La mosquée Mohammad el-Amine dans le centre-ville de Beyrouth, à quelques mètres du Grand Sérail, le 7 août 2025. Photo Philippe Hage Boutros/L'Orient-Le Jour
L’avant-projet de budget pour 2026, qui va être étudié dès jeudi par le gouvernement, n’a pas réservé de grandes surprises et s’inscrit dans le sillage des précédents.
Il s’agit d’un budget d’ajustement qui tient compte de la marge limitée du pays dans un contexte marqué par les crises financières et sécuritaires et qui repousse à plus tard les grands chantiers de réformes.
Dans le rapport remis au Conseil des ministres en même temps que le projet de budget et dont nous avons pu prendre connaissance du contenu, le ministère assure avoir tout mis en œuvre pour inciter les autres ministères et administrations à respecter les délais ainsi que les conditions de fond et de forme imposées par la loi sur la comptabilité publique pour communiquer leurs besoins. Il reconnaît toutefois qu’il reste encore beaucoup de travail à ce niveau, les justifications des dépenses étant rares, voire inexistantes, et peu de ministères et d’administrations ou établissements publics ayant respecté les délais requis.
En plus de l’assistance technique dont bénéficie le pays via le METAC, l’organisme dédié du FMI, un programme de formation a également été lancé afin de sensibiliser les administrations concernées à cette nouvelle méthodologie. L’Union européenne, à travers l’organisation Sigma et avec l’appui de plusieurs experts français, a accompagné ce processus. Six ministères pilotes –l’Industrie, l’Énergie et l’eau, l’Économie, l’Environnement, la Santé et les Affaires sociales – ont été sélectionnés.
Le ministère identifie en outre, dans son rapport, une série de problématiques que le gouvernement devra adresser dans de futurs budgets, comme le règlement définitif de la question des arriérés de l’État, la réforme de la gestion des entreprises publiques, la rationalisation des dépenses des écoles publiques et des loyers des bâtiments publics, la nécessité de ne plus engager de dépenses qui ne peuvent pas être couvertes par des crédits existants, la suppression des doubles salaires des fonctionnaires cumulant plusieurs postes et le gel des embauches dans la fonction publique avant le lancement d’une réforme structurelle.
Dépenses en hausse
Au niveau des grandes tendances du projet actuel, les dépenses sont en hausse de près de 20 % par rapport à la précédente loi de finances, à 5,65 milliards de dollars au taux de change actuel de 89 500 LL/USD. Derrière cette hausse, le mot d’ordre semble être de limiter les dépenses pour éviter les hausses d’impôts ou l’introduction de nouvelles mesures fiscales.
Les rémunérations dans la fonction publique – salaires et indemnités diverses, y compris de fin de service – absorbent près de 80 % de ce total. Aucune hausse globale des salaires n’a cependant été proposée.
Les projets d’investissement sont, cette année encore, quasiment inexistants, à l’exception des travaux du port de Jounieh – qui a rouvert ses portes mardi –, ainsi qu’un projet de lotissement de terrains appartenant à l’État, qui coûtera un peu plus de 100 000 dollars. Le projet visant à finir le tronçon d’autoroute reliant Tripoli à la frontière avec la Syrie fait partie des projets repoussés.
Autres tendances qui interpellent : le produit attendu de l’impôt sur les bénéfices des sociétés est en chute libre, avec un recul de 62 %, à 140,2 millions de dollars. Dans le même temps, les recettes fiscales attendues de l’impôt prélevé sur les salaires affichent une augmentation spectaculaire de 137,7 %, à 225,4 millions de dollars. Ces trajectoires opposées étonnent d’autant plus que, selon une source au fait du dossier, le ministère des Finances a récemment fini par intégrer dans son système informatique deux ans de déclarations de revenus en retard, ce qui laissait supposer que les recettes attendues du premier de ces deux impôts auraient dû aussi augmenter. Contacté, le ministre des Finances Yassine Jaber n’était pas en mesure de répondre dans l'immédiat.
Un PIB surévalué ?
Dans son rapport, le ministère des Finances affirme tabler sur un PIB de 32,78 milliards de dollars en 2025, avec une inflation estimée à 15 %, puis de 36,3 milliards de dollars l’année d’exécution du budget, avec une inflation de 3,5 %. Une telle trajectoire correspondrait à une croissance réelle de 7,5 %, ce qui paraît très optimiste.
Selon les données les plus récentes du Fonds monétaire international, le PIB libanais en prix constants s’est établi à 28,28 milliards de dollars en 2024, sans projection arrêtée pour 2025 en raison du haut degré d’incertitude. De son côté, la Banque mondiale table sur une croissance de 4,7 % en 2025, mais ne se prononce pas pour 2026. L’explication la plus plausible à ce stade est que le ministère a récupéré le PIB calculé du FMI pour y appliquer ses propres hypothèses pour 2025 et 2026. L’administration centrale des statistiques n’a toujours pas mis à jour les comptes nationaux au-delà de 2021.


