« L’unité, l’unité et encore l’unité, c’est ce qui peut sauver le Liban dans cette phase particulièrement délicate. » Cette phrase est lancée par le président du Parlement Nabih Berry, l’homme-clé aujourd’hui, puisque toutes les négociations passent par lui, devant ses visiteurs à Aïn el-Tiné. À ceux qui demandent s’il y a de véritables craintes de l’éclatement d’une nouvelle guerre avec Israël ou d’un conflit interne, Berry répond en disant que l’unité interne, si elle est préservée, rendra le Liban plus fort que toutes les crises et le protégera de toutes les menaces.
Mais comment réaliser cette unité ? Et est-elle possible dans le contexte actuel ? Là, les réponses sont un peu plus complexes. Dans son discours très attendu du dimanche 31 août à l’occasion de la disparition de l’imam Moussa Sadr, Berry avait proposé un dialogue rationnel et calme, loin de toutes les surenchères, sur une stratégie de défense nationale. Jusqu’à présent, son appel a reçu quelques échos favorables, mais, selon Berry lui-même, « il n’y a encore rien de concret et aucune initiative en ce sens ». Le président de la Chambre affirme pourtant que le dialogue avec le chef de l’État n’a jamais été rompu et les échanges entre les deux hommes et leurs équipes respectives sont constants et utiles. Par contre, avec le Premier ministre Nawaf Salam, il y a des divergences que les deux parties tentent de surmonter ou de régler.
En somme, l’horizon selon les milieux de Aïn el-Tiné n’est pas bouché, mais il n’y a encore aucune percée concrète, alors que le Liban a plus que jamais besoin de resserrer les rangs pour pouvoir affronter les turbulences régionales et les pressions internationales. C’est d’ailleurs un peu dans cet esprit qu’Amal et le Hezbollah ont renoncé aux manifestations populaires contre la décision du gouvernement au sujet des armes.
Apparemment, les deux formations chiites préfèrent pour l’instant laisser un peu de temps pour donner une chance à l’aboutissement à un compromis. Et, surtout, elles ne veulent pas prendre le risque de débordements éventuels dans le climat actuel de tension. Les milieux proches de Aïn el-Tiné insistent d’ailleurs sur le fait que le président de la Chambre avait soigneusement préparé son discours de 13 minutes (selon ses proches, Berry rédige lui-même ses discours) pour qu’il ne laisse aucune brèche possible entre la position d’Amal et celle du Hezbollah. L’unité interne passe donc aujourd’hui par l’unité des deux formations, surtout au moment où beaucoup de parties cherchent à semer la discorde entre les Libanais et entre les chiites eux-mêmes.
Concernant la réunion du gouvernement prévue vendredi, les milieux de Aïn el-Tiné n’expriment aucune inquiétude réelle. Selon eux, les ministres chiites y assisteront et ils ne s’en retireront pas nécessairement. Tout dépendra de la décision qui sera prise à l’issue de cette réunion à laquelle le commandant en chef de l’armée devrait participer. Les milieux précités ne le disent pas clairement, mais du côté du Hezbollah, on avance trois scénarios possibles qui seraient acceptables pour la formation. Le premier consisterait en ce que le gouvernement décide de geler l’exécution de la décision adoptée le 5 août, en raison du fait que les Israéliens n’ont fait aucun pas en direction de l’application de l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre dernier. En attendant un geste d’Israël en ce sens, le Liban peut donc se considérer en situation de pause sur le plan de l’application de la décision. Ce serait aussi un moyen de pousser Israël à faire preuve de bonne volonté, surtout qu’il a signé l’accord et qu’il a des responsabilités à assumer dans ce sens.
Le deuxième scénario consisterait en ce que le chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, soumette en Conseil des ministres le plan élaboré pour le contrôle des armes du Hezbollah. Celui-ci devrait se faire par étapes, en commençant notamment par les régions où les armes sont limitées et peu importantes pour la formation chiite. En même temps, le plan serait dépourvu d’un calendrier précis et l’opération pourrait prendre un peu de temps, pour justement permettre à un éventuel dialogue interne sur une stratégie de défense nationale d’avancer.
Le troisième scénario consisterait en ce que l’armée réclame la suspension de l’étude du plan qu’elle aurait, selon des sources concordantes, déjà élaboré. Dans cette optique, l’idée principale serait qu’au Liban, les décisions importantes exigent un consensus national. Or la décision prise le 5 août n’a pas bénéficié d’un tel consensus, puisque trois des cinq ministres chiites se sont retirés de la réunion, le quatrième a exprimé son opposition et le cinquième était en voyage. L’armée rejetterait ainsi la balle dans le camp du gouvernement en lui demandant d’obtenir une large couverture politique pour sa décision et, à ce moment-là, elle pourra exécuter le plan pour prendre le monopole des armes sur le territoire libanais.
Si ces trois scénarios sont jugés acceptables par le tandem chiite, il en existe un quatrième qui, lui, consisterait à présenter un plan militaire par étapes et avec un calendrier précis qui serait appliqué rapidement, même sans l’accord des composantes chiites, juste après la fin de la remise des armes palestiniennes à l’État. Cela signifierait que les composantes chiites sont exclues de la décision et cela devrait les pousser à réagir. Mais jusqu’à présent, les milieux politiques chiites préfèrent croire qu’on n’en arrivera pas là et que le compromis est possible. Les milieux proches de Berry affirment que c’est en tout cas ce sur quoi il travaille, en cherchant à consolider les ponts déjà existants et à rétablir ceux qui ont été endommagés, tout en répétant qu’il faut éviter les surenchères et préserver l’armée.




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03 h 36, le 05 septembre 2025