Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé. Photo Mohammed Yassine/L'Orient-Le Jour
Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, a estimé mardi dans un entretien télévisé qu’il n’y aura « pas de confrontation » armée avec le Hezbollah pour la remise de son arsenal à l’État, alors que le parti chiite s'y oppose, accuse le gouvernement de vouloir provoquer des tensions internes et menace implicitement de guerre civile. Le ministre a également assuré qu’« il n’y a pas de risque de guerre civile », précisant être en contact avec toutes les parties. Il s'est dit certain que les autorités parviendront à un accord avec le Hezbollah, assurant que l'armée ne reportera pas la remise de son plan de désarmement, qui devrait être soumis le 2 septembre. La semaine dernière, le chef de la diplomatie, Joe Raggi, avait indiqué que l'armée pourrait demander un délai supplémentaire de deux semaines pour présenter son plan au cabinet.
« Nous n’avons pas atteint le niveau de la confrontation et n’arriverons pas à une telle confrontation, car l’armée et les forces de l’ordre n'en veulent pas, pas plus que les forces de la ‘‘résistance’’. Il n’y a pas non plus de risque de guerre civile », a-t-il assuré à la chaîne télévisée panarabe al-Hadath. « Nous parviendrons à un accord qui préservera la souveraineté du Liban et ses relations internationales pour l’aider à sortir de la crise financière et économique », a ajouté M. Salamé, observant que « la base du Hezbollah fait partie intégrante du peuple libanais et qu’elle est composée d’une jeunesse réaliste. »
Depuis que le gouvernement a mandaté le 5 août l'armée libanaise de préparer avant la fin de l'année un plan en vue de désarmer tous les groupes armés, Hezbollah en tête, après la fin de la dernière guerre contre Israël, les partisans du parti chiite critiquent à tout va le cabinet de Nawaf Salam et agitent les menaces de troubles sur la scène locale, alors que le cessez-le-feu en cours depuis novembre 2024 est violé quotidiennement par l'armée israélienne. L'interview de Ghassan Salamé intervient alors que l'émissaire américain Tom Barrack se trouve au Liban, dans le cadre du suivi de la feuille de route américaine sur le désarmement du Hezbollah.
« Libérer l'État des mafias »
Ghassan Salamé a dans ce contexte précisé que la priorité absolue du gouvernement est « d'étendre l'autorité de l’État, et ce non seulement en confisquant les armes, mais en libérant l’État des mafias qui ont confisqué nombre de ses secteurs pour des intérêts personnels ».
Évoquant en outre les élections législatives qui devraient avoir lieu en mai 2026, le ministre de la Culture a affirmé que le gouvernement a pour objectif d’organiser le scrutin dans les délais. « Le Parlement est divisé sur la loi électorale. Je crains qu’une nouvelle loi ne prenne du temps. Mais nous voulons aussi que les élections se déroulent et que le gouvernement mène les élections avec professionnalisme et neutralité », a-t-il souligné.
Le vote de la diaspora oppose la classe politique en deux clans : d’une part, ceux qui veulent cantonner les électeurs de la diaspora à six sièges, comme l’indique la loi de 2017 (jamais appliquée), notamment le CPL et le tandem chiite Hezbollah-Amal. D’autre part, quelque 68 députés issus des Forces libanaises, des Kataëb, du Parti socialiste progressiste (PSP), d’indépendants et d’autres formations politiques, qui réclament un amendement de la loi pour supprimer purement et simplement la clause des six sièges et accorder aux expatriés le droit de voter pour les 128 députés.
Le Liban « a besoin de coopérer au quotidien avec la Syrie »
Sur le plan des relations avec la Syrie, Ghassan Salamé a rappelé que « la position du gouvernement est claire. Le Liban soutient la stabilité en Syrie et le régime politique que les Syriens ont choisi quel que soit ce régime, car le Liban a intérêt à la stabilité en Syrie. Il a besoin de coopérer au quotidien avec la Syrie… pour faire revivre l’export avec les pays du Golfe et le réseau régional du gaz, pour mettre fin au trafic de captagon et de drogue, et enfin pour résoudre le problème des déplacés syriens du Liban ».
Les autorités libanaises utilisent le terme de « déplacés » pour parler des migrants et réfugiés syriens au Liban depuis le début de la guerre civile en Syrie, en 2011. La question de leur rapatriement revient régulièrement sur la table, et a fortiori depuis la chute de la dictature Assad le 8 décembre 2024. Le HCR de l'ONU et le gouvernement ont lancé le 1er juillet le programme de « retour volontaire des réfugiés syriens ». Selon le HCR, 168 000 personnes ont été désinscrites de ses registres jusqu'à présent, en raison d’un retour vérifié ou présumé » de l'agence. Fin juillet, 17 000 personnes étaient déjà inscrites pour rentrer en Syrie, alors que le gouvernement vise « entre 200 000 et 400 000 retours » d’ici à la fin de l’année.
D'autres dossiers, comme celui des détenus syriens au Liban, devraient être discutés prochainement par une délégation syrienne attendue à Beyrouth. « Aucun rendez-vous n'a été fixé » pour cette rencontre, a toutefois indiqué ce matin le vice-président du Conseil, Tarek Mitri, à ce propos.



Peut-être un peu trop optimiste.
07 h 47, le 28 août 2025