il a aussi affirmé que « l'effondrement au Liban est dû à la corruption et au non-respect de l'accord de Taëf et que l'agression israélienne a accentué cet effondrement ». Il en a profité pour soutenir que « la résistance a contribué à la stabilité du Liban en permettant le lancement du nouveau mandat présidentiel et en faisant face à l'ennemi ».
Les priorités du Hezb
Kassem a aussi estimé que « la priorité du gouvernement doit être de rétablir la souveraineté en chassant Israël (des positions toujours occupées au Liban-Sud), et cela doit être la question centrale ». « Pourquoi vouloir se passer de la force du Liban, alors qu’aucun substitut n’existe pour défendre le pays ? », a-t-il demandé. Il a ensuite accusé les États-Unis d'être « les complices de l’agression d'Israël » auquel ils n'hésiteraient pas de « livrer le Liban ». « Les États-Unis se sont retirés de leurs engagements envers le Liban et, désormais, la question est de désarmer le Hezbollah avant toute initiative de l’ennemi, que ce soit par la voie pacifique ou militaire », a-t-il accusé. « L’Occident ne se soucie pas du Liban, mais d’Israël. Pour nous, le Liban est notre terre (…) Nous ne céderons jamais sous la pression et nous ne nous rendrons jamais », a-t-il poursuivi.
Il a dans ce cadre estimé que les réunions du gouvernement des 5 et 7 août « étaient contraires au Pacte national et visaient à entraîner le pays vers l’inconnu ». « Nous appelons à l’unité nationale et affirmons qu’aucune discussion hors de la stratégie de sécurité nationale n’est possible, car c’est la seule voie pour parvenir à une solution », a-t-il souligné. « Nous vous appelons à construire notre pays ensemble et à être des partenaires unis contre nos ennemis, c’est notre responsabilité à nous tous », a-t-il encore lancé. « Nous appelons au retour à l’unité islamique et nationale, et à revenir aux quatre priorités : mettre fin à l’agression contre le Liban, assurer le retrait israélien, libérer les prisonniers et lancer la reconstruction. Ce sont ces priorités qui remettront le Liban sur la bonne voie », a-t-il encore dit.
« Ne trahissez pas la résistance »
Au début de son discours, Naïm Kassem a dénoncé l’attaque israélienne mardi contre une délégation du Hamas à Doha. « Nous sommes aux côtés du Qatar et considérons que l’agression contre ce pays est inacceptable ; nous sommes aux côtés de la résistance palestinienne », a-t-il accusé. Mardi, après l’annonce d’Israël selon laquelle des responsables du Hamas avaient été ciblés lors de frappes à Doha, le mouvement palestinien a affirmé que ses négociateurs visés avaient survécu, tout en faisant état de six morts dans cette opération, la première du genre sur le sol qatari.
« Depuis deux ans, l’ennemi avance pas à pas dans le projet du 'Grand Israël' à Gaza et en Cisjordanie, et l’attaque contre le Qatar s’inscrit dans ce projet allant du Nil à l’Euphrate, a ajouté le chef du Hezbollah. Il apparaît clairement que ce qui retarde le projet israélien, c’est la résistance et son refus de se soumettre en Palestine, au Liban et dans la région. »
Naïm Kassem a également envoyé un message aux pays de la région : « Pourquoi ne soutenez-vous pas la résistance financièrement, médiatiquement, politiquement, socialement ou dans les instances internationales ? ». Et d'ajouter : « Si l’ennemi élimine la résistance – ce qu’il ne pourra pas faire – votre tour viendra ensuite. Au moins, ne trahissez pas la résistance et ne vous rangez pas du côté d’Israël ».



Bravo, il a tout dit. Seuls les aveugles, les ignorants et les collaborateurs des barbares peuvent contredire ses propos.
19 h 32, le 11 septembre 2025