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Nos lecteurs ont la parole

Que veulent les druzes ?

La question n’est pas nouvelle. Elle revient, de manière lancinante, chaque fois que la communauté druze se retrouve au carrefour de l’histoire. Aujourd’hui, c’est autour de Soueida que s’articule l’interrogation. Les druzes de Syrie veulent-ils répéter les erreurs du passé ou tirer les leçons de l’histoire ? Ont-ils oublié qu’on ne peut pas faire confiance aux Israéliens ? L’expérience douloureuse des chrétiens de l’Armée du Liban-Sud (ALS) devrait suffire comme leçon : ceux qui ont cru en une « protection israélienne » ont fini abandonnés, humiliés, traités comme des « shabbat goyim » lorsqu’ils ont fui en Israël après la libération du Sud-Liban. Les soldats perdus d’Antoine Lahd ont bu jusqu’à la lie le calice que les Israéliens, en qui ils ont cru jusqu’à en oublier leur honneur et leur patrie, leur ont présenté.

Les druzes de Soueida croient-ils que le sort qui attend leur communauté serait différent ? Pensent-ils que les druzes vivant en Israël forment une élite choyée et respectée, alors qu’ils sont souvent instrumentalisés et relégués à des statuts ambigus, ni totalement Israéliens ni pleinement Arabes. Aujourd’hui, deux voies se présentent. D’un côté, les sirènes des leaders radicaux, qui vantent l’intervention israélienne, promettent sécurité et avenir sous un prétendu « parapluie » israélien. Ces voix, qu’elles viennent de figures comme al-Hijri ou d’orateurs enfiévrés tels que Wi’am Wahab, séduisent, galvanisent et enflamment les foules. Tchakhotine serait aux anges en entendant Wahab. De l’autre, la voix sage et prudente de Walid Joumblatt, qui continue de prôner l’apaisement, l’ancrage arabe et la nécessité de préserver les équilibres. Lui n’a pas besoin de crier pour être entendu et n’a pas besoin de se justifier avant de décider. Il sait qui il est et surtout il sait ce qu’il est. Et ses gens le savent. Les druzes doivent-ils écouter la musique envoûtante des sirènes ou la lucidité de l’expérience ?

En filigrane, une autre question se pose : veulent-ils vivre coupés du monde arabe ? Les druzes, depuis leur apparition dans l’histoire, ont toujours été partie intégrante du tissu social arabe, présents en Syrie, au Liban, en Palestine et en Jordanie. Vouloir aujourd’hui se placer sous l’aile d’Israël reviendrait à s’extraire de cette société, à devenir une île isolée, sorte de communauté réprouvée, coupée de son milieu, sacrifiable peut-être, rejetée sûrement. Certains rêvent-ils encore d’un État druze, sur le modèle avorté du mandat français, qui avait esquissé l’idée d’un « État des druzes » ? Carte dangereuse d’une partition de la Syrie, avec un État alaouite, un État kurde, projet que les Français avaient imaginé, mais qui s’est éteint avec l’indépendance ? L’histoire a tranché : ces mini-États confessionnels sont des illusions, incapables de survivre dans le tumulte régional.

Alors, que veulent les druzes aujourd’hui ? Veulent-ils répéter les erreurs des autres communautés qui ont cru aux promesses israéliennes et qui en ont payé le prix ? Veulent-ils tourner le dos à leur ancrage arabe pour devenir des pions fragiles dans le grand jeu régional ? Ou bien veulent-ils renouer avec leur rôle historique : une minorité fière, mais toujours intégrée, capable de jouer les équilibres, de préserver son identité sans se couper du monde arabe ?

Le choix appartient aux druzes eux-mêmes. Mais l’histoire, elle, a déjà donné ses avertissements.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

La question n’est pas nouvelle. Elle revient, de manière lancinante, chaque fois que la communauté druze se retrouve au carrefour de l’histoire. Aujourd’hui, c’est autour de Soueida que s’articule l’interrogation. Les druzes de Syrie veulent-ils répéter les erreurs du passé ou tirer les leçons de l’histoire ? Ont-ils oublié qu’on ne peut pas faire confiance aux Israéliens ? L’expérience douloureuse des chrétiens de l’Armée du Liban-Sud (ALS) devrait suffire comme leçon : ceux qui ont cru en une « protection israélienne » ont fini abandonnés, humiliés, traités comme des « shabbat goyim » lorsqu’ils ont fui en Israël après la libération du Sud-Liban. Les soldats perdus d’Antoine Lahd ont bu jusqu’à la lie le calice que les Israéliens, en qui ils ont cru jusqu’à...
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